09 février 2015

Do It Like Jerry


"Récemment, le fils d’un client m’a demandé : 'Pourquoi vous levez-vous ?'. Je n'ai pas su lui répondre. A 14 ans, je savais y répondre. A 18 ans, je savais y répondre. A 35 ans, ça me rend malade de ne pas savoir y répondre. Je pouvais seulement regarder le visage de ce garçon de 12 ans, inquiet pour son père, ayant besoin de mon aide, attendant une réponse que je n’avais pas. Le regard de cet enfant fait désormais partie de moi. Et ce que j'ai ressenti et ressent aujourd'hui me poussent à aller de l’avant, à écrire cette profession de foi." - Jerry Maguire

Je l'ai assez répété sur ce blog pour qu'on me croit sans hésiter. J'adore Jerry Maguire. C'est mon film préféré, le film que j'ai le plus vu, le film dont je me lasse jamais, que je peux regarder encore et encore et encore. Et il y a une raison (principale) à cela : je m'identifie.

Je m'identifie à la façon dont Jerry décide, un jour, de jouer contre les règles, de ne pas se satisfaire d'une vie pépère et rémunératrice mais aussi pas vraiment conforme à l'idée qu'il se faisait, petit garçon, de ce qu'on pourrait appeler une vie "intègre". Je m'identifie à la façon dont Jerry décide, un jour, de mener une vie qui le rendrait fier, une vie qu'il pourrait raconter (éventuellement) à ses petits enfants.

Jerry Maguire est un film qui aime l'idée que l'on peut changer et devenir quelqu'un de meilleur chaque jour qui passe. Un film qui aime l'idée de l'honnêteté, de la confiance et de la franchise. Je m'identifie à ça.

Et depuis que j'ai vu Jerry Maguire pour la première fois en 1997 - l'année où j'ai passé mon Bac, je suis (à peu près) conscient d'une chose : devenir Jerry Maguire implique de se prendre en main ou, comme on pourrait le lire dans un livre de développement personnel, de devenir le maître de son destin.

 
 

Il y a un an et demi, j'ai traversé une période un peu "houleuse" - petit mot valise pour parler de ces moments où tout semble aller mal, ces périodes où vous sentez que l'univers vous en veut. Ces moments qui vous font entrer dans l'âge adulte : quand la guerre ne peut plus faire son travail, la crise économique se charge de le faire pour elle. Bonne copine.

Que s'est-il passé ? J'ai du quitter l'appartement que j'occupais depuis mon arrivée à Paris il y a 12 ans. Rien de vraiment grave, quand on y pense, sauf que... Sauf qu'il se trouve qu'à cette même époque, la boîte qui m'employait depuis 7 ans était en train de faire faillite. Sauf qu'à cette même époque, cette boîte a arrêté de me verser mon salaire. Et juste pour couronner le tout, le petit truc fondamentalement pas trop grave qui, dans ces circonstances, prend des proportions dramatiques : mon ordinateur, le prolongement de mes mains, a rendu l'âme. Mort. Kaput. Dead.

La lose intégrale. Et franchement, mon niveau de confiance en moi, déjà pas très élevé, est descendu en dessous de zéro.



J'avais envie de tout envoyer chier, de péter les plombs dans l'open-space comme Jerry. J'avais l'impression de me faire avoir par la vie. Je n'avais aucune prise sur rien, obligé de me laisser porter par le flot, obligé d'attendre. Quand vous n'avez plus aucune prise sur votre vie, vous avez l'impression de tout perdre - même si, dans la réalité crue, ce n'est pas la cas.

Mais ces moments sont aussi ceux qui permettent de se remettre en cause, d'évoluer et, comme je l'ai dit plus haut, de devenir adulte. J'avais beau avoir 34 ans, je ne me sentais pas très différent de celui que j'étais à 26 ans. Alors c'était le moment de se poser la question : qu'est-ce que j'avais envie de faire de ma putain de vie ? Franchement. Honnêtement. Sans chichi. Sans fausses excuses. Comme Jerry devant sa profession de foi.

"Après 35 ans, je sens que je n’ai jamais fait cette chose, cette chose noble qui définit une vie. Même écrire cette profession de foi est bizarre pour moi. Je suis habitué à voler en dessous des radars, à apprécier ma vie et mes amis. Mais, je n’ai jamais été vraiment testé. Je n’ai pas été en Inde pour explorer ma vie, comme l’a fait mon frère. Je n’ai pas eu d’accident de voiture majeur ou je n’ai pas eu d’enfants. Je n’ai ni créé une vie, ni tué personne. Je suis neutre. Je n’ai pas commencé une guerre et je n’ai pas arrêté une guerre. Même avec ma vie, j’ai rompu. J’ai une belle maison, une belle voiture, une fiancée qui fait battre mon coeur. Mais, je n’ai pas franchi le pas ou pris de risque qui donnerait de la valeur à l’air que j’ai respiré pendant 35 ans. J’ai eu un canapé jaune, une fois. Je m’en suis débarrassé parce qu’il était neutre. Maintenant ma vie est comme ce canapé jaune." - Jerry Maguire.

Aidé et convaincu par mon propre Dicky Fox, j'en suis arrivé à la conclusion suivante : je devais arrêter d'être salarié. Je l'avais fait pendant presque dix ans. Il était temps de faire ce truc qui me trottait dans la tête depuis, à peu près, la fin de mes études : devenir le chef de moi-même, être indépendant... Bref, créer une société. Comme Jerry.

Mais une envie ne suffit pas. Il faut aller contre tous ces trucs qui sont implantés en vous. Car je suis le fruit de la classe moyenne, celle qui croit qu'un emploi salarié stable en CDI est la clé du bonheur. Imaginez : mon père a fait l'essentiel de sa carrière chez IBM, le saint-patron du corporatisme 80's. Regardez Halt & Catch Fire pour comprendre. Quant à ma mère, c'était plus ou moins la même chose, secrétaire de Mad Men version brushing 80's.

Grandir dans cet état d'esprit n'était pas nécessairement le meilleur environnement pour décider de sortir du saint-salariat. C'était ma plus grand peur. Ne pas oser. Ne jamais oser. Me gargariser de l'idée "séduisante" pendant quelques mois mais ne jamais franchir le pas.

Restait à savoir quoi faire. J'avais deux pistes. Une truc très compliqué. Et un truc beaucoup moins compliqué qui me permettait de me lancer (plus) rapidement dans le bain. J'ai réfléchi aux deux options pendant quelques mois, fait des business plan et j'ai opté... pour la simple. Même si, avouons-le, dans le domaine, rien n'est jamais simple.

Cette idée simple, elle a muri. Cette idée simple, je l'ai travaillé, pensé, retravaillé et encore repensé. Et puis très vite, mon propre Rod Tidwell est arrivé. Tout est devenu beaucoup plus clair. Tout est devenu plus "sûr" - et beaucoup moins compliqué.

Je pouvais sauter.


Et il y a 6 mois, c'est ce que j'ai fait. J'ai cherché une banque. On a travaillé, avec Tim, sur un logo, des cartes de visite, un site web. J'ai rempli des papiers, beaucoup de papiers. J'ai pris un expert-comptable. J'ai fait une visite aux impôts. J'ai pris un avocat. J'ai envoyé des déclarations de TVA. J'ai payé des cotisations sociales. Et, ouf, j'ai envoyé mes premières factures.

Il y a 6 mois, j'ai donc créé un bébé, mon bébé, une deuxième entité qui n'appartient qu'à moi et qu'il m'appartient de faire grandir. Ces cinq dernières années, mon fil Facebook s'est rempli de bambins aux joues roses. Moi, mon bambin, il n'a pas de joues roses et des petits pieds potelés. Le mien, il a un siège social, un compte en banque, un logo rond et bleu et il se prénomme So Fetch en hommage à Tina Fey, Lindsay Lohan, Rachel McAdams et Lacey Chabert. Bref, en hommage, à Mean Girls.


Désormais, le but de mes journées est de faire en sorte que "fetch happen". Car Regina n'avait rien compris. La preuve : elle a fini sous un bus. Le but de So Fetch, mon bébé donc, c'est de proposer aux marques, quelle qu'elles soient, du contenu (du "Brand Content") pour les rendre fetch sur Facebook, Twitter, Tumblr, Instagram, Pinterest, YouTube, Spotify et tous les autres.

Et ceux qui me suivent sur Twitter en voient la manifestation concrète tous les jours avec mes retweets vers le site Followatch, "mon Rod Tidwell", mon premier client, celui qui me fait confiance et à qui, je l'espère, je le rends bien, en alimentant quotidiennement le site, l'application et les différents médias sociaux.

(J'en profite d'ailleurs pour remercier hyper chaleureusement les followers de Fun, Culture & Pop qui ont commencé à suivre le compte Followatch et qui le retweetent régulièrement. Les autres, vous pouvez commencer à suivre Followatch sur Twitter, sur Facebook, sur Google+ et/ou Tumblr et à télécharger l'application iPhone/iPad, tout simplement parce que c'est hyper fetch !)

Voilà. Maintenant, je fais des trucs d'adulte. Les trucs les plus adultes que j'avais jamais fait. De toute ma vie.

La (première et) dernière fois que j'avais eu l'impression d'être aussi adulte, j'avais 27 ans, je venais de trouver mon premier CDI et j'avais claquer une bonne grosse centaine d'euros dans de la vaisselle et des verres dit "d'adultes" (comprendre des verres à vin) pour accueillir chez moi des gens qui n'avaient plus l'habitude depuis pas mal d'années de boire dans des gobelets en plastiques.

Bref, il m'avait fallu près d'une décennie pour passer des trucs d'adulte qu'on se raconte dans sa tête aux trucs d'adulte qui comptent vraiment.

N'empêche. Si l'on admet que j'ai franchi une étape importante de ma vie, il ne faudrait pas tomber dans l'effet inverse. Je crois que c'est ça le plus flippant dans le fait de devenir adulte : devenir cynique, froid, bouffé par une ambition incompatible avec ce qui me semble le plus important dans la vie.


Parce que j'en ai vu et côtoyé de tels "adultes", des gens qui ont oublié (volontairement ou non) les rêves qu'ils avaient dans la tête à 8 ans, à 14 ans, à 20 ou même à 25 ans. C'est pourquoi je vais suivre le conseil de Dicky Fox.

Car, désormais, c'est moi qui fixe le règles. C'est moi qui décide de choisir "le plus juste" plutôt que "le plus rémunérateur", de proposer et faire uniquement des choses auxquelles je crois à 100%, d'appliquer des tarifs honnêtes, de dire la vérité plutôt qu'un baratin pseudo-commercial; c'est moi qui décide d'avoir une relation pleine et placée sous le signe de la confiance avec mes clients; c'est moi qui décide de favoriser une vision sur le long plutôt que sur le court terme; c'est moi qui décide d'être disponible, pragmatique et ouvert. Comme Jerry.

Je ne veux pas que "des pseudo-réalités économiques" soient synonymes de compromission, que ma vie "professionnelle" repose sur des valeurs qui ne soient pas celles de ma vie "personnelle", celles que je m'efforce d'appliquer chaque jour qui passe, avec mes amis et ma famille.

Je décide de faire tout ça parce que je crois que c'est la seule et unique vraie façon de faire "du business". Pas forcément la façon qui me rendra riche dans les trois à cinq ans, mais la façon qui me rendra riche, à l'intérieur, dans vingt, trente ou quarante ans. Ainsi, peut-être, je trouverais ma Dorothy.

Alors, voilà, considérez ce post comme ma profession de foi.

Et maintenant...



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