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21 novembre 2016

Peut-on vivre dans une comédie romantique?



J'ai beaucoup hésité à écrire cet article. C'est en effet le truc le plus perso que j'ai écrit (ce blog compris). Mais aujourd'hui que cette histoire est à disposition du monde, j'en suis plutôt très fier. J'espère qu'il vous plaira.

Vous pouvez le lire sur Slate.fr


29 juillet 2016

Winona forever, le premier amour dure toujours



Un des articles pour Slate dont je suis le plus fier. Vous pouvez le lire ici.

06 juillet 2012

Mixtape #6 : Vanessa



Je lui avais promis. Vanessa va enfin avoir droit à sa mixtape. Elle part s'installer à Brighton demain et je pense que c'est le moment. Ce sera mon cadeau de départ...

J'ai rencontré Vanessa il y a presque tout pile deux ans sur Twitter. Tout a commencé quand elle m'a demandé en mariage après un petit laïus que j'avais écrit sur ce blog à propos de 500 Days of Summer. Je lui ai répondu que j'allais y réfléchir (mais en vrai je ne suis pas sûr d'être pour le mariage tout court en fait). Comme elle ne semble jamais faire les choses dans le bon ordre, s'en est suivi une phase de discussions sur les réseaux sociaux et une proposition de rencontres In Real Life. Le virtuel n'a du bon que s'il arrête de l'être à un moment ou à un autre.

Ce genre de rendez-vous, ce passage de la virtualité à la réalité, peut avoir quelque chose d'intimidant voire de carrément flippant. D'autant que je ne suis pas quelqu'un de profondément extraverti et que j'ai un lourd passé de timidité derrière moi. Mais je ne l'ai jamais vu comme ça. Avec Vanessa, comme avec les quelques autres garçons et filles que j'ai rencontré par ce biais. Je n'ai jamais eu peur de franchir ce pas parce que j'ai toujours été capable de percevoir la beauté des personnes derrière mon écran d'ordinateur, que ce soit via leur blog, leurs tweet ou leur compte Facebook. Quoi qu'on en dise, il est très facile de démasquer les "Faux" et les "Cons". Vraiment facile. Et inversement, la beauté d'une âme transparaît très facilement d'un écran à l'autre.

J'ai vu la beauté de l'âme de Vanessa derrière mon ordinateur. C'est pour ça que je lui ai demandé si on pouvait se voir en vrai. Peut-être s'est-elle dit la même chose ? Peut-être. (Dans sa réponse, elle disait que c'était pour me prouver la supériorité de My Bloody Valentine sur Brandy... Pfff) Une chose est sûre néanmoins : je ne m'étais pas trompé. On devait prendre un verre, discuter une, deux heures, histoire de faire connaissance. Après que je sois arrivé avec plus d'une heure de retard (!), on a fini par dîner, trois heures plus tard puis par discuter une bonne heure de plus sur le trottoir après ça. On ne devait pas être loin du dernier métro. Comme si on se connaissait depuis des siècles et qu'on ne s'était pas vu depuis presque autant de siècles.

Avec notre "très" légère différence d'âge, nos occupations "au quotidien" très éloignées (Party Girl !), sa passion pour des groupes de Shoegaze dont je ne peux même pas écouter les deux premières minutes des albums, on ne se serait jamais rencontrés sans les réseaux sociaux. Je ne suis même pas sûr qu'on aurait été compatible avec les algorithmes de Meetic ! Pourtant, on s'est trouvé. Et on est ami. Pour de vrai. Depuis deux ans, jour pour jour. Parce que le fond de nos coeurs se ressemble.

(Et aussi parce qu'on aime Katy Perry tous les deux)

Vous avez sûrement bien compris avec ce blog que le sentiment amoureux est très important pour moi. Mais l'amitié l'est encore plus. Quand quelqu'un vous fait à ce point confiance pour vous parler des choses qui traversent son coeur et sa tête, parfois des choses dures, vous avez la responsabilité d'être présent. Et je trouve ça beau, très beau.

Mais le désir et la passion de l'Amour ont généré bien plus de chansons que l'amitié. Confère l'intégralité de mes mixtapes précédentes. Faire une mixtape pour Vanessa a donc été un challenge que j'ai bien cru ne jamais réussir. D'autant que la pression est forte. Car en terme de musique, Vanessa est plus geek que la plus geek de tes copines. Les groupes de rock que personne ne connaît, c'est sa grande spécialité.  J'avais donc deux chemins devant moi. 

Choix n°1 : faire une mixtape avec les chansons et les groupes qu'elle aime. Personne ne les connaît mais, à force, ils ont fini par rentrer dans ma caboche. C'était évidemment la solution de facilité. Elle aurait accueilli ça avec un "oh, t'as mis Johnny Foreigner !!!" ou "oh, génial Los Campesinos !!!" et l'affaire était bouclée.

Pas de ça avec moi. Je suis un putain d'ayatollah de la mixtape. Ce n'est pas ainsi qu'on fait une mixtape. Rob Gordon et Rob Sheffield vous le diraient... Une mixtape n'est pas une putain de compilation.

Choix n°2 : faire une mixtape dans les règles de l'Art, avec des chansons que J'AIME, avec des chansons qui ME semblent bien définir l'âme et le coeur de Vanessa et surtout avec des chansons qui exprimeront MON sentiment. C'est ça une mixtape. Dire avec quelques chansons sur une cassette de 60 minutes ce que l'on ressent, avant éventuellement d'y mettre des mots plus tard - quitte à se tromper.

Il y a donc tout ça dans ces 16 chansons... Du Rock N'Roll. Des sentiments douloureux. De l'amitié. Beaucoup d'amitié. Des bisous. Et bien sûr, il y a Vanessa.

The Hidden Cameras - Music Is My Boyfriend
The Psychedelic Furs - Lose My Way
Pavement - Cut Your Hair
Jesus And Mary Chain - I Love Rock N'Roll
Regina Spektor - That Time
Belle & Sebastian - Get Me Away From Here, I'm Dying
The Carpenters - Superstar
Lisa Germano - Geek The Girl
Lissie - Nothing else matters
The Temper Trap - The Trouble With Pain
Kate Bush - This Woman's Work
Pretenders - I'll Stand By You
The Smashing Pumpkins - Try Try Try
Daniel Johnston - True Love Will Find You In The End
The White Stripes - We're Going To Be Friends
Melanie - Ruby Tuesday

Vous pouvez la télécharger ici et l'écouter sur Spotify.


13 avril 2012

C'était la première fois que je voyais Titanic


Lundi 9 avril 2012. Cela faisait déjà plusieurs semaines que l'excitation montait. Lorsque les bandes annonces passaient au cinéma, je ne pouvais m'empêcher d'avoir ces petits frissons qui traversent le corps dans les grands moments d'impatience. We Bought A Zoo, le nouveau film de mon réalisateur préféré était également prévu pour le mois d'avril et l'excitation était très forte. Mais la sortie de ce film  avait quelque chose de vraiment particulier. Très particulier.

Ce film, c'est Titanic. La raison de mon impatience : je ne l'avais encore jamais vu.

J'ai beau voir 150 à 200 films par an au cinéma depuis dix ans, ce n'a pas toujours été le cas. D'abord, parce que je n'ai pas toujours été parisien. A Orléans, je vous cache pas que voir 150 films par an, c'est pas possible - ou alors il faut aller voir beaucoup de films avec Franck Dubosc. Ensuite, parce qu'en 1997, les cartes illimitées, ça n'existait pas encore. Enfin, parce que la vie fait que vous n'avez pas forcément le temps d'aller si souvent au cinéma. En ce qui concerne Titanic, c'est donc cette dernière raison que je dois blâmer.

Le 7 janvier 1998, quand le film sort au cinéma, je suis en effet en première année de prépa HEC. Passer 3h30 enfermé dans une salle de cinéma quand on tente tant bien que mal de s'organiser pour réviser ses concours blancs du samedi matin et ses colles de maths et de philo du mercredi après-midi, du lundi, mardi, jeudi et vendredi soir, c'est pas jouable. C'est possible évidemment mais c'est pas sérieux. A moins d'accepter de culpabiliser pour les quelques semaines à venir. Peu importe le phénomène. Peu importe les 20 millions d'entrées. (A vrai dire, ils auraient même eu tendance à me refroidir)

Puis les années passèrent. J'ai acheté la VHS histoire de me rattraper mais non. Pas l'envie, pas le temps. Et une sorte de fierté s'installa. "Je n'avais jamais vu Titanic". Je vous assure que ces 15 dernières années, j'en ai pas rencontré beaucoup de frères et soeurs restés "dans le noir et l'ignorance" . Bref, on se rend original comme on peut.

Mais avec la ressortie en 3D numérique de ce mercredi 4 avril 2012, cela ne pouvait plus durer. Je n'avais plus d'excuses. Je pouvais (me devais de) découvrir le film le plus vu de ce demi-siècle dans des conditions optimales. Image nettoyée et éclatante de beauté. Grand écran. Troisième rang de la magnifique salle 1 de l'UGC Ciné Cité Les Halles. Et la 3D en bonus immersif.

En me rendant au cinéma, l'excitation était énorme. Avec ma consommation parfois psychotique de films au cinéma, ce genre d'excitation a pourtant presque disparue. Même pour voir We Bought A Zoo, mon coeur ne battait pas aussi fort qu'en ce lundi 9 avril avant de rentrer dans la salle. Je pense que la dernière fois où j'avais ressenti cela, c'était ce dimanche 23 décembre 2001 où j'avais sacrifié une grasse matinée dominicale pour me lever à 8h du matin et aller voir Le Seigneur des Anneaux : La Communauté de l'Anneau. Cette sensation est incomparable.

J'attendais beaucoup de cette séance parce que, quelque part, je me sentais un peu privilégié. J'étais vierge et j'allais être dépucelé. Tout le monde était déjà passé par là, quinze ans plus tôt. Pas moi. J'allais découvrir, pour la première fois et dans des conditions exceptionnelles, un film qui avait fait monter au rideau beaucoup, beaucoup de gens. Et peut-être que moi aussi, j'allais connaître cela.

Pourtant, j'étais très nerveux. Une des choses qui m'avait découragé de le regarder à la télé, en VHS ou DVD, c'était en effet ce phénomène culturel, cette impression d'avoir déjà vu le film cent fois. Et les parodies ! Quand un film marque à ce point les esprits des gens, il est inévitablement parodié, moqué, décortiqué au fil des années. Parfois, les films ne s'en remettent jamais. Ils ne ne peuvent plus être regardé sérieusement. Et dans le genre, Titanic semblait atteindre des sommets. Est-ce que j'allais exploser de rire devant le fameux "I'm the king of the world" ? Et le "I'm flying" ? Il ne faut pas oublier non plus que James Cameron a montré avec Avatar à quel point il était complètement neuneu quand il s'agissait de filmer des scènes d'amour. Le rire nerveux - ou pire, l'indifférence - étaient donc de sérieuses possibilités mais je n'en avais pas envie. Vraiment pas envie.

Je voulais être abasourdi. Je voulais les frissons, l'émotion. Je voulais sentir mon coeur battre. Je voulais surtout sentir l'humidité au coin de mes yeux. Des milliards de gens à travers le monde les avaient eu avant moi. Je les voulais aussi.

Et je les ai eu.

Je ne vais au cinéma que pour ce genre de sensations - rares. Quand votre corps se rempli d'une chaleur qui fait battre votre coeur pour immédiatement se transformer en froid glacial qui vous donne frissons et larmes au coin des yeux. Ces moments-là, ils se sont succédés à intervalle presque réguliers le temps de ces fabuleuses 3h15. Et vous savez quoi ? Un de ces moments était la scène du premier baiser, après le fameux "I'm flying".

Quand, tout autour de moi, je pouvais entendre glousser les dizaines de jeunes femmes trentenaires représentant cet après-midi-là environ 70% des spectateurs, moi, je frissonnais d'une émotion toute adolescente. Ce baiser, je l'ai vu et revu des centaines de fois dans des documentaires, parodies, extraits, clips, émissions, rétrospectives, mais là, sur l'écran de la salle 1 de l'UGC Ciné Cité Les Halles, je le voyais vraiment pour la première fois. J'avais 15 ans. Je me suis rappelé de mon premier amour, de ce que ça fait d'être amoureux inconditionnellement.

Puis j'ai pleuré - un peu - quand Rose dit, à la fin : "I don't even have a picture of him. He exists now... only in my memory." L'amour éternel, unique, celui qui dure une vie entière. C'est la seule chose qui me fasse, à coup sûr, pleurer au cinéma. C'est tout le temps la même chose : Love Story, The Notebook, Atonement ou cette fameuse dernière scène de We Bought A Zoo (J'en parlerais sûrement plus tard tant elle est wow...)

Je ne pensais vraiment pas que le film me ferait cet effet. Mais il me l'a fait. J'y pense encore. Peut-être ferais-je comme toutes ces adolescentes qui sont retournées le voir cinq, six, sept, huit fois en 1998. Peut-être. J'en ai vraiment très envie.

17 juillet 2011

Women

Première mise en situation : je suis un garçon hétérosexuel de 32 ans qui se retrouve à prendre un verre avec deux filles qui parlent de cosmétique, de blogueuses mode et de Buffy Contre les Vampires. Deuxième mise en situation : je suis un garçon hétérosexuel de 32 ans qui se retrouve à prendre un verre avec deux garçons qui parle de Michael Bay, de football et de la dernière playmate à gros seins à avoir fait grâce de sa présence à la couverture de FHM. J'avoue : je caricature - légèrement. J'ai plus ou moins vécu les deux situations. Mais laquelle je préfère ? La réponse sera aussi transparente que le script d'une comédie romantique avec Sandra Bullock : la première.

J'ai un vrai problème quand il s'agit de sociabiliser avec des congénères du sexe masculin. A moins de se trouver de vrais goûts et hobbys communs, je ne sais pas leur parler. J'ai du mal à m'intéresser. Un mec, c'est basique, rarement capable de sincérité et de sensibilité. Je le sais bien, je fais moi-même parti de l'espèce. Au contraire, les filles, ça s'exprime, ça se livre (plus ou moins), ça vit de l'intérieur et ça le montre à l'extérieur. Encore une fois, désolé de la caricature mais avouez qu'il y a une bonne part de vérité. Un petit tour sur Twitter et sur la blogosphère et il est assez simple de s'en rendre compte. Résultat : une soirée entre potes autour d'un match de foot à la télé et d'une pizza ressemble pour moi à quelque chose proche de ce que j'imagine être l'enfer alors qu'une après-midi shopping avec des filles ressemble, à défaut du paradis, à une des choses les plus intéressantes et fascinantes que je connaisse. C'est bizarre ? Peut-être. Je suis comme ça et j'aime être comme ça. Je n'ai pas l'impression d'être moins hétérosexuel ou moins viril. Question de sensibilité ou même de curiosité.

Sans aucun sous-entendu sexuel de quelque sorte, je préfère la présence des filles. C'est le plus souvent avec elles que j'ai envie de discuter, d'échanger. Quant aux confidences, je n'ai pas le choix : je n'arrive à confier les tréfonds de mon coeur et de mon âme qu'à des filles (BFF est une fille!). Et elles me le rendent bien, dans tous les domaines : de l'Amour au cul, en passant par l'amitié, le boulot et toutes les autres petites et grandes choses qui font la vie. J'aime écouter. J'aime écouter les anecdotes, les peines, les doutes, les joies... Je ne sais pas si je suis d'un grand réconfort. Ce n'est pas à moi de le dire. Mais j'écoute. Et j'apprends. J'apprends des choses qui, forcément, me rendent meilleurs. C'est comme un voyage : apprendre sur l'autre, l'étranger, sa manière de penser, d'agir. Ca permet de se remettre en question, de devenir quelqu'un de meilleur par l'expérience d'autrui, d'élargir ces champs de visions.

Ce sont toutes ces histoires, anecdotes, expériences, bonnes ou mauvaises qui m'ont poussé, il y a quelques années, à commencer à écrire des scénarios. Ça et le fait d'être tombé amoureux de l'auteur de quelques unes d'entre elles. Et il paraît que ça se voit. Quand vient le temps d'affronter les avis de lecteurs, c'est en effet ce que tout le monde me dit. Mon personnage principal a beau toujours être un garçon, ce sont les personnages féminins principaux que tout le monde retient en premier. Et ceci n'est que le cas où le lecteur arrive à comprendre le but intrinsèque du truc quand toutes mes lectrices saisissent immédiatement où je voulais en venir. Visiblement, mes personnages féminins accrochent avec les filles. Pourtant, je n'ai pas l'impression d'être particulièrement tendre. A défaut d'écrire telles quelles les histoires entendues, je tente de retranscrire au plus près des sentiments bien réels. Je parle ainsi de filles qui sont parfois lâches, jalouses, très peu sûres d'elles, des filles timides, débauchées, amoureuses ou cyniques, la plupart du temps, tout à la fois.

Je lis régulièrement que Quentin Tarantino est un des réalisateurs les plus féministes du monde et l'argument principal y est le très classique "il écrit des rôles de femmes fortes" – à priori l'inverse de moi. Jackie Brown, The Bride, les filles de DEATH PROOF sont effectivement des sacrées dures à cuire. Forcément, c'est valorisant de se voir représenter comme des filles qui ne se laissent pas faire et savent rendre la monnaie de leur pièce aux violeurs, meurtriers, psychopathes et autres machos qui considèreront toujours les femmes comme rien d'autres que des vagins à fourrer. Dans le domaine, on part de loin et il est salutaire que ces personnages existent. La liste est facile à faire. Elle est disponible sur à peu près tous les sites et magazines de peu d'imagination qui ressortent à intervalle régulier leur top 10 des "ass-kicking women" : Lara Croft, Foxy Brown, Alice (RESIDENT EVIL), Ellen Ripley (ALIEN), Sarah Connor (TERMINATOR 2), Kate (LOST), Trinity (MATRIX) et j'en passe. Le 27 juillet prochain, c'est COLOMBIANA qui viendra peut-être s'ajouter à la liste.

Mais de tels personnages sont-ils censés dire aux filles qu'elles sont fortes ou sont-ils juste censés faire bander les mecs ? Car qu'est-ce qui est le plus important dans ces films : que l'héroïne soit capable, comme n'importe quel alpha-Mâles aux abdos et biceps saillants avant elles, de botter le cul d'une armée de mercenaires armés jusqu'au dent ou qu'elle le fasse en combinaison moulante pour offrir la meilleure expérience possible de matage de cul-cul au moment où elle levera la jambe pour faire des high-kick ? C'est une question et je ne suis pas sûr d'en avoir la réponse – tout est sûrement une question à étudier au cas par cas.

Reste qu'elles ont toutes été créées et écrites par des hommes et le fait qu'elles soient des femmes semble, la plupart du temps, relevé de l'artifice total. Toutes pourraient en effet être remplacés par des hommes sans que le film en souffre. La seule chose qui les différencie réellement, c'est un conflit intérieur lié à leur instinct maternel (Ellen Ripley, Kate de LOST, The Bride, Sarah Connor). Bonjour les clichés ! Schwarzenegger dans COMMANDO ne cherchait-il pas lui aussi à sauver sa fille ? Tout ça relève en fait d'une belle hypocrisie. Les filles d'aujourd'hui veulent être montrées comme des êtres humains forts et indépendants alors c'est ce que Hollywood leur offre. Voyez le récent SALT avec Angelina Jolie, archétype du genre qui n'a cessé de jouer ce rôle de "femme d'action" depuis dix ans. A l'origine, dans le premier scénario, son personnage était un homme...

Dans le registre, tout est interchangeable.

Ce n'est pas le cas quand une femme est aux manettes. Un problème toutefois : c'est rare. On en revient à la "femme forte et indépendante". Mais quand Callie Khouri, Tina Fey, Diablo Cody et les autres membres du "Fempire " (Liz Merriweather, Dana Fox, Lorene Scafaria) se mettent à écrire sur des femmes, elles laissent volontiers le modèle de la "femme forte", comme décrite plus haut, aux hommes. Le modèle "je casse la tête à des narcos machistes et des rednecks violeurs mais j'ai laissé ma tête à l'armurerie", ce n'est pas trop pour elles, laissant ça à Luc Besson et à Angelina Jolie. Ce qui les intéressent, ce n'est pas d'écrire des femmes fortes, c'est d'écrire des femmes comme les autres et, pour ça, aussi choquant que cela puisse paraître au premier abord, elles ont besoin d'insister sur leurs faiblesses.

Qui est un meilleur modèle ? The Bride qui casse la gueule à des tueurs professionnels ou Liz Lemon qui passe pour une inadaptée sociale à regarder obsessionnellement STAR WARS en bouffant de la junk-food tout en en ayant une dizaine d'hommes à son service au bureau ? Sarah Connor qui protège son fils au péril de sa vie ou Juno qui abandonne son enfant à naître à quelqu'un qui le souhaite vraiment ?

Dans une récente interview à la radio, le réalisateur de BRIDESMAIDS (MES MEILLEURES AMIES en VF), Paul Feig, disait de son héroïne qu'elle était un "strong women character". L'intervieweur remarqua alors que Annie, le personnage principal du film, lui semblait loin d'une "femme forte" - à raison, le personnage ayant un sacré bordel dans la tête - ce à quoi Feig répondit qu'il s'était assuré de la montrer dans sa "précédente vie" comme une solide chef d'entreprise. Argument bizarre. Elle est "forte" parce que, dans le temps, elle avait une pâtisserie à elle toute seule ?

C'est typique : le réalisateur s'est emmêlé les pédales dans son interview à cause d'une fausse perception de ce à quoi doit ressembler une "femme forte". Il a dit (à la radio) qu'elle était "forte" parce qu'elle avait réussi dans la vie mais a sûrement pensé (dans sa tête) qu'elle était "forte" parce qu'elle était simplement réelle, en 3 dimensions, complexe, pleine de défauts et de contradictions. Elle blesse quelqu'un parce qu'elle est elle-même blessée; elle est jalouse de sa meilleure amie et de la nouvelle meilleure amie de sa meilleure amie; elle s'embarque, en toute conscience, dans une relation avec un homme qui la traite comme de la merde; elle est obligée de vivre avec des colocs psychopathes qui la traite, eux-aussi, comme une moins que rien. Annie, incarnée et écrite par Kirsten Wiig, n'est pas "forte". J'irais même jusqu'à dire qu'elle est "faible" et c'est clairement ce qui fait qu'on s'identifie à elle – filles comme garçons. Avec ses 160 millions de dollars de recettes au box-office américain, il est fort à parier que beaucoup de gens se sont identifiés à Annie. Je doute que tous ces gens se soient déplacés juste pour voir une fille faire caca dans la rue - même si ça compte, ne soyons pas niais.

Annie est comme Liz Lemon, comme Charmaine (dans UNITED STATES OF TARA), comme Natalie Portman (dans NO STRINGS ATTACHED), comme Juno MacGuff, comme Carrie Bradshaw et comme Beth (dans LES QUATRE FILLES DU DOCTEUR MARCH), des personnages plein de failles, de contradictions, d'incertitudes qui rappellent aux filles qu'elles ne sont pas seules et aux garçons qu'une femme est autre chose qu'une maman et/ou une putain.

Quand je prends un verre avec deux filles qui parlent de cosmétique, de blogueuses mode et de Buffy Contre les Vampires, c'est à elles que je pense. Quand j'écris les personnages féminins de mes scénarios, c'est à elles que je pense. Car la féminité ne me semble pas affaire de force, de gros bras, de high kick, de combinaisons moulantes, de maternité et de sexe. Elle me semble juste affaire de sentiments et de leur expression. Jusqu'à mes 27 ans, j'étais incapable d'exprimer quoi que ce soit. Je gardais tout pour moi. Avec la rencontre successive avec deux filles qui sont devenues (presque instantanément) mes meilleures amies, tout a changé. J'ai parlé. On m'a écouté. J'ai écouté et j'ai ouvert ce blog (qui fêtera ses 5 ans dans 3 moins jour pour jour). J'ai depuis compris que mes faiblesses, mes doutes, mes peurs faisaient parti de moi et étaient, au final, ma plus grande force. C'est cette féminité que j'ai envie de continuer à découvrir, celle que j'ai envie de retranscrire.

Annie ne pourrait pas être remplacée par un homme. Le film n'existerait pas. Et bien, mes amies ne pourraient pas non plus être remplacés par des hommes parce qu'alors ma vie actuelle n'existerait pas non plus...


07 juin 2011

L.A. L.A. (Big City of Dreams)

La première fois que mes pieds ont touché le sol américain, j'avais 15 ans. Ce fut un choc. Je pouvais enfin mettre un peu de réalité sur beaucoup d'images qui traînaient un peu partout dans les recoins de ma tête. J'étais fasciné. L'Amérique était fascinante. C'était le début du mandat de Bill Clinton. Douze ans que l'Amérique était sous règne républicain. Kurt Cobain venait de se suicider mais tout le monde portait encore des T-shirts Nirvana. Tout le monde écoutait Rage Against The Machine, Smashing Pumpkins et les Beastie Boys. MTV passait en boucle ses pubs pour le Woodstock '94 entre deux épisodes de Beavis & Butt-Head. Comme le disait alors B-Real de Cypress Hill, "They say we're Generation X, but I say we're generation fuck you". Aujourd'hui, tout ça résonne comme un truc d'ado à la recherche de modèle de rébellion mais j'ai l'impression, dans mon coeur de trentenaire, que ça veut dire encore quelque chose, que découvrir (de l'intérieur) les Etats-Unis à cette époque avait un caractère réellement magique.

L'été suivant, je posais le pieds en Californie. Ce ne fut plus un choc. Ce fut une révélation. CLUELESS sortait au cinéma et je crevais d'envie de voir WATERWORLD. Los Angeles est devenue instantanément une de mes villes préférées au monde (mais j'en ai pas vu tant que ça, au final, hein!). Toutes ces villes américaines que les européens adorent parce qu'ils y retrouvent le charme décuplé de leurs chères métropoles maison m'emmerdent (San Francisco, si tu me lis...). Mais j'aime d'amour Los Angeles, ses autoroutes à 6 voies, ses canaux asséchés, son béton, ses multiples "grandes" villes à l'intérieur de la très grande ville, ses gens qu'on semble ne jamais voir à l'intérieur de leur Hybrid et de leur Hummer. C'est bizarre pour un européen élevé aux expresso en terrasse dans l'ombre de monuments plusieurs fois centenaires mais c'est comme ça...

A la seule exception de la très chère Aurore, je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui aime à ce point cette ville. Los Angeles, c’est James Ellroy et « le Dahlia Noir », c’est Tom Cruise, c’est Buster Keaton et Charlie Chaplin, c'est Tarantino, c'est Betty Page, c’est Barton Fink, c’est Sunset Boulevard et John Belushi. C’est même « Pretty Woman », Brandon et Brenda, « Melrose Place » et Pamela Anderson ! Los Angeles, c’est tout ça à la fois : du sexy, du trash, du glamour et de la mélancolie, des scandales et des grandes histoires d’amour. Los Angeles, c'est toute la contradiction qui fait toutes les grandes cités : les skaters et les malls fluos du "Free Fallin'" de Tom Petty aux violences extrêmes de "Welcome To The Jungle" de Guns N'Roses ou de "Straight Outta Compton" de NWA en passant par le pur hédonisme de "California Love" de 2Pac. Bref, Los Angeles, c'est toute la pop culture résumée en une seule ville, c'est un fantasme réalisé à chaque coin de rue.

Du coup, après mes deux années de prépa et juste avant de sortir du cocon familial, j'y suis retourné. Plus longtemps. J'avais 20 ans et rien n'avait changé. Toujours le même plaisir à déambuler dans les malls géants et à naviguer dans les rues de la métropole, le coeur en émoi et les yeux brillants au soleil. Mais je n'y étais plus retourné depuis plus de 10 ans, faute d'argent et d'un intérêt plus ou moins disparu pour l'Amérique des années 2000, celle de George Bush, de American Idol et de Paris Hilton (On s'invente les excuses que l'on peut).

Et là, quelque chose a changé.

Est-ce moi qui ait vieilli ? Sûrement un peu. Est-ce de la lassitude ? Je ne crois pas. En 10 ans, quel changement assez fort pouvait m'empêcher de retrouver (un peu) de ces expériences si fascinantes et magiques de voyage ? La réponse m'est apparu assez rapidement en fait. Le premier jour. Au moment où j'ai allumé la télé de ma chambre d'hôtel, j'ai compris ce qui avait changé, pourquoi Los Angeles (et plus généralement les Etats-Unis) n'avait plus le même visage.

Internet.

Le talk-show sur NBC : suivi en streaming sur le site de la chaîne. Le clip sur MTV : vu sur YouTube une semaine auparavant. La télé qui, il y a 10 ans, participait énormément à mon "ressenti" du pays n'a plus vraiment rempli son rôle. Plus rien n'y était surprenant. Par exemple, j'étais super excité de choper en direct le season finale du MENTALIST mon premier jeudi sur place. Quelques heures plus tard, ma timeline "française" sur Twitter le racontait déjà dans les détails. Le plaisir de découvrir une nouvelle série avant tout le monde est épuisé. Le plaisir de regarder les talk-shows de Conan ou Letterman et des épisodes live du Saturday Night Live, des choses auparavant totalement inaccessibles au "commun des mortels" a disparu. Toutes ces choses qui vous font vous sentir uniques et très chanceux ont disparu - à jamais.

C'est la même chose pour le cinéma. Ce que les chaînes de télé commencent à peine à comprendre, les studios se mettent à l'appliquer à grande échelle. Leurs bébés les plus précieux, leurs blockbusters estivaux à 150 millions de dollars (et plus) de budgets sont les plus enclins à être télécharger (illégalement) et donc la sortie mondiale s'impose (presque toujours). Résultat : l'affiche des multiplexes américains ressemblent beaucoup à celles de leurs confrères français. THOR, FAST & FURIOUS 5, THE HANGOVER 2, KUNG FU PANDA 2, PIRATES DES CARAÏBES 4, c'est à peu près le seul programme ciné possible - compte tenu que deux à quatre films seulement sortent en salles chaque semaine (ça s'appelle la diversité culturelle "à l'américaine") et que les films étrangers et indépendants sont devenus aussi rares qu'une Smart sur une autoroute californienne. Moi qui aurait bien aimé voir EVERYTHING MUST GO avec Will Ferrell et HESHER avec Joseph Gordon-Levitt et Natalie Portman, deux petits films indés sortis durant mon séjour, j'ai donc pu aller me gratter. Heureusement qu'il y avait BRIDESMAIDS (le 10 août en France).

De le même façon, un de mes grands plaisirs était de dénicher des CD introuvables en France, des albums de rappeurs tellement underground qu'ils ne franchissaient jamais l'Atlantique, des trucs qui, je le savais, ferait baver mes petits camarades qui s'empresseront d'en faire une K7. Il y avait aussi les DVD, les films jamais sortis en salles ou en DVD, des petits films indépendants récompensés à Sundance et autres. Le voyage aux Etats-Unis était alors le seul moyen de se les procurer pour un prix "raisonnable". Désormais, et ce fut la plus grande surprise (et déception) de mon récent voyage, les magasins de CD/DVD n'existent (presque) plus. Tower Records, la chaîne si emblématique de la musique en Californie (notamment avec son célèbre magasin sur le Sunset Strip près du Chateau Marmont), a fait faillite en 2006. Les magasins Sam Goody ont tous été transformé en F.Y.E et ne hantent plus que les malls des zones de très lointaines périphéries. Il reste bien des Best Buy mais quel est le plaisir d'acheter des DVD chez Best Buy (équivalent américain de Boulanger) ?

D'ailleurs, les malls, parlons-en ! Je me souvenais de ces temples de la consommation avant tout comme des temples de la jeunesse. Ça sentait un mélange de graillon, de cannelle et de barbe à papa. C'était rempli de salles de ciné, de magasins de disques et de jeux vidéo, de marques comme Fubu et Karl Kani, de gadgets fun et pop, de salles d'arcade, de fast-foods et de magasins de bonbons. Les stars du petit écran venaient y faire des séances de dédicaces. Les mecs venaient y draguer des filles venues y présenter leurs plus beaux apparats. Il y a encore dix ans, déambuler dans les allées d'un mall américain, c'était y rencontrer l'Amérique, la vraie. Désormais, une bonne partie de ces temples (surtout en Californie) ont été racheté par le groupe australien Westfield qui les a transformé en temple de la Desperate Housewives. Les odeurs sucrées ont été remplacés par des odeurs de parfum d'intérieur cheap; les magasins de la contre-culture ont été remplacés par des chaînes de vêtements aussi consensuels que Banana Republic et Abercrombie & Fitch; les salles d'arcade et les cinémas ont été virées ; les allées sont d'un blanc marbré immaculé ; les endroits pour squatter et glander avec les copains ont été purement et simplement éliminés. Bref, les seules jeunes que vous croisez désormais dans les malls sont la progéniture de cougars venues acheter leur nouveau string rose fuchsia chez Victoria's Secret. Même la culte Galleria de Sherman Oaks (QG des Valley Girls et mall des lycéens de FAST TIMES AT RIDGEMONT HIGH ou RETOUR VERS LE FUTUR 2) a été totalement défigurée par une rénovation destinée à concurrencer le visiblement plus attractif et récent mall Westfield situé à 2 miles de là.

Mais, heureusement, il y a des choses immuables. Des trucs qui feront de Los Angeles une ville à part dans mon coeur : le goût des Double Cheese Burger de In & Out, sans doute les plus bons burgers de fast-food du monde et uniquement disponible en Californie (et sud-ouest des Etats-Unis), la folie de Venice Beach, entre ces boutiques totalement dingues (le freakshow, les Kush doctors...), sa population d’artisans ambulants, de freaks en tous genres et de skaters, la fabuleuse ambiance de la 3rd Street à Santa Monica avec ces magasins coolos, ses cinémas et ses restaurants et évidemment tout le reste, les trucs de touristes absolument géniaux (la visite des studios, Sunset Boulevard, le Griffith Observatory qui éveille à chaque fois le souvenir de James Dean, Beverly Hills qui a quand même perdu de sa superbe depuis que Kelly Taylor a été remplacé par Naomi Clark...)

Et quelle sensation de découvrir pour la première fois le quartier de Downtown (recommandé par Aurore mais interdit par mes hôtes dans les 90's), l'impression de se retrouver dans une sorte de monde post-apocalyptique en pleine rénovation avec ses boutiques latino un peu cheap, son Grand Central Market où se cotoit dans un joyeux bordel toutes les communautés culinaires de la ville, ses bâtiments début 20e siècle à l'architecture incroyable (le Bradbury Building, vu dans BLADE RUNNER et 500 DAYS OF SUMMER est une expérience sublime) mais souvent en piteuse état depuis plusieurs décennies, ses vieux théâtres désaffectés mais aussi ses complexes ultra-modernes comme le Walt Disney Concert Hall de Frank Gehry.

De toute façon, changements ou pas, Internet ou pas, peu importe où vous allez à Los Angeles, vous êtes dans un film. Toujours. Je vous raconterais, un jour, quand je me suis retrouvé sur le tournage de ALERTE A MALIBU. Un jour. Et c'est ça la magie de cette ville. Derrière le béton et les autoroutes, il y a tous ces rêves qui ont traversé notre tête devant un grand ou un petit écran. Ces rêves, ils construisent la ville au quotidien. Et aucune ville dans le monde, aussi réelle, aussi brute, n'est construite que de rêve... Sauf Los Angeles.


13 mai 2011

California, Here We Come !

Mes premières vraies vacances en 10 ans... Ouais Ouais ! Mais j'essaye de vous tenir au courant les amis : je vais essayer de poster pendant mon road trip californien de deux semaines... See You in L.A !



16 février 2011

Writer's Room

J'ai récemment découvert une rubrique du site web de The Guardian intitulée Writer's Room. Chaque semaine, le journal expose un auteur et son lieu de prédilection pour écrire. Par exemple, Jonathan Safran Foer explique qu'il a ses habitudes à la Bibliothèque de New York. Mais la plupart des romanciers racontés dans ces colonnes - vieux comme jeune, morts comme vivants - préfèrent écrire seuls, dans des maisons bien capitonnées et sur des bureaux ordonnés. Tous, pour la plupart, racontent qu'ils aiment s'isoler autour de livres, voire de quelques bibelots et oeuvres d'art, mais surtout que rien ne doit venir les distraire - en particulier des gens. Ces pièces doivent être des refuges, des sanctuaires même, dans lesquels on pourrait faire les cent-pas, réfléchir, se parler à soi-même et trouver l'inspiration. Ils semblent tous allergiques au chaos de la vie réelle.

Et j'ai pensé à cette image de Tina Fey. A vrai dire, ce n'est pas une image comme les autres. C'est une publicité - pour American Express. Forcément, l'image est une création à 100%, n'a sûrement rien de vrai. Pourtant. Pourtant, j'arrive pas à m'enlever de la tête qu'il y a une part de vérité dans cette image. Notamment parce que c'est toujours de cette façon que j'ai imaginé Tina Fey travailler. Dans un joyeux bordel. Des idées plein la tête et plein les murs. Regardez un peu tous ces post-it. Je veux dire : comment croire que celle à qui l'on doit les meilleures vannes de l'histoire du SNL, le meilleur teen movie et une des meilleures séries des années 2000, avec toutes les références pop et les scènes d'hystérie que ça comporte puisse se contenter d'un bureau bien tranquille dans une maison isolée de tout bruit et agitation ?

Certains le savent déjà. Certains parce qu'ils m'ont lu. D'autres parce que j'en ai parlé sur Twitter et dans les commentaires. A côté de ce blog (et du travail qui paye les factures), j'écris des scénarios. J'avais pas trop envie de m'étaler dessus mais maintenant que j'ai fait le grand saut (les producteurs tout ça...), je dois laisser ma modestie aux placards et me résoudre à crier aux oreilles de ceux qui veulent bien m'entendre que ce que j'écris, mes histoires, valent le coup d'être lues et, oui, d'être mises sur un grand écran. Et si je dis ça, ici, comme ça, c'est parce que Tina Fey fait partie de ces quelques personnes (ils se comptent sur le doigt d'une main) qui m'y ont poussée. Comme Cameron Crowe, James L. Brooks ou Diablo Cody, Fey est une de mes idoles personnelles, une des cinq personnes dans le monde que j'admire le plus pour son travail et son talent, une personne qui me pousse à me surpasser - en espérant, un jour, qu'on me reconnaîtra ne serait-ce qu'un peu de son talent.

Et donc, en lisant les colonnes du Guardian et en voyant cette photo, je n'ai pu m'empêcher de repenser à la façon dont j'écrivais mes histoires, dont je donnais vie à mes personnages, inventais les situations qui allaient les faire rire, pleurer et tomber amoureux. Et bien, ce n'est pas dans le calme. Certes, c'est souvent après 23h que j'arrive à écrire le plus. Mais c'est toujours avec de la musique dans les oreilles. Si j'ai besoin d'écrire des choses émouvantes, je me mets de la musique de films pour les frissons (l'intégrale de l'oeuvre de Philip Glass ou de Craig Armstrong font souvent l'affaire). Si j'ai besoin d'écrire des grands discours inspirants, Arcade Fire est, par exemple, un moteur des plus efficaces. (Dans le genre, petit conseil entre amis, si vous voulez, vous aussi, écrire, faites-vous une playlist de morceaux pop-rock beaucoup utilisés dans des bandes-annonces type "wake up" de Arcade Fire, "feeling for a moment" de Feeder, "clocks" de Coldplay, "sweet disposition" de Temper Trap, "Unrecorded" de M83 ou "Run" de Snow Patrol. Ces chansons sont tellement vibrantes qu'elles fonctionnent à mort question inspiration).

Mais dans tous les cas, mes idées, mes personnages, ce n'est pas devant mon ordinateur, bien sage, à regarder devant moi mes dizaines de post-it au mur, que je les ai - même si j'ai remarqué avoir d'excellentes idées en regardant fixement pendant plusieurs minutes mon énorme collection de DVD et de CD. Mes "meilleures" idées, je les ai dans le métro, en discutant, en lisant des blogs (écrit par) des filles (les filles, c'est ma principale source d'inspiration! J'adore les filles!). Les seuls endroits "calmes" où j'ai des idées, c'est dans la douche et juste avant de m'endormir. D'où le carnet de notes et le stylo toujours bien en évidence à côté du réveil et dans le sac (pour la douche, je n'ai pas trouvé d'autre solution que ma mémoire).

Avec cette photo, je me dis que j'ai donc un peu de Tina Fey en moi. C'est ce que j'essaye de me dire, au fond de moi, quand j'ai l'impression de ressembler à Barton Fink arrivant à Hollywood parce qu'on me dit que ce serait "marrant" que ce personnage devienne gay ou que cet autre fasse "plus lesbienne". You GO, Glenn Coco!


01 février 2011

Notebook Song #6 : Like A Prayer

Pour les moins de 20 ans, je vais peut-être utiliser des mots qui vont vous être inconnus mais restez quand même. Je promets d'être (un peu) moins chiant que votre prof d'histoire. Je vais vous raconter le monde merveilleux des années 80, un monde qui ressemble à peu près au monde d'aujourd'hui sauf que tout le monde était habillé comme des hipsters (mais ne le savait pas) et que David Guetta était trois et s'appelait Stock Aitken & Waterman.

Les années 80 étaient une époque où, pour écouter de la musique, il fallait être prêt à faire de la muscu : Les chaînes Hi-Fi pesait le poids de Rick Ross et de toutes ses chaînes en or, les baladeurs celui de Rihanna toute nue et les radio K7 celui de 50 Cent après une heure de muscu. Une époque sans ordinateur (personnel) qui ignorait encore les mots MP3, téléchargement, iTunes, rapidshare, megaupload, blog mais où les mots 45 tours, 33 tours valaient leur pesant de cacahuètes dans le vocabulaire jeun's.

Une époque où vous deviez vous déplacer à l'hypermarché de votre ZA locale pour acquérir en 45T le dernier tube de Kylie Minogue, tube que vous achetiez un peu plus de 15 francs (à peu près 2,5 euros!) - à moins que votre maman et papa ne vous gâtent en argent de poche et là, vous pouviez vous acheter l'album entier en 33T à près de 70 francs (11 euros).

Mais si vous refusiez de donner votre précieux argent à ces sales vautours des maisons de disques, vous décidiez d'adorer les dieux BASF ou TDK comme on adore aujourd'hui le dieu MP3. Vous êtes alors un adepte de la K7 et pour contourner le système mercantile, vous "piratez" vos chansons préférées... à la radio. Vous êtes le cauchemar des maisons de disques (et oui, déjà !). Branché en continu sur NRJ, votre radio-K7 était alors en permanence à portée de main, une K7 vierge prête dans le lecteur, pour pouvoir vous précipiter sur les boutons Play et Rec et ainsi saisir LE tube qui manquait à votre collection.

Au gré du temps, vous aviez alors les moyens de constituer une petite merveille de "k7othèque" et d'être l'heureux possesseur des meilleures compilations pop de l'histoire de la musique, une collection digne des "Now That's What I Call Music". Vous deveniez, dans le confinement de votre chambre d'adolescent aux couleurs des posters de Tom Cruise, New Kids On The Block et Jason Donovan, le maître des playlists. Spotify, Twitter et les blogs n'existant pas encore, vous étiez évidemment le seul à le savoir mais peu importe : chaque morceau pop saisi dans toute sa grandeur sur K7, sans pub ou blah blah d'animateur à la fin, relevait du miracle.

J'ai une belle collection de 45 Tours chez moi. J'ai toujours acheté beaucoup de disques - même très jeune. Mais ça ne me suffisait pas. J'ai donc enregistré beaucoup de ces K7. Beaucoup. Le nombre de chansons pop qui y sont passées est donc incalculable. Mais pour une raison que j'ignore, je me rappelle avec une acuité assez flippante le moment où j'ai réussi à saisir LIKE A PRAYER de Madonna sur K7. J'avais 10 ans et ça m'a mis dans un tel état d'excitation que je me souviens davantage de ce moment que de celui où j'ai enfin réussi à me procurer le ninja blanc en figurine GI JOE. Ça vous donne un peu le niveau d'intensité du moment (les garçons, au moins, comprendront...).

Cette chanson, qui a fait les beaux jours du carnet de notes, a à jamais (grand mot vu l'usure accéléré des bandes) été gravé sur K7 ce matin là et est donc à jamais associé à ce moment. C'est ça la force d'une chanson pop.




28 janvier 2011

Mixtape #3 : Julie

C'était en 1994. Le vendredi 22 juillet exactement. Il devait être 10 ou 11h. Pas plus. Je me souviens de ce moment là comme si il avait eu lieu hier. Ces 16 dernières années, chaque jour qui passe, je me souviens (un peu) de ce moment. Pourquoi ? Parce que ce jour-là, j'ai rencontré Julie. Dans ma vie, Julie, je l'ai vu moins de 30 jours. En heures, ça ne doit même pas faire grand chose. A peine le temps d'apprendre à connaître quelqu'un. A peine le temps de tomber amoureux.

Mais j'avais 15 ans et, à cet âge, il ne faut pas grand chose pour tomber amoureux. Les quelques jours passés avec Julie étaient largement suffisants. Il ne m'en a pas fallu autant. Une seconde fut nécessaire. Juste une. Juste le temps de la voir sourire. Si je devais faire un Top 5 des plus belles choses que j'ai vu dans ma vie, je mettrais sûrement à la première place le sourire de Julie. Cette seconde qui dure depuis près de 16 ans. C'est à cette seconde que je repense. Elle est restée figée.

Si ce moment est si important, c'est qu'il est le seul vrai coup de foudre que j'ai eu dans ma vie. Aujourd'hui, je blâme l'âge pour ne plus jamais avoir connu ça. Il m'a depuis toujours fallu plusieurs semaines pour tomber amoureux. Evidemment, j'ai des vrais coup de coeur. "La Fille qui ne me voit pas" de ma première mixtape, j'ai encore du mal à me remettre de notre première rencontre. Mais rien de comparable à Julie.

Julie, je l'ai rencontré à Washington DC, devant la National Gallery Of Art. C'était la première fois que je me rendais aux Etats-Unis. Je vivais dans une famille "du cru" le soir. La journée, je visitais la ville avec une étudiante américaine et un petit groupe de Français : deux garçons (dont moi) et deux filles. Julie était l'une d'elle. Un mois plus tard, chacun rejoignait sa province : moi à Orléans, elle à Montpellier. J'ai gardé une photo d'elle. On s'est écrit pendant un an et puis plus rien. J'ai regardé sur Facebook. Rien. J'ai recherché son adresse dans mes vieilles affaires. Rien. C'est sûrement beaucoup mieux comme ça...

Mieux vaut rester avec un beau souvenir du passé que se coltiner une glauque rencontre du présent. Et pour entretenir un beau souvenir, je ne vois rien de mieux qu'une mixtape. Une mixtape entièrement dédiée à Julie, à son sourire, à notre rencontre et à tout le reste. Des chansons pour une seconde. Des chansons pour quelques jours. Des chansons pour plusieurs années de ma vie.

Ces chansons, elles se trouvent ...


1. Patty Griffin - Moon River
"Moon River, wider than a mile, I'm crossing you in style some day. Oh, dream maker, you heart breaker, wherever you're going I'm going your way. Two drifters off to see the world. There's such a lot of world to see. We're after the same rainbow's end--waiting 'round the bend, my huckleberry friend, Moon River and me."

2. The Beatles - I've Just Seen A Face
"I've just seen a face. I can't forget the time or place. That we'd just met, she's just the girl for me. And I want all the world to see we've met."

3. Weezer - Smile
"I can't be gone, darling, for very long. Never know what you're gonna do standing there deep in front of you. Take a look in between my eyes. Because I'm back. 'Cause I don't wanna break your fine face. I can't take the way you wanna wrap me up inside your smile."

4. Smashing Pumpkins - Daydream
"My daydream screams bitter 'til the end. The love i share -true- selfish to the heart. My heart, my sacred heart. My daydream dream."

5. Rachel Yamagata - Over And Over
"I really thought I was okay. I really thought I was just fine. But when I woke this time, there was nothing to take me back to sleep, to take you off my mind this time. And I keep saying over and over and over and over again, Let it rain, let it rain, Over and over and over and over again, Let it rain, let it rain."

6. Aska - There's Too Many of Us
"When I turn, turn away, I want to know you will be there. When I first broke my shell, I knew there was so much more... I didn't know... There are many of us for you to turn. There are many of us for you to share..."

7. Radiohead - All I Need
"I'm the next act waiting in the wings. I'm an animal trapped in your hot car. I am all the days that you choose to ignore. You are all I need. You are all I need. I'm in the middle of your picture lying in the reeds."

8. Coldplay - See You Soon
"So they came for you. They come snapping at your heels. But don't break your back if you ever heard this. But don't answer that. Cause in a bullet-prove vest, with the windows all closed, I'll be doing my best & I'll see you soon. In a telescope lens & when all you want is friends, I'll see you soon."

9. Travis - Writing To Reach You
"Every day I wake up and it's Sunday. Whatever's in my head won't go away. The radio is playing all the usual. What's a Wonderwall anyway? Because my inside is outside. My right side's on the left side. Cause I'm writing to reach you now but I might never reach you."

10. The National - Sorrow
"Sorrows my body on the waves. Sorrows a girl inside my cave. I live in a city sorrow build. It's in my honey, it's in my milk. Don't leave my hyper heart alone, On the water, Cover me in rag and bones, sympathy. Cause I don't wanna get over you. I don't wanna get over you."

11. Vienna Teng - Nothing Without You
"It's the quiet night that breaks me. I cannot stand the sight of this familiar place. It's the quiet night that breaks me, like a dozen papercuts that only I can trace. All my books are lying useless now. All my maps will only show me how to lose my way. Oh call my name. You know my name. And in that sound, everything will change. Tell me it won't always be this hard. I am nothing without you, but I don't know who you are."

12. Sonic Youth - Superstar
"Loneliness is such a sad affair and I can hardly wait to be with you again. What to say to make you come again, come back to me again and play your sad guitar."

13. Patrick Park - Your Smile's Drug
"I should lay around and curse the day that I fell upon your sword. 'Cause I'm a poor boy. And your smile is a drug that I can’t afford... Anymore."

14. Rachel Yamagata - Elephants Instrumental



28 décembre 2010

No Love, Actually...

Je ne sais pas vous mais j'aime bien regarder des films de Noël à Noël. Vous êtes (généralement) en vacances, plein de temps devant vous. Il neige dehors. Ca vous gave de sortir. Vous décidez alors de vous faire un chocolat chaud avec des petits beurres. Pour les plus americains d'entre vous, vous sortez le snuggie de la penderie et c'est partie pour un marathon de films de Noël. LA VIE EST BELLE de Franck Capra. LE MIRACLE DE LA 34e RUE avec Natalie Wood. ELFE avec Will Ferrell. L'ETRANGE NOËL DE MONSIEUR JACK. MAMAN, J'AI RATE L'AVION et même, soyons fou, PIEGE DE CRISTAL et les GREMLINS.

Personnellement, il suffit qu'un film se déroule à Noël pour que j'aime bien. Il y a quelques jours, je me rendais même compte de la raison pour laquelle j'aimais moins (voire pas du tout) les numéros 3 et 4 de la saga DIE HARD : ils ne se déroulent pas pendant les fêtes de Noël. Même des films comme UN FAUTEUIL POUR DEUX, EDWARD AUX MAINS D'ARGENT ou LA GARÇONNIÈRE, pas des films "de Noël" à proprement parlé, ne seraient pas aussi géniaux s'ils ne se déroulaient pas à cette période. Question d'ambiance, je pense.

C'est le but intrinsèque de ce genre de films : vous mettre la patate, vous rendre joyeux, vous rassurer sur la nature humaine, sa capacité à partager et à offrir. Un film de Noël n'est pas forcément une comédie. Un film de Noël n'est pas nécessairement drôle. Il doit juste être réconfortant. Par exemple, LA VIE EST BELLE, le plus grand et beau film de Noël qui ait jamais été fait. Ce n'est pas un film fondamentalement joyeux. Après tout, il parle d'un homme au bord du suicide. Mais la morale fait en sorte que vous en sortez regonflé, heureux de vivre. La quintessence de tout (bon) film de Noël.

Mais il y a un film, un vrai film de Noël, que je ne supporte pas. C'est un film bien fait, très drôle, avec plein d'acteurs et d'actrices de qualité, des gens que tout le monde aime. D'ailleurs, tout le monde aime ce film. Difficile de trouver des gens qui ne l'aiment pas. C'est un film qui repasse régulièrement à la télé. Mais, moi, je ne peux pas. Une partie de moi ne peut pas le supporter. Ma tête le supporte (parce que c'est un plutôt bon film) mais mon coeur n'y arrive pas. Et cela depuis toujours. Après l'avoir vu pour la première fois, en ce mois de décembre 2003, j'ai déprimé pendant deux semaines.

Ce film, c'est LOVE ACTUALLY.

L'intention première de LOVE ACTUALLY est de faire avec l'Amour "romantique" ce que les films de Noël traditionnels font avec l'Amour "familial". La famille, c'est la base de tout bon film de Noël qui se respecte et c'est ce qui les rend si réconfortant et agréable à regarder au coin du feu avec une tasse de chocolat chaud. Une fois le film terminé, vous vous dites que vous avez bien de la chance d'avoir des gens qui vous aiment autour de vous et qui vous ont gâté au pied du sapin. Mais le message du film de Richard Curtis est différent car son coeur est la romance. Il vous dit, de but en blanc : la seule chose qui compte en cette période de Noël, c'est d'avoir UNE PERSONNE qui vous aime. Pas votre soeur. Pas votre mère. Pas votre père. Pas vos cousins, vos oncles et tantes. Non. Une seule personne : Votre femme. Votre petite-amie. Ce qui compte dans LOVE ACTUALLY, c'est l'Amour ROMANTIQUE.

Et ce type d'Amour, je ne l'ai pas. Je ne l'avais pas en 2003 et je ne l'ai pas aujourd'hui. Alors, lorsqu'un mec convoque la crème du cinéma britannique et quelques unes des meilleures vannes de sa carrière pour bien vous faire comprendre que célibataire à Noël c'est bien pourri, vous en chiez, votre coeur pouvant bien aller se faire foutre. Evidemment, tous ceux étant en couples à cette période des fêtes de fin d'année prennent leur pieds devant LOVE ACTUALLY - de la même façon que ceux qui n'ont pas de familles à Noël doivent bien en chier en regardant LA VIE EST BELLE ou d'autres films du genre.

Vous allez me dire que tout film d'Amour se déroulant à Noël aura le même résultat. Un peu, c'est vrai. Mais LOVE ACTUALLY a la particularité d'être ce que l'on appelle un film chorale. Il n'y a pas un héros et une héroïne mais des dizaines. Le principe d'un film chorale est de faire de ces dizaines de cas une généralité, de parvenir à une sorte de morale commune. Au contraire d'une simple histoire individuelle qui aurait le pouvoir de vous faire rêver, vous pousser à mieux pour atteindre vos objectifs à travers le parcours d'un garçon et d'un fille, un film chorale comme LOVE ACTUALLY accumule ces mêmes garçons et filles et vous force, au final, que vous le vouliez ou non, à accepter cette morale du plus grand nombre.

Chaque jour qui passe, je fais comme je peux pour dire "au plus grand nombre" d'aller se faire foutre. Je l'ai déjà dit plein de fois : le consensus m'emmerde - dans la pop culture comme dans ma vie privée. Entendre parler d'AVATAR m'emmerde autant que ma mère me parlant de mariage et de petits-enfants. Alors sortir de LOVE ACTUALLY, avec tous ces personnages amoureux, ayant trouvé l'Amour, le vrai, en même temps, dans, parfois, les situations les plus invraisemblables possibles, c'est comme s'entendre dire par des centaines de petites voix que, oui, ta vie est une merde parce que tu es toujours célibataire.

Ce qui déprime. Beaucoup.

Je ne porte pas mon célibat comme une croix. Je préfère largement être célibataire qu'être avec quelqu'un avec qui je ne sois pas bien à 100%. Mais le fait est là : dans le film de Richard Curtis, tout le monde trouve l'Amour, ce qui peut paraître, au premier abord, très réconfortant. L'Amour, c'est beau. L'Amour, c'est doux. L'Amour, ça fait frissonner le coeur des adolescent(e)s (et de tous les autres - même s'ils refusent de l'admettre). Mais le fait que tout le monde trouve l'Amour, ça fait chier aussi - surtout quand Colin Firth, Emma Thompson, Hugh Grant, Liam Neeson, Laura Linney, Alan Rickman et plein plein d'autres se mettent à vous dire en choeur, armés de leurs plus beaux sourires, les violons de Craig Armstong à plein régime, que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue sans quelqu'un dans le snuggie avec vous (surtout, aussi, quand le seul personnage avec lequel vous vous trouvez, au final, le plus d'affinités #euphémisme, est le seul personnage qui se prenne un râteau de la fille qu'il aime...)

LOVE ACTUALLY, pour moi, c'est comme cette chanson que vous avez partagé avec la fille de vos rêves avant qu'elle vous ait refusé l'Amour que vous lui offriez. Vous voulez l'écouter, encore et encore, sans arrêt, jusqu'à ce que votre coeur, qui se sera lentement vidé de son sang, soit réduit à une petite boule purulente et sans vie. Mais vous savez que vous ne devez pas l'écouter, qu'elle ne fera qu'empirer l’hémorragie. Vous le savez mais vous continuez... Je déteste LOVE ACTUALLY.

PS : Désolé pour le post semi-dépressif. J'essaye de prendre de l'avance pour le Nouvel An, histoire d'atténuer la douleur pré et post-31 décembre.



17 novembre 2010

Le Cinéma Américain vs. La Mondialisation

Durant l'été 1996, je me rendais pour la troisième fois aux Etats-Unis. A Atlanta. J'avais 17 ans. J'étais en séjour linguistique ce qui veut dire que, pendant 1 mois, je vivrais avec une famille "du cru" à faire à peu près tout ce que l'ado du foyer ferait pendant son été soit 1/ faire le tour du mall local au moins une fois par jour, 2/ se réunir chez les uns ou les autres pour écouter de la musique d'Américain moyen (Dave Matthews Band etc.), 3/ se baigner dans la piscine du country club local, 4/ aller au cinéma.

Cet été-là, outre des films comme LE PROFESSEUR FOLDINGUE ou LE DROIT DE TUER, j'ai donc découvert dans un multiplexe américain le blockbuster ultime de cet été 96 : INDEPENDENCE DAY. Entouré de centaines d'Américains en folie, sur le coup, j'ai à peine noté le caractère "patriotique" du film. En fait, sur le coup, pour moi, le film de Roland Emmerich, c'était surtout des répliques badass à n'en plus finir (genre "Nuke 'em. Let's nuke the bastards") et lorsque vint le fameux discours de Bill Pullman :

"We are fighting for our right to live. To exist. And should we win the day, the Fourth of July will no longer be known as an American holiday, but as the day the world declared in one voice: "We will not go quietly into the night!" We will not vanish without a fight! We're going to live on! We're going to survive! Today we celebrate our Independence Day!"

J'ai eu des frissons, des putains de frissons comme tout bon Américain nourri à la viande aux hormones qui se trouvait dans la salle avec moi. Mes poils se sont littéralement dressés dans un grand moment de fraternité (impérialiste) franco-américaine. J'étais conquis - au sens propre comme familier. Charles De Gaulle pouvait bien se retourner dans sa tombe. A ce moment là, l'idée de voir le Président atomiser à bord de son F-16 une bande d'aliens belliqueux me faisait prêter allégeance à la bannière étoilée aussi vite que Pétain à l'Allemagne nazie avec l'idée de gazer du juif.

C'est pourquoi, à mon retour au pays du Camembert, alors que le film sortait à peine, je vis l'incompréhension dans les yeux de mes petits camarades. Tous, sans exception, ne parvenaient à comprendre mon engouement. Tous, jeunes rebelles de classe moyenne, n'y voyaient que la démonstration de l’Américanisme primaire, la manifestation de pouvoir et auto-centrée d'une Amérique toute puissante qui ferait un gros d'honneur au monde entier en lui hurlant de se prosterner et de lui baiser ses pieds assaisonnés à la sauce barbecue.

Ils n'avaient pas tort.

C'est juste qu'on s'en fout. Personne ne se plaint que Woody Allen fasse des films avec des New-Yorkais juifs névrosés. Personne ne se plaint que David Lynch fasse des films bizarres. Personne ne se plaint que Pedro Almodovar fasse des films avec plein de couleurs sur les murs. Personne ne se plaint que Spielberg fasse des films avec des extra-terrestres. Personne ne se plaint que Sofia Coppola fasse des films avec des jeunes filles qui s'ennuient. Personne ne devrait se plaindre que les Américains fassent des films patriotiques. Si les Américains se mettaient à faire des films avec des bobos trentenaires névrosés qui vont chercher leur baguette, oui, là, tout le monde aurait le droit de se plaindre. Tout simplement, parce qu'ils auraient fait des films français. Et il n'y a que les Français qui ont le droit de faire des films français. Mais le patriotisme appartient aux Américains comme la mauvaise humeur appartient aux Français. Comment leur reprocher de faire des films qui leur ressemblent ?

Dans un film américain, il doit y avoir des répliques badass. Il doit y avoir des combats de vaisseaux spatiaux, des grands discours avec des violons. Dans un film américain, c'est les Américains qui gagnent et les Russes (ou les Arabes) qui perdent. C'est comme ça ! Ils ont Heidi Montag, Sarah Palin, Brett Michaels et Snooki, laissons-leur au moins le droit d'atomiser des méchants sur grand écran.

Et donc, moi, j'aimais bien voir, dans les années 80 et 90 des vrais films américains, des films avec des codes américains, bourrés de références qu'on s'amusait à décrypter ("Pierre Cardin" à la place de "Calvin Klein" dans RETOUR VERS LE FUTUR) et de situations à la frontière de la science-fiction (les flingues sur-dimensionnés de COBRA ou de John Matrix...). Des films qui parvenaient à en dire beaucoup sur la culture ricaine, avec tout ce qu'elle comportait de fun mais aussi de violence. Car, aussi décérébrés soient certains films, ils étaient quand même de bons indicateurs d'une culture et poussaient à aller plus loin (oui, même INDEPENDENCE DAY!). Mais tout ça semble sur le point de se terminer. Les films Américains faits pour les Américains autrefois exportés en masse et brut de décoffrage comme aujourd'hui des chaussettes "Made in China", c'est fini...

Quand Adam McKay entreprit de pitcher aux studios Paramount son idée pour la suite de son succès de l'été 2004, ANCHORMAN : THE LEGEND OF RON BURGUNDY, il se disait assez naturellement que c'était dans la poche d'avance. Le film avait coûté à peine 20 millions de dollars et en avait rapporté plus de 90 au box-office. Pas la peine d'avoir fait HEC pour comprendre qu'une suite ne pourrait faire que mieux. Mais il y avait un problème : sur cette recette largement bénéficiaire pour le studio, seuls 5% étaient à attribuer au marché international (hors-USA). Et c'était loin d'être assez pour les cols blancs du studio. Ce fut donc un NON pour Adam McKay et ses acteurs, au premier rang desquels se trouvaient pourtant quelques grosses pointures du box-office US, de Will Ferrell à Steve Carrell.

Le problème pour McKay : son présentateur télé 70's machiste et arrogant ne parle pas aux ados coréens, brésiliens ou français. Ils ne parlent qu'aux Américains. Il y a 10 ou 15 ans, cela n'aurait pas été un problème. Aujourd'hui, empêtrés dans la pire crise économique de leur histoire, avec les ventes de DVD en chute libre et les entrées en salles en quasi-stagnation depuis près de 10 ans, les studios de cinéma américains ont décidé de concentrer leurs efforts sur "le reste du monde" qui leur rapporte près de deux fois plus en 2010 qu'en 2000.

L'argent que le studio aurait pu dépenser sur le 100% américain ANCHORMAN 2 a alors été placé sur le (plus anglais) prochain film de Sacha Baron Cohen, un des rares comiques anglo-saxons qui ait réussi à passer les frontières grâce à ses films BORAT et BRUNO. Pendant ce temps-là, McKay dut se rabattre sur les studios Sony pour, cette fois, leur proposer un picth "plus global", à savoir l'histoire de deux flics losers qui ne mettraient plus "seulement" en scène des comiques inconnus du public mondial mais des stars comme Mark Wahlberg, Eva Mendes, The Rock et Samuel L. Jackson.

Cette fois, avec VERY BAD COPS, finies les blagues référencées et les clins d'oeil à tout un pan de pop culture yankee. Cette fois, place à l'action et aux vannes globalisées. Pour l'anecdote, Sony demanda même à McKay de remplacer la vanne récurrente sur le joueur de base-ball Derek Jeter en retournant les dites scènes avec les joueurs de foot Beckham et Ronaldo (finalement indisponibles) !

Cette globalisation du cinéma américain aurait peut-être plu à mes petits camarades de lycée. Reste que, par rapport à ANCHORMAN (et les deux films suivants du duo McKay/Ferrell), VERY BAD COPS a perdu en drôlerie, en impertinence et en originalité ce qu'il a gagné en spectateurs internationaux (Sur 282 millions de dollars de recettes, 27% sont à attribuer au box-office international). Car on peut reprocher, nous Français, au cinéma américain d'être patriotique, auto-centré et arrogant, je trouve ça beaucoup plus intéressant (voir pédagogique) qu'un cinéma sans âme, formaté, capable de plaire à tous les publics à travers le monde - ceci étant valable autant pour les comédies (forcément depuis toujours difficilement exportables) que pour les blockbusters.

C'est la maladie AVATAR. Grace à une formule narrative éculée compréhensible par 95% de la population mondiale, le film a récolté près de 73% de ces recettes hors des Etats-Unis. Ce chiffre, dans l'Histoire du cinéma, n'avait jamais été franchie - y compris par TITANIC. Et il est annonciateur d'une tendance lourde. Le cinéma, c'est de plus en plus comme la fabrication des chaussettes. C'est mondialisé. Si un jour, vous aviez cru que le cinéma français se laisserait bouffer tout cru, laissez-moi vous dire que ce n'est pas le cas, en tous les cas pour l'instant. Pour l'instant, c'est le cinéma américain qui se fait bouffer tout cru. Il se fait bouffer (volontairement) par 1,3 milliards de Chinois, 1 milliard d'Indiens ou encore 730 millions d'Européens qui en ont profité, au passage, pour lui sucer toute sa substantifique moelle puis pour le noyer dans une gigantesque masse de cerveaux tous très différents.

Donc, désormais, si vous voulez voir des divertissements qui tâchent dans lesquels de vaillants américains défoncent la gueule de méchants terroristes et/ou trafiquants de drogues et/ou aliens sur fond de bannière étoilée et de discours patriotique, il va falloir ressortir les vieilles VHS de votre intégrale Schwarzenegger. En attendant que Michael Bay reprenne du poil de la bête...


21 octobre 2010

La comédie romantique ou la fin de l'Amour

Que représentent les comédies romantiques pour vous ?
1/ Un calvaire absolu. Tous ces sentiments guimauves vous donnent envie de vomir.
2/ Un moyen de sortir votre copine à moyen frais et lui montrer que, vous aussi, vous avez un coeur.
3/ Un divertissement comme un autre. C'est toujours mieux que le drame en noir et blanc sur la vie d'ouvriers Ouzbèques qui passe à 20h35.
4/ Un cours magistral d'1h30 sur les 1001 façons de tomber amoureux.
5/ Une façon de tomber amoureux par procuration et de nourrir ces rêves d'envolées romantiques.

En ce qui me concerne, c'est un mélange des réponses 4 et 5. Je pense que j'avais à peu près 15 ou 16 ans quand j'ai vu pour la première fois NUITS BLANCHES A SEATTLE et, je l'avoue, ça a changé ma vie. Voir Meg Ryan tomber amoureuse d'un fantasme, d'un homme triste élevant seul son fils suite au décès de sa femme, parce qu'elle a sûrement trop vu le film ELLE ET LUI, a été un choc. Un choc de ceux qui vous parle tellement qu'encore aujourd'hui, c'est toujours de cette façon que je tombe amoureux. En me créant dans la tête un fantasme. Que je fais durer. Encore et encore. Quand j'étais adolescent, ce fantasme pouvait durer des mois entiers, voire des années. En fait, plus souvent des années que des mois. Vous allez me dire que ce n'est pas le film qui m'a poussé à ça mais que le film n'a été qu'un miroir. C'est très vrai. Mais le film m'a conforté. Le film m'a dit, petit enculé de sa mère qu'il est, que c'était possible. Il m'a dit : "Toi aussi, tu la trouveras celle qui te fera surmonter tes peurs et tes doutes et te poussera à te rendre en pleine nuit au sommet de l'Empire State Building". NUITS BLANCHES A SEATTLE m'a entretenu dans l'idée naïve (mais belle) et surtout assez confortable qu'il suffit d'attendre.

Aujourd'hui, j'ai un peu dépassé cela. Mais pas totalement. Reste que les comédies romantiques continuent, sournoisement, à me maintenir dans cet état. Mais j'en ai déjà un peu parlé il y a quelques jours ici (J'en profite pour vous présenter mes excuses pour le caractère légèrement obsessionnel de mes écrits ces derniers temps. Ce n'est pourtant pas le printemps...). Et donc, j'ai l'impression que, tant qu'il y aura des films (et par extension des chansons) sur l'Amour, je ne sortirais jamais complètement de ce cocon fantasmé qui m'empêche de passer à autre chose, à une vitesse supérieure.

Mais ces derniers temps, je sens qu'il se passe un truc. Déjà, ça fait très longtemps que je ne me suis pas senti "amoureux". Comme deux chinois perdus à Hong Kong dans les années 60, je me sens toujours in the mood for love mais pas vraiment crazy in love. Surtout, je me sens moins dépendant des films d'amour. Certes, mon passif est lourd et j'ai absorbé depuis NUITS BLANCHES A SEATTLE assez de déclarations romantiques pour que mon cerveau de midinettes se noie encore quelques années dans la guimauve. Mais, c'est comme le pétrole, les réserves naturelles diminuent.

Je me suis dit un temps que je vieillissais, devenais sage, un peu plus cynique, moins idéaliste. Le truc normal et naturel, quoi. Pourtant, en sortant du cinéma, il y a quelques jours, je me suis dit que ces raisons évidentes n'étaient pas forcément les bonnes. J'ai peut-être trouvé la vraie raison. Les comédies romantiques ne sont plus ce qu'elles étaient. J'ai fait mon éducation sentimentale dans les années 90 qui furent une époque assez incroyable pour le genre : de Nora Ephron à Cameron Crowe, cette décennie a vu la consécration de grands auteurs de romcom, des auteurs qui offraient à nouveau au genre des lettres de noblesse que les années 70 et 80 lui avaient enlevés. Des films comme QUAND HARRY RENCONTRE SALLY, JERRY MAGUIRE, POUR LE MEILLEUR ET POUR LE PIRE, MILLIARDAIRE MALGRE LUI, MÉPRISE MULTIPLE, LE PRESIDENT ET MISS WADE, L'AMOUR A TOUT PRIX ont renouvelé le genre, conservant l'invention des situations des classiques des 30's et 40's tout en les modernisant et en les adaptant aux préoccupations contemporaines.

Mais plus que tout, comme les films de Capra, Lubitsch et Wilder, ils donnaient envie de tomber amoureux. Devant ces films, vous assistiez à la naissance de l'Amour. Vous aviez deux personnages qui tombaient amoureux. Vraiment. L'Amour naissant était le centre de l'histoire, la plus importante composante du film. Que ce soit grâce au talent des comédiens. Que ce soit grâce aux regards. Que ce soit grâce aux mots. Que ce soit grâce à la sophistication de la mise en scène. Peu importe l'artifice cinématographique ou narratif, on y croyait. Dans le regard de Renée Zellweger au début de JERRY MAGUIRE, vous voyez poindre un sentiment. Cameron Crowe, ce regard, le filme longtemps, insiste dessus et a sûrement du mettre de longues heures à l'obtenir de sa comédienne mais le résultat est là. On y croit. On veut y croire. On veut croire que ça nous arrivera aussi. Un jour.

Ce sentiment fait les comédies romantiques réussies. Ce sentiment a forgé mon cerveau aux choses de l'Amour. Il l'a enrobé de guimauve comme le sucre entoure le bâton d'une barbe-à-papa. Et si désormais, quelques années plus tard, la guimauve commence à fondre, c'est qu'on ne lui offre plus guère que de l'aspartame, à savoir des Jennifer à la pelle (Aniston, Lopez, Garner), des Katherine Heigl, des Gerard Butler, des films comme LE CHASSEUR DE PRIME, UNE ABOMINABLE VÉRITÉ, LE TÉMOIN AMOUREUX, KISS & KILL, LE PLAN B et beaucoup d'autres. Beaucoup, beaucoup d'autres. Et comme vous êtes impatient de savoir quel film est la source de ces modestes lignes, TROP LOIN POUR TOI.

Certes, Drew Barrymore a plus de charme que la première pouf de 10 ans de moins propulsé "petite fiancée de l'Amérique" par la grâce d'un rôle à la télé. Certes, l'alchimie entre elle et Justin Long est d'un autre calibre que celle, en plastique, de tous ces couples préfabriqués par des producteurs obèses adeptes du cigare. Ça n'empêche pas le film de sombrer dans les pires travers d'un genre qui semble en bout de course. Hormis de très bonnes (mais rares) scènes de comédie (le coloc adepte des bandes originales de film), le film n'offre pour seule démonstration de sentiment amoureux qu'une scène de rencontre suivi d'un montage mignonnet sur fond de musique à la mode, quelques baisers et des déclarations d'amour sans imagination vues, revues et encore revues.

Fut un temps où les meilleures (et plus belles) scènes d'une comédie romantique étaient celles que passaient les (futurs) amoureux à discuter. Voyez BREAKFAST AT TIFFANY'S. Voyez BEFORE SUNRISE. Voyez THE PHILADELPHIA STORY. Dans ces discussions et surtout dans les regards et petits gestes qui allaient avec, il y avait TOUT. Il y avait le sentiment naissant. Il y avait l'ensemble des possibles. Il y avait l'Amour. Le vrai. Il y avait ce qu'il n'y a (presque) plus maintenant. Si on ne peut plus trouver l'Amour dans un film sur l'Amour, où est-on censé le trouver ? Dans les chansons ? Plus personne ne s'embête plus à faire de slows, les jeunes ayant, semble-t-il, arrêté de les danser aux alentours de 1996. A la télé ? Entre deux épisodes de JERSEY SHORE et de THE REAL HOUSEWIVES OF BEVERLY HILLS ?

Voilà, donc. La dernière fille ayant fait battre mon coeur ne me voit pas. Et dans ces cas-là, pour arriver à y croire à nouveau, mon coeur a besoin de sa dose de comédie romantique et d'Amour sur celluloïd. Mais mon dealer n'a que du sentiment cheap à me refourguer. Qu'est-ce que je suis donc censé faire, maintenant ? Arrêter de croire aux paradis artificiels ? Je ne m'y résoudrais pas, quitte à continuer à me shooter, encore et encore, avec les restes de came de ma jeunesse...


30 septembre 2010

La Rupture

J'ai trop de chansons et de films d'amour, de scènes, de déclarations et de dialogues romantiques dans la tête. C'est mon problème. C'est pour ça que je suis toujours célibataire. Je sais bien que tout est dans ma tête. Mais que voulez-vous, je suis un idéaliste. Je ne veux pas forcément que ça se passe comme dans un film, avec le happy-end, les petits oiseaux et la morale qui fait frissonner le coeur des adolescentes. Je suis un peu "vieux" pour ça. J'ai passé l'âge. Quand j'avais 15 ans, sûrement. Mais à 30 ans passé, ce serait signe d'un déséquilibre certain de ma part. Et vous auriez raison de vous inquiéter pour moi.

Pas comme dans un film. Mais à la manière d'un film. Certes la nuance est subtile mais le concept est simple : ce n'est pas une question de forme mais de fond. Quand vous mettez bout à bout toutes les déclarations enflammées, les paroles de chansons désespérées, les scènes de poursuite insensées et autres mélodies mélancoliques qui ont traversés votre cerveau depuis votre naissance, vous espérez ressentir (au moins une partie de) la même chose (au moins une fois) dans votre vie. Vous espérez pouvoir entendre une chose aussi touchante que "You Had Me At Hello" ou dire des choses comme "You Complete Me" - et que ça se passe au milieu d'une réunion féministe avec du Bruce Springsteen en fond sonore n'est qu'accessoire. Car, oui, ce qui compte, ce sont les mots. Je voudrais un jour pouvoir entendre et dire des mots qui auraient l'air de sortir d'un film de Cameron Crowe. Je crois, sincèrement, que le jour où vous rencontrez la bonne personne, ces mots-là vous viennent naturellement et je crois que, à ce moment-là, vous savez.

Des mots comme ceux-là, j'imagine que Cameron Crowe en a réservé des encore plus beaux à Nancy Wilson. Le journaliste/écrivain/scénariste/réalisateur avait 25 ans quand il commença à sortir avec Nancy Wilson, co-leader du groupe de rock Heart. Et il a su. Les deux sont restés près de 26 ans ensemble. C'est long 26 ans. Mais c'est beau aussi. Comprenez-moi bien : je ne parle pas de mariage ou de conneries comme ça juste bonnes à terminer en fanfare des comédies romantiques. Je parle d'un garçon. Je parle d'une fille. Je parle de la rencontre de deux êtres capables de se réunir pour former un tout plus cohérent. Je parle d'engagement. Je parle de fidélité. Je parle même d'optimisme. Je parle de courage aussi.

C'est un peu tout ça que m'inspirait la relation de Cameron Crowe et de Nancy Wilson. Même si, bien sûr, je ne les connaissais pas (Duh). D'abord parce que leur relation ("officialisée" par un mariage en 1986) apparaissait comme une sorte d'exception dans un showbiz américain où les mariages de plus de 20 ans sont aussi rares que les gros mots dans une production Disney. Pour les 50 ans de mariage de Paul Newman et Joanne Woodward, combien de Chad Michael Murray/Sophia Bush, Drew Barrymore/Tom Green, Lisa Marie Presley/Nicolas Cage ou Angelina Jolie/Billy Bob Thornton. Je pourrais continuer comme ça, encore et encore. Ensuite parce que Cameron Crowe.

Oui. Cameron Crowe. Le type qui a donné à John Cusack un radio-cassette pour hurler à Ione Skye "In your eyes, the light the heat, in your eyes, I am complete, in your eyes, I see the doorway to a thousand churches, in your eyes, the resolution of all, the fruitless searches, in your eyes, I see the light and the heat, in your eyes, oh, I want to be that complete, I want to touch the light, the heat I see in your eyes". Le type qui a offert à Tom Cruise des mots comme "We live in a cynical world. A cynical world. And we work in a business of tough competitors. I love you. You... complete me." Un type qui est capable d'écrire des films entier sans la moindre goûte de cynisme, de pessimisme et de méchanceté tout en parvenant à faire résonner ses mots comme les plus réalistes et naturels qui soient. Un type pour qui l'idée du romantisme et de la fidélité n'est pas juste un concept bon à attirer des adolescentes en manque de guimauve mais une vraie philosophie de vie. Un type capable d'aimer plus que lui-même une fille toute sa vie.

C'est pourquoi, quand on a appris son divorce il y a quelques jours, annonçant par la même occasion qu'il était séparé de Nancy Wilson depuis deux ans, j'ai eu mal. J'ai eu mal au coeur et mal à l'âme. Si Cameron Crowe, avec ses films, avec ses mots et tout ce qu'ils pouvaient, peuvent et pourront un jour représenter, divorce, que me reste-t-il, à moi ? Une partie des idéaux dont je parlais plus haut partent en fumée.

Alors, bien sûr, je m'en remettrais. On s'en remet toujours. Peut-être que je suis ainsi devenu (un peu) moins naïf, moins idéaliste, plus réaliste et, même si je voudrais tout faire pour lutter contre cela, plus cynique. Peut-être que c'est pour le mieux... Peut-être.


28 septembre 2010

Notebook Song #4 : Today

On était en 1993. J'avais 14 ans. Je rentrais en seconde et je m'apprêtais, je crois, à vivre la pire année scolaire de ma vie. Je n'en ai jamais vraiment discuté avec qui que ce soit donc je ne peux pas dire si l'expérience est commune mais le passage de la tranquillité du collège à l'effervescence du lycée s'est faite, pour moi, dans la douleur. A vrai dire, ça m'a même rendu malade. Ce genre de maladie de la tête qui se répand sournoisement dans votre corps.

Aujourd'hui, grâce à ce blog et Twitter, je rencontre plein de gens avec qui le courant passe immédiatement. J'ai rencontré "dans la vraie vie" des gens comme Ariane, Vanessa, Aurore, Jonathan, Sophie Marie ou Maxime parce que le feeling passait tellement bien dans la virtualité qu'il était impossible qu'il ne passe pas aussi bien dans la réalité. Aujourd'hui, trouver des gens qui partagent votre sensibilité et vos passions et créer de vrais liens d'amitié ne me semble donc pas une chose des plus compliquée - à condition de bien le vouloir.

En passant du collège au lycée en 1993, aucun des outils précités n'existaient et trouver des gens que vous comprenez et qui vous comprennent n'est pas la chose la plus facile. Au contraire, c'est la chose la plus difficile au monde. Surtout quand vous avez 14 ans, que vous n'êtes pas franchement bien dans vos baskets et que les choses les plus communément acceptables à aimer dans une ville de province des plus mornes tels que le foot, le sport en général voire les quelques groupes mainstream qui passent à la radio ne provoquent en vous qu'indifférence, voire dégoût.

Dans ces cas-là, ce qui se passe alors, c'est que vous vous accoquinez avec ceux de votre classe 1/ qui le veulent bien, 2/ qui ont la sensibilité la plus proche, 3/ que vous connaissez depuis le plus longtemps. Mais, au final, vous le savez bien, au fond de vous, tout ça ne durera pas. Le temps d'une, voire deux années scolaires tout au plus. En attendant, vous faites avec. Vous n'avez pas (encore) trouvé celui ou celle qui vous aidera à vous sentir mieux dans vos baskets mais vous prenez votre mal en patience. Il faut bien vous y faire, face aux moqueries des gros lourds de l'équipe de rugby, vous êtes (toujours) seuls. J'étais toujours seul.

On était en 1993. J'avais 14 ans. Je n'avais pas trouvé ceux ou celles qui partageaient mes goûts et ma sensibilité. Et les seules personnes que je fréquentais (pour les raisons sûrement évoquées ci-dessus) écoutaient du rock. Alors, de toute mon adolescence, je n'ai jamais écouté autant de rock que cette année-là. Par la force des choses (ou pas), comme tout bon teenager blanc du début des années 90, je me suis pris de plein fouet le grunge. Ça avait commencé par Nirvana. C'est pas très original mais c'est comme ça. Ça s'est poursuivi avec le film SINGLES de Cameron Crowe. Ça s'est confirmé avec Soundgarden mais surtout avec Smashing Pumpkins. Y a-t-il lien de cause à effet entre la solitude et la mélancolie puissante qui m'assaillait le cerveau et le corps à cette époque là et ma soudaine passion pour ces groupes ? J'ai envie de dire non. Pour la simple et bonne raison que le Hip Hop m'a beaucoup plus aidé à les surmonter les années qui ont suivi. Mais je dois tout de même me rendre à l'évidence. Il y a un lien. Quand je repense à cette année-là, je repense en effet à ces chansons et pas à d'autres. A Smell Like Teen Spirit de Nirvana. A Would? de Alice In Chains. A Daughter de Pearl Jam. A Black Hole Sun de Soundgarden. Mais surtout à Today des Smashing Pumpkins.

Today est une sorte de madeleine de Proust. Mais pas forcément de celle qui fait remonter en vous les bons souvenirs d'une enfance insouciante. Plutôt de celle qui fait remonter quelques uns des pires moments de votre adolescence. Le mal-être. Les moqueries. Les filles qui ne vous regardent pas. La solitude. Je pense à ça quand j'écoute Today. Vous allez me dire que c'est normal. Après tout, la chanson parle de pensées suicidaires et de dépression. Mais ce n'est pas forcément le plus important. D'abord parce que j'étais pas forcément très bien à cette époque là, j'étais tout de même loin de ça. Très très loin. Ensuite parce que le contenu d'une chanson importe moins que le moment qui lui est associé. Et vous aviez compris, ce qui est associé à Today n'est pas des plus chaleureux en ce qui me concerne.

Je l'écoute encore pourtant très régulièrement. Et plus généralement l'album SIAMESE DREAM reste un des albums qui compte le plus pour moi. Encore aujourd'hui. Tout simplement parce que, pour tout ce que Today et cet album contiennent de souffrances, il y a aujourd'hui. Certes, 17 ans plus tard, mes baskets me font encore un peu mal au pieds et à l'âme mais je sais que je ne serais pas celui que je suis actuellement si, en 1993, mes baskets m'étaient allés comme des chaussons. S'il n'y avait pas eu les gros connards, peut-être aurais-je été moi-même aujourd'hui un gros connard ? S'il n'y avait pas eu la solitude et les peines de coeur, peut-être n'y aurait-il jamais eu ce blog et toutes les belles rencontres faites ces derniers mois ?

Voilà pourquoi j'aime cette chanson des Smashing Pumpkins. Pour tout ça. Et sûrement pour plein d'autres choses...