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04 avril 2012

Made in 90's : Alternative Rock N' Roll


La première fois que je suis allé aux Etats-Unis, c'était à l'été 1994. La famille dans laquelle j'habitais était une famille blanche de classe moyenne élevée. Elle vivait dans une très grande maison dans la banlieue de Washington DC. Une grande maison avec un panier de basket au-dessus du garage, une terrasse sur-élevée avec un barbecue, un grand jardin non grillagé à la pelouse immaculée, plein d'arbres centenaires, une grande télé dans le salon et un sous-sol où le fils adolescent de la famille entreposait les guitares, basses et batteries de son groupe de rock.

A l'époque, musicalement, j'écoutais beaucoup de rap mais je venais de vivre une des pires années de ma vie (racontée ici). Musicalement, ma mélancolie avait alors trouvée refuge dans le rock grunge et alternatif. La passion de mon hôte et de ses amis pour des groupes comme Nirvana, Smashing Pumpkins, Alice In Chains ou Soundgarden n'avait donc rien de choquant pour moi. Au contraire, j'étais vraiment fasciné. Pour cette première expérience américaine, j'étais bien tombé. J'avais vraiment l'impression d'être dans un teen-movie.

Cette sensation, je l'ai jamais oublié. Depuis cette époque, le fantasme de la scène rock alternative américaine de la première moitié des années 90 ne m'a jamais quitté. Les chemises en flannelle. Les jeans troués et cheveux sales. La fraicheur d'une scène rock qui s'était hissée des salles de concert humides de Seattle aux tops des charts parce que, soudainement, toute la jeunesse (blanche), la fameuse génération X, s'est retrouvée dans des textes et des sons.

Cet été 1994, quand je passais quelques heures devant MTV, j'y voyais les Beastie Boys, Nirvana, Blind Melon, Smashing Pumpkins, Beck et Soundgarden. On était loin de Jersey Shore et The Hills. Il n'y avait alors pas grandes différences entre la programmation du grand network télévisé et les radios étudiantes, par tradition férocement indépendantes et dénicheurs de talents. Ces groupes avaient beau être signés sur des majors, être écoutés par des millions d'adolescents et jeunes adultes dans le monde, ils semblaient conserver ce côté "rustique" loin de leur prédécesseurs mégalomanes des années 70 et 80. Des rock-stars qui ne se comportent pas comme des rock-stars.

C'est le film Young Adult qui m'a donné cette idée (via le billet de copine Virginie). Quelles sont les chansons qui reflètent le plus cette époque, ce Zeitgeist qui m'a tant marqué en débarquant dans cette famille américaine ? J'en avais une petite idée, déjà, dans ma tête et je me suis précipité sur Spotify pour vérifier mon intuition. J'ai réécouté les albums de Beck, Soundgarden, Blind Melon, REM, Alice In Chains, Dinosaur Jr, Pearl Jam, Pavement, Lemonheads etc. et j'en ai tiré une playlist. 70 chansons "madeleine de Proust" qui me rappellent instantanément les journées devant MTV ou à écouter la radio étudiante locale dans la voiture.

Enfants de la génération Y, vous voulez avoir un aperçu auditif de l'Amérique (blanche) de la première moitié des années 90, écoutez donc cette humble playlist Spotify...


Nirvana - About a Girl
REM - Man On The Moon
Pearl Jam - Daughter
Alice In Chains - Would?
Soundgarden - Black Hole Sun
REM - Drive
Weezer - Done
Blind Melon - No Rain
Nirvana - All Apologies
Toad The Wet Sprocket - Walk On The Ocean
Lush - Ladykillers
Mazzy Star - Fade IntoYou
Smashing Pumpkins - Disarm
Candlebox - Cover Me
Crash Test Dummies - Mmm Mmm Mmm Mmm
Teenage Fanclub - The Concept
Smashing Pumpkins - Today
Nirvana - The Man Who Sold The World
Pearl Jam - Nothingman
Pavement - Cut Your Hair
Paula Cole - Where Have All The Cowboys Gone ?
Smashing Pumpkins - 1979
Screaming Trees - Nearly Lost You
Nirvana - Heart Shaped Box
Alanis Morissette - Hand In My Pocket
Marcy Playground - Sex & Candy
The Lovemongers - Battle of Evermore
Toad The Wet Sprocket - All I Want
L7 - Shitlist
Nada Surf - Popular
Pearl Jam - Alice
4 Non Blondes - What's Up
Mazzy Star - Into Dust
REM - Losing My Religion
Candlebox - Far Behind
The Sundays - Wild Horses
Nirvana - Come As You Are
Sonic Youth - 100%
Grant Lee Buffalo - Fuzzy
Stone Temple Pilots - Plush
Joan Osborne - One Of Us
Soul Asylum - Runaway Train
The Sundays - Here's where the Story ends
Lush - Single Girl
Lisa Germano - Cry Wof
The Breeders - Cannonball
Paula Cole - Hush Hush Hush
The Flaming Lips - She don't use jelly
Hole - Doll Parts
Weezer - Buddy Holly
Paul Westerberg - Dyslexic Heart
L7 - Pretend We're Dead
Hootie & The Blowfish - Only Wanna Be With You
Counting Crows - Mr Jones
Belly - Feed The Tree
K's Choice - Not An Addict
Nirvana - Lithium
Alanis Morissette - You Oughta Know
Stone Temple Pilots - Interstate Love Song
Beck - Loser
Rage Against The Machine - Killing In The Name
The Martinis - Free
Gin Blossoms - Follow You Down
The Lemonheads - Into Your Arms
Cowboy Junkies - Sweet Jane
Dinosaur Jr - Feel The Pain
Soundgarden - Spoonman
Sonic Youth - Superstar
Violent Femmes - American Music
The Presidents of the USA - Lump
Green Day - Longview


07 juin 2011

L.A. L.A. (Big City of Dreams)

La première fois que mes pieds ont touché le sol américain, j'avais 15 ans. Ce fut un choc. Je pouvais enfin mettre un peu de réalité sur beaucoup d'images qui traînaient un peu partout dans les recoins de ma tête. J'étais fasciné. L'Amérique était fascinante. C'était le début du mandat de Bill Clinton. Douze ans que l'Amérique était sous règne républicain. Kurt Cobain venait de se suicider mais tout le monde portait encore des T-shirts Nirvana. Tout le monde écoutait Rage Against The Machine, Smashing Pumpkins et les Beastie Boys. MTV passait en boucle ses pubs pour le Woodstock '94 entre deux épisodes de Beavis & Butt-Head. Comme le disait alors B-Real de Cypress Hill, "They say we're Generation X, but I say we're generation fuck you". Aujourd'hui, tout ça résonne comme un truc d'ado à la recherche de modèle de rébellion mais j'ai l'impression, dans mon coeur de trentenaire, que ça veut dire encore quelque chose, que découvrir (de l'intérieur) les Etats-Unis à cette époque avait un caractère réellement magique.

L'été suivant, je posais le pieds en Californie. Ce ne fut plus un choc. Ce fut une révélation. CLUELESS sortait au cinéma et je crevais d'envie de voir WATERWORLD. Los Angeles est devenue instantanément une de mes villes préférées au monde (mais j'en ai pas vu tant que ça, au final, hein!). Toutes ces villes américaines que les européens adorent parce qu'ils y retrouvent le charme décuplé de leurs chères métropoles maison m'emmerdent (San Francisco, si tu me lis...). Mais j'aime d'amour Los Angeles, ses autoroutes à 6 voies, ses canaux asséchés, son béton, ses multiples "grandes" villes à l'intérieur de la très grande ville, ses gens qu'on semble ne jamais voir à l'intérieur de leur Hybrid et de leur Hummer. C'est bizarre pour un européen élevé aux expresso en terrasse dans l'ombre de monuments plusieurs fois centenaires mais c'est comme ça...

A la seule exception de la très chère Aurore, je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui aime à ce point cette ville. Los Angeles, c’est James Ellroy et « le Dahlia Noir », c’est Tom Cruise, c’est Buster Keaton et Charlie Chaplin, c'est Tarantino, c'est Betty Page, c’est Barton Fink, c’est Sunset Boulevard et John Belushi. C’est même « Pretty Woman », Brandon et Brenda, « Melrose Place » et Pamela Anderson ! Los Angeles, c’est tout ça à la fois : du sexy, du trash, du glamour et de la mélancolie, des scandales et des grandes histoires d’amour. Los Angeles, c'est toute la contradiction qui fait toutes les grandes cités : les skaters et les malls fluos du "Free Fallin'" de Tom Petty aux violences extrêmes de "Welcome To The Jungle" de Guns N'Roses ou de "Straight Outta Compton" de NWA en passant par le pur hédonisme de "California Love" de 2Pac. Bref, Los Angeles, c'est toute la pop culture résumée en une seule ville, c'est un fantasme réalisé à chaque coin de rue.

Du coup, après mes deux années de prépa et juste avant de sortir du cocon familial, j'y suis retourné. Plus longtemps. J'avais 20 ans et rien n'avait changé. Toujours le même plaisir à déambuler dans les malls géants et à naviguer dans les rues de la métropole, le coeur en émoi et les yeux brillants au soleil. Mais je n'y étais plus retourné depuis plus de 10 ans, faute d'argent et d'un intérêt plus ou moins disparu pour l'Amérique des années 2000, celle de George Bush, de American Idol et de Paris Hilton (On s'invente les excuses que l'on peut).

Et là, quelque chose a changé.

Est-ce moi qui ait vieilli ? Sûrement un peu. Est-ce de la lassitude ? Je ne crois pas. En 10 ans, quel changement assez fort pouvait m'empêcher de retrouver (un peu) de ces expériences si fascinantes et magiques de voyage ? La réponse m'est apparu assez rapidement en fait. Le premier jour. Au moment où j'ai allumé la télé de ma chambre d'hôtel, j'ai compris ce qui avait changé, pourquoi Los Angeles (et plus généralement les Etats-Unis) n'avait plus le même visage.

Internet.

Le talk-show sur NBC : suivi en streaming sur le site de la chaîne. Le clip sur MTV : vu sur YouTube une semaine auparavant. La télé qui, il y a 10 ans, participait énormément à mon "ressenti" du pays n'a plus vraiment rempli son rôle. Plus rien n'y était surprenant. Par exemple, j'étais super excité de choper en direct le season finale du MENTALIST mon premier jeudi sur place. Quelques heures plus tard, ma timeline "française" sur Twitter le racontait déjà dans les détails. Le plaisir de découvrir une nouvelle série avant tout le monde est épuisé. Le plaisir de regarder les talk-shows de Conan ou Letterman et des épisodes live du Saturday Night Live, des choses auparavant totalement inaccessibles au "commun des mortels" a disparu. Toutes ces choses qui vous font vous sentir uniques et très chanceux ont disparu - à jamais.

C'est la même chose pour le cinéma. Ce que les chaînes de télé commencent à peine à comprendre, les studios se mettent à l'appliquer à grande échelle. Leurs bébés les plus précieux, leurs blockbusters estivaux à 150 millions de dollars (et plus) de budgets sont les plus enclins à être télécharger (illégalement) et donc la sortie mondiale s'impose (presque toujours). Résultat : l'affiche des multiplexes américains ressemblent beaucoup à celles de leurs confrères français. THOR, FAST & FURIOUS 5, THE HANGOVER 2, KUNG FU PANDA 2, PIRATES DES CARAÏBES 4, c'est à peu près le seul programme ciné possible - compte tenu que deux à quatre films seulement sortent en salles chaque semaine (ça s'appelle la diversité culturelle "à l'américaine") et que les films étrangers et indépendants sont devenus aussi rares qu'une Smart sur une autoroute californienne. Moi qui aurait bien aimé voir EVERYTHING MUST GO avec Will Ferrell et HESHER avec Joseph Gordon-Levitt et Natalie Portman, deux petits films indés sortis durant mon séjour, j'ai donc pu aller me gratter. Heureusement qu'il y avait BRIDESMAIDS (le 10 août en France).

De le même façon, un de mes grands plaisirs était de dénicher des CD introuvables en France, des albums de rappeurs tellement underground qu'ils ne franchissaient jamais l'Atlantique, des trucs qui, je le savais, ferait baver mes petits camarades qui s'empresseront d'en faire une K7. Il y avait aussi les DVD, les films jamais sortis en salles ou en DVD, des petits films indépendants récompensés à Sundance et autres. Le voyage aux Etats-Unis était alors le seul moyen de se les procurer pour un prix "raisonnable". Désormais, et ce fut la plus grande surprise (et déception) de mon récent voyage, les magasins de CD/DVD n'existent (presque) plus. Tower Records, la chaîne si emblématique de la musique en Californie (notamment avec son célèbre magasin sur le Sunset Strip près du Chateau Marmont), a fait faillite en 2006. Les magasins Sam Goody ont tous été transformé en F.Y.E et ne hantent plus que les malls des zones de très lointaines périphéries. Il reste bien des Best Buy mais quel est le plaisir d'acheter des DVD chez Best Buy (équivalent américain de Boulanger) ?

D'ailleurs, les malls, parlons-en ! Je me souvenais de ces temples de la consommation avant tout comme des temples de la jeunesse. Ça sentait un mélange de graillon, de cannelle et de barbe à papa. C'était rempli de salles de ciné, de magasins de disques et de jeux vidéo, de marques comme Fubu et Karl Kani, de gadgets fun et pop, de salles d'arcade, de fast-foods et de magasins de bonbons. Les stars du petit écran venaient y faire des séances de dédicaces. Les mecs venaient y draguer des filles venues y présenter leurs plus beaux apparats. Il y a encore dix ans, déambuler dans les allées d'un mall américain, c'était y rencontrer l'Amérique, la vraie. Désormais, une bonne partie de ces temples (surtout en Californie) ont été racheté par le groupe australien Westfield qui les a transformé en temple de la Desperate Housewives. Les odeurs sucrées ont été remplacés par des odeurs de parfum d'intérieur cheap; les magasins de la contre-culture ont été remplacés par des chaînes de vêtements aussi consensuels que Banana Republic et Abercrombie & Fitch; les salles d'arcade et les cinémas ont été virées ; les allées sont d'un blanc marbré immaculé ; les endroits pour squatter et glander avec les copains ont été purement et simplement éliminés. Bref, les seules jeunes que vous croisez désormais dans les malls sont la progéniture de cougars venues acheter leur nouveau string rose fuchsia chez Victoria's Secret. Même la culte Galleria de Sherman Oaks (QG des Valley Girls et mall des lycéens de FAST TIMES AT RIDGEMONT HIGH ou RETOUR VERS LE FUTUR 2) a été totalement défigurée par une rénovation destinée à concurrencer le visiblement plus attractif et récent mall Westfield situé à 2 miles de là.

Mais, heureusement, il y a des choses immuables. Des trucs qui feront de Los Angeles une ville à part dans mon coeur : le goût des Double Cheese Burger de In & Out, sans doute les plus bons burgers de fast-food du monde et uniquement disponible en Californie (et sud-ouest des Etats-Unis), la folie de Venice Beach, entre ces boutiques totalement dingues (le freakshow, les Kush doctors...), sa population d’artisans ambulants, de freaks en tous genres et de skaters, la fabuleuse ambiance de la 3rd Street à Santa Monica avec ces magasins coolos, ses cinémas et ses restaurants et évidemment tout le reste, les trucs de touristes absolument géniaux (la visite des studios, Sunset Boulevard, le Griffith Observatory qui éveille à chaque fois le souvenir de James Dean, Beverly Hills qui a quand même perdu de sa superbe depuis que Kelly Taylor a été remplacé par Naomi Clark...)

Et quelle sensation de découvrir pour la première fois le quartier de Downtown (recommandé par Aurore mais interdit par mes hôtes dans les 90's), l'impression de se retrouver dans une sorte de monde post-apocalyptique en pleine rénovation avec ses boutiques latino un peu cheap, son Grand Central Market où se cotoit dans un joyeux bordel toutes les communautés culinaires de la ville, ses bâtiments début 20e siècle à l'architecture incroyable (le Bradbury Building, vu dans BLADE RUNNER et 500 DAYS OF SUMMER est une expérience sublime) mais souvent en piteuse état depuis plusieurs décennies, ses vieux théâtres désaffectés mais aussi ses complexes ultra-modernes comme le Walt Disney Concert Hall de Frank Gehry.

De toute façon, changements ou pas, Internet ou pas, peu importe où vous allez à Los Angeles, vous êtes dans un film. Toujours. Je vous raconterais, un jour, quand je me suis retrouvé sur le tournage de ALERTE A MALIBU. Un jour. Et c'est ça la magie de cette ville. Derrière le béton et les autoroutes, il y a tous ces rêves qui ont traversé notre tête devant un grand ou un petit écran. Ces rêves, ils construisent la ville au quotidien. Et aucune ville dans le monde, aussi réelle, aussi brute, n'est construite que de rêve... Sauf Los Angeles.


13 mai 2011

California, Here We Come !

Mes premières vraies vacances en 10 ans... Ouais Ouais ! Mais j'essaye de vous tenir au courant les amis : je vais essayer de poster pendant mon road trip californien de deux semaines... See You in L.A !