Affichage des articles dont le libellé est romantisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est romantisme. Afficher tous les articles

14 février 2017

Une histoire d'amour imaginaire



C'est une histoire d'amour dont nous rêvons, une histoire d'amour qui fait battre notre coeur des années durant et qui finit par nous fracasser. C'est une histoire qui ne se dit qu'en chansons, une histoire comme toutes les autres.

Skeeter Davis - The End Of The World
Leonard Cohen - Famous Blue Raincoat
The Cure - The Funeral Party
Portishead - Roads
Otis Redding - I've Been Loving You Too Long
Eluvium - Don't Get Any Closer
Aphex Twin - Avril 14th
Chet Baker - My Funny Valentine
Lykke Li - Love Me Like I'm Made of Stone
Chromatics - I'm On Fire
Mazzy Star - Into Dust
Patsy Cline - Sweet Dreams (Of You)
Björk - Unravel
Young Summer - Taken
Slowdive - Alison
Otis Redding - You Don't Miss Your Water
Dustin O'Halloran - An Ending, A Beginning
M83 - You Appearing
Mazzy Star - Fade Into You
Patsy Cline - Crazy
God Help The Girl - I Just Want Your Jeans
Nancy Sinatra - Until It's Time For You To Go
Clan of Xymox - Masquerade
Tindersticks - Friday Night
Radiohead - Motion Picture Soundtrack
The Cure - Pictures of You
Stars of The Lid - A Meaningful Moment Through a Meaning
David Lynch & Lykke Li - I'm Waiting Here
Bobby "Blue" Band - I'll Take Care Of You
This Mortal Coil - Fond Affections
The Shangri-Las - Past, Present And Future
Olafur Arnalds - Near Light
Emmylou Harris - From Boulder To Birmingham
Sigur Ros - Andvari

Vous pouvez l'écouter sur Spotify.



21 novembre 2016

Peut-on vivre dans une comédie romantique?



J'ai beaucoup hésité à écrire cet article. C'est en effet le truc le plus perso que j'ai écrit (ce blog compris). Mais aujourd'hui que cette histoire est à disposition du monde, j'en suis plutôt très fier. J'espère qu'il vous plaira.

Vous pouvez le lire sur Slate.fr


05 juin 2016

La comédie romantique a-t-elle encore besoin de «gentils garçons»?



J'ai eu beaucoup de difficultés à écrire cet article sur les "gentils garçons" dans les comédies romantiques et sur "Love" une série très mal comprise et mal aimée.

Vous devriez comprendre en le lisant sur Slate.fr.

02 décembre 2015

La comédie romantique est-elle en train de faire sa révolution?



J'ai ENCORE écrit sur la comédie romantique. Les obsessions tout ça...

Par ailleurs, avis aux producteurs qui seraient tentés par VRAIMENT renouveler le genre, j'ai trois scénarios dans les tiroirs pour le faire. Merci de votre attention.




19 novembre 2013

Bienvenue dans le monde (pas du tout merveilleux) du romantisme selon Richard Curtis


Je vais pas revenir sur mon amour immodéré des comédies romantiques et des films d'amour en tous genres. Vous avez un hashtag #romantisme sur la colonne de droite si ça vous intéresse de mesurer ma passion pour tout ce qui ressemble à de l'amour sur celluloïd (et sur disques aussi). J'ai également déjà dit ce que je pensais de Love Actually, le film "emblématique" de Richard Curtis, scénariste de Quatre Mariages et un enterrement ou Coup de Foudre à Notting Hill, et son message tout entier dédié à l'amour.

Je l'ai déjà dit mais je me sens obligé de le redire après avoir vu About Time, sa nouvelle comédie romantique sur un garçon qui se sert de sa capacité à remonter le temps pour séduire la fille qu'il aime. Parce que ce film m'a mis dans une colère noire.

Tout commence avec ce charme si particulier des films de Richard Curtis. Tous ses personnages attachants et doux-dingues dont il a le secret. Il y a le héros, incarné par Domhnall Gleeson, sorte de grande asperge rouquine au sourire enjôleur, pas vraiment beau gosse mais à qui tout le monde peut s'identifier. Il est un peu maladroit, pas à l'aise avec les filles, toujours plein de bonne volonté. Le gentil garçon. Le héros romantique typique des années 2000, une sorte d'anti-mâle dominant. Et il y a l'héroïne, incarnée par la toujours délicieuse Rachel McAdams. Son sourire, sa grâce, son charme de girl next door sont irrésistibles. Je l'ai déjà écrit sur ce blog : "vous ne pouvez pas détester Rachel McAdams". Enfin, il y a la soeur excentrique et pétillante, les parents, fantasques et un peu farfelu. Ca semble impossible de ne pas les aimer.

Et pourtant...

Il y a quelque chose qui n'allait pas. Comme si tout ça était trop beau, trop propre. Vous savez la sensation que j'avais en regardant About Time, en regardant ses personnages s'aimer dans cette jolie et grande maison de Cornouailles, dans ce bel et grand appartement bohème au-dessus d'une friperie ou dans cette belle maison de ville londonienne si bourgeoise : j'avais l'impression d'avoir avaler la pilule bleue.

Une jolie musique plein de tubes pop, des personnages attachants, des petits et quelques grands drames et une bonne dose d'humour, voilà ce qu'on voit dans About Time. Ce délicieux bonbon tout rose, quand on l'avale, n'a pas le goût sucré et acidulé de la friandise. Il a le goût acre et ignoble d'une paire de chaussettes après un marathon. En regardant About Time, j'avais la sensation de m'être retrouvé dans l'illusion béate créée par la Matrice pour me contrôler. Contrôler mes émotions, mes sentiments. Contrôler mes pensées. Je n'étais pas libre. J'étais manipulé pour me conformer à une seule et même vérité : la vie, le bonheur, c'est l'amour entre un homme blanc et une femme blanche, c'est deux salaires confortables et le plus grand nombre d'enfants (blonds) possibles.

Et je vous avoue que la pilule aurait pu passer tranquillement au fond de mon estomac si Richard Curtis n'avait pas ce tic (cette volonté délibérée ?) de faire de ses histoires des vérités absolues, de faire du destin de deux individus "lambda" une sorte de conte morale qui vaudrait en toute circonstance et pour tout individu. C'est ce qui m'avait déjà profondément irrité avec Love Actually, cette façon d'imposer sa recette du bonheur, de dire, je me cite, "oui, ta vie est une merde parce que tu es toujours célibataire (...) et la vie ne vaut pas la peine d'être vécue sans quelqu'un dans le snuggie avec toi." Il y a 10 ans, en pleine phase "j'ai 25 ans : qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de ma vie", ça m'avait déprimé pendant des mois, incapable de recracher la pilule. Dix ans plus tard, j'ai appris. Je me connais. Je sais ce que je veux de la vie et je crois savoir (à peu près) comment l'obtenir. Alors, la pilule qu'a voulu me faire avaler Richard Curtis avec son About Time n'a pas marché. J'ai préféré la pilule rouge, celle de la vie, celle de la vérité, celle de la liberté de choix, pas celle d'un réalisateur autocrate qui veut me faire bouffer son discours conservateur d'un autre temps.

Et en parlant de discours d'un autre temps, là où la pilule m'est carrément passé en travers de la gorge, c'est la façon dont y est présenté la relation entre les hommes et les femmes, cette façon d'envisager le couple. Car About Time, c'est l'histoire d'un garçon qui accède au bonheur en le simulant, en affrontant les problèmes "en s'enfermant dans un placard". Comprendre : mon crush, mon amoureuse, ma femme, je peux lui mentir, la trahir, je peux m'engueuler avec elle, ce n'est pas si grave car je peux aller dans mon placard, fermer les yeux et hop tous les problèmes sont résolus.

Et qu'est-ce que Richard Curtis nous dit sur le couple par ce procédé scénaristique ? Il nous dit simplement que l'homme, celui qui a le pénis, peut faire ce qu'il veut de sa femme qui ne lui sert finalement que de faire-valoir, d'objet avec lequel on fait du sexe et de réceptacle à bébé, qu'un moyen d'accéder à un bonheur de carte postale, celui qu'il a admiré toute sa vie chez ses parents. Encore et toujours, ce conformisme dont je parlais plus haut. Faire comme ses parents. Ne jamais être soi-même. Se soumettre à ce que la société dit qu'il faut faire.

Bienvenue dans la Matrice!

Dans About Time, la femme (Rachel McAdams qui mérite vraiment mieux) n'est que ce bout de viande fan de Kate Moss (WTF!) à qui on ment ("parce qu'il l'a vu le premier" !) et dont on profite du corps (3 fois de suite !), ce bout de viande qu'on demande en mariage simplement pour se convaincre qu'on a fait le bon choix de ne pas coucher avec la blonde aux gros seins qui nous invitait "pour un dernier verre".

J'ai lu que Richard Curtis avait voulu faire About Time pour montrer ce qui se passait après le mot fin dans les comédies romantiques. Et bien, les filles, je ne vous souhaite pas le futur que Richard Curtis a prévu pour vous. Car, dans ce futur, vous n'allez être bonne qu'à faire des gosses, à assouvir les désirs de votre cher mari, à avaler tous ses mensonges et à lui casser les burnes avec vos séances d'essayage à rallonge...

Blue Valentine, Eternal Sunshine of the spotless Mind, 500 days of Summer, Like Crazy montraient aussi ce qui arrivait après le mot fin d'une comédie romantique. Mais ces films, aussi douloureux soient-ils, parlaient de la vie, d'êtres humains qui se battaient au quotidien pour faire vivre leur amour et une certaine vision du bonheur,  même si l'issu de ce combat se révélait dramatique. En regardant ces films, on apprend, on comprend et on s'améliore. En regardant ces films, vous avalez la pilule rouge.

Bienvenue dans le monde réel!

09 avril 2013

6 comédies romantiques récentes qui ne sont pas 'Quand Harry rencontre Sally'


La comédie romantique est "à la mode" en France. Le genre a toujours eu mauvaise presse mais depuis L'Arnaqueur, tout le monde veut en faire. Ca peut rapporter gros, vous voyez... Et ils veulent tous les faire "à l'américaine". Normal. Ils ont inventé le genre (et ses codes). Alors dans les interviews de nos scénaristes/réalisateurs maison, on peut lire des choses comme "on a voulu rendre hommage aux comédies romantiques de Nora Ephron, comme Nuits Blanches à Seattle ou Quand Harry Rencontre Sally mais avec un peu une dose de modernité 'à la Apatow'". On peut également lire régulièrement des trucs comme "on s'est inspiré des comédies romantiques des années 30 et 50 pour le côté glamour". Parfois, ces gens, j'ai envie de les croire. Sincèrement. La bande-annonce donne cette sensation "d'hommages réussis". Je vais donc voir les films... Et là, j'ai juste envie de vomir.

Est-ce que ces gens comprennent vraiment ce qu'ils font ? Ont-ils réellement vus ces films ? Ont-ils ressenti quelque chose en les voyant ? Leur coeur s'est-il un minimum mis à battre ? Parce qu'en voyant leurs films, on a juste l'impression que le truc à l'écran a été écrit par un robot programmé pour balancer tous les poncifs, les personnages stéréotypés et autres situations vues et revues depuis des décennies dans des "produits" hollywoodiens eux-mêmes souvent écrit par la version Premium (plus chère) de ce robot. Ces gens ont-ils compris que la comédie romantique n'est pas juste ce genre commercial pour midinettes dans lequel il suffit de montrer une histoire d'amour sur le ton de l'humour ? Visiblement non.

Pourquoi ne veut-on pas comprendre, en France, que la comédie romantique n'est pas une "formule" ? Faut-il vraiment brûler tous les exemplaires de STORY de Robert McKee, probablement l'inspiration principale pour Le Livre des Morts de Evil Dead, ce livre capable de libérer tous les démons de l'univers en le lisant ? Oui, ce livre, c'est le diable, l'antechrist, le pire ennemi de tout scénariste avec un minimum de dignité et d'éthique.

Il est donc important de rappeler que la comédie romantique, pour être réussie, doit faire plusieurs choses.

D'abord, elle doit faire croire à l'amour entre deux personnes, d'où ce mot à ne jamais oublier : l'alchimie. Une romcom sera toujours ratée quand un producteur se sera contentée d'aligner deux stars bankables qui n'ont rien à faire ensemble sans se préoccuper de l'étincelle qui peut naître de leur rencontre. Ensuite, elle doit être drôle. Et l'humour ne passe pas nécessairement par des éclats de rire bien gras. La tendresse est parfois (souvent) un bien meilleur allié de l'humour que les blagues pipi-caca (même s'ils peuvent êtres complémentaires). Enfin, la comédie romantique doit dire quelque chose. Une histoire d'amour n'est pas une vraie histoire de cinéma si elle ne dit rien sur la société, sur le sentiment ou sur les relations entre individus. Et pour ça, elle doit être pourvue de personnages tangibles et sincères qui ressemblent à vous et à moi. Pas à des êtres sans fond qui n'auraient d'autres problèmes que  "trouver l'amour".

La comédie romantique doit servir à comprendre l'amour : pourquoi tombe-t-on amoureux ? comment tombe-t-on amoureux ? Voilà des questions que chaque scénariste de romcom devrait se poser. Voilà des questions auxquelles chaque scénariste de romcom devrait essayer de répondre. Et malheureusement, peu se les pose, plus occupé, sûrement, à singer des formules lues dans des livres.

Les meilleures comédies romantiques répondent à ces trois exigences. Nora Ephron, Cameron Crowe, Woody Allen se posent ces questions et, par conséquent, répondent aux trois exigences sus-mentionnés. Leurs films en sont la preuve concrète. Mais d'autres, moins visibles, moins reconnus, se la sont posés. C'est souvent moins abouti, peut-être moins ambitieux. Toutes ces exigences ne sont peut-être pas remplies entièrement mais ils ont essayé.

Voilà donc quelques comédies romantiques hollywoodiennes récentes (des années 2000) qu'aucun scénariste/réalisateur français ne cite jamais dans ses interviews mais bien plus réussies (et humbles) que leurs produits formatés, stéréotypés et sans imagination qu'ils veulent nous faire passer pour des petits bijous d'humour et de romantisme.


A Lot Like Love (2005)
Voilà un exemple de comédie romantique qui nous apprend beaucoup sur l'amour des années 2000, sur  la simplicité à faire des rencontres mais aussi à se retrouver bloqué par l'ambition et les aléas de la vie. C'est vrai qu'il y a beaucoup de Quand Harry rencontre Sally et de Annie Hall dans ce film. C'est vrai aussi qu'il n'atteint pas tout à fait ce niveau. Mais peu importe car il donne à voir une relation sincère et très "down-to-earth" entre un garçon et une fille. Et aussi bizarrement que cela puisse paraître, l'alchimie entre Ashton Kutcher et Amanda Peet fonctionne à merveille. Il semble y avoir une vraie vérité dans le sentiment. [Bande Annonce]


She's Out My League (2010)
Voilà une comédie romantique qui semble partir du postulat de la comédie pipi-caca mais qui n'oublie jamais la tendresse et surtout de parler du sentiment, des raisons profondes qui nous font tomber amoureux d'une personne plutôt que d'une autre. Par exemple : la scène de l'éjaculation précoce. La scène est assez drôle sur le coup dans le registre "American Pie". Mais elle se transforme vite. Elle évolue vers la gêne, la honte et inexorablement vers la douleur. Cette scène finit par faire mal. Et tout le film est à cette image : entre humour gras, tendresse et discours plutôt fin sur l'amour. Le jeu de Jay Baruchel, tout en fébrilité, y est pour beaucoup. Mais son alchimie avec Alice Eve joue sans aucun doute. [Bande Annonce].


No Strings Attached (2011)
Voilà une comédie romantique qui n'avait, sur le papier, aucun intérêt. Faux. Tout faux. D'une part parce que le couple le plus improbable du monde sur le papier (Natalie Portman / Ashton Kutcher) fonctionne à merveille à l'écran. Et je n'ai aucune idée de la raison (mais je crois qu'il y a un énorme malentendu sur Kutcher qui date de Demi Moore/Punk'D). D'autre part parce que le film encapsule une bonne partie de la psyché des vingtenaires/trentenaires des années 2000 partagés entre amour et ambition, entre sentiments et sexe, entre facilité et responsabilité. Pas étonnant que Liz Merriweather, la scénariste du film, soit aussi la créatrice de New Girl. [Bande Annonce]


Return To Me (2000)
Voilà une comédie romantique qui semble toute droit tirée d'un roman de Marc Levy. L'histoire : un homme tombe amoureux de la femme à qui on a greffé le coeur de sa femme décédée. Pourtant, le film fonctionne. Pour trois raisons. D'abord, parce qu'il n'est pas dans le "concept à tout prix". C'est un prétexte. Un prétexte pour parler de solitude et de la façon dont on tombe amoureux. Ensuite, parce l'alchimie entre David Duchovny et Minnie Driver est magique (avec prestation géniale de Bonnie Hunt, la réalisatrice, dans un rôle assez similaire à celui qu'elle tenait dans Jerry Maguire). Enfin, parce que le film est d'une sincérité, d'une fraîcheur et d'une tendresse incroyable. [Bande Annonce]


Fever Pitch (2005)
Voilà une comédie romantique qui confirme plusieurs choses. D'abord que les frères Farrelly ne sont pas seulement des étudiants attardés mais surtout de grands romantiques. Ensuite que Drew Barrymore est une amoureuse toujours parfaite. Enfin que son alchimie avec Jimmy Fallon est parfaite. La longue scène dans laquelle Jimmy Fallon veille sur une Drew Barrymore malade est une parfaite illustration de ce qu'il faut faire dans une comédie romantique : être simple, tendre, sincère et drôle. Car, parfois, il ne faut pas aller chercher loin les grands moments de cinéma. [Bande Annonce]



Little Manhattan (2005)
Voilà une comédie romantique qui se contente de rappeler les bases. Comment naît l'amour ? Comment apprend-t-on à aimer ? Comment différentier l'amour de l'amitié ? Des questions auxquelles les adultes ont déjà bien du mal à répondre. Alors pour un petit garçon en culotte courte, imaginez. Le concept du film permet donc de revenir aux fondamentaux, en se passant du cynisme et des vannes de cul. Juste le sentiment. Tenter de comprendre comment il fonctionne. On dirait du Woody Allen. Compliment ultime. [Bande Annonce]



26 juillet 2012

La normalité appliquée à la romcom


Ces dernière semaines, j'ai vu au cinéma deux comédies romantiques made in France. La première : Un Bonheur n'arrive jamais seul avec Gad Elmaleh et Sophie Marceau. La deuxième : Paris-Manhattan avec Alice Taglioni et Patrick Bruel. Avec les succès il y a deux ans de films comme L'Arnaqueur ou La Chance de Ma Vie, le genre est devenu très populaire ces derniers temps chez les producteurs de notre chère patrie. Je vais passer sur ce que je pense des films précédemment cités. Ce n'est pas le sujet. Je peux vous proposer toutefois d'aller faire un tour sur ce Top 10 des meilleurs romcom françaises des années 2000.

Le sujet ici, c'est un point commun qu'ont ces deux comédies romantiques estivales. C'est un truc qui n'a cessé de m'obséder, à la fois devant les bandes-annonces et devant les films eux-mêmes. Le sujet, c'est la Catégorie Socio-Professionnelle des amoureux. Que ce soit Gad Elmaleh et Sophie Marceau, Alice Taglioni et Patrick Bruel, tous sont des Parisiens aisés voire très très aisés. Ils habitent dans le 16e, le 4e, le 8e, sont propriétaires d'appartements somptueux, roulent en cabriolet vintage et ont des métiers qui, bien évidemment, leur permet ce train de vie... confortable. Les héros de comédies romantiques, en France, ces derniers temps sont chef d'entreprise, pharmacien, musicien de pub (être un vendu au grand capital, ça rapporte plus) ou carrément (ex)femme de milliardaire.

Tout est alors prétexte à montrer des héros un peu insouciants, qui font leur jogging dans le bois de Boulogne, qui vont chez le boucher acheter leur viande pour la semaine, fréquenter des vernissages d'art contemporain, faire des brunchs entre amis et autres activités que la facilité m'amènerait à qualifier de "bobo".

Quand je regarde ces films, je ne me reconnais pas. Je ne reconnais pas grand monde de mon entourage. Et, à priori, je ne pense pas que beaucoup des spectateurs qui auront été voir ces films au cinéma cet été s'y reconnaissent non plus. Même dans un des cinémas les plus "bobo" de France, le profil de mes co-spectateurs ne semblait pas vraiment correspondre au profil des gens sur l'écran.

Mais c'est pour faire rêver. Ah oui, c'est vrai que le cinéma doit vendre du rêve. Vraiment ? En 2012 ? L'année où la télé américaine sort Girls. L'année où le cinéma américain sort 5-Year Engagement. Le rêve, au cinéma, c'est tellement 1936. Ca fait un bon moment que le cinéma américain a compris que la comédie romantique n'est pas un truc de riches. Elle ne peut pas l'être.

Qu'est-ce qu'une bonne comédie romantique ? Super simple. Elle doit être drôle. C'est la base. Et elle doit être romantique, dans le sens où elle doit faire passer le sentiment amoureux. On doit pouvoir croire que les deux héros sont faits l'un pour l'autre. On doit surtout pouvoir croire que cela peut nous arriver à nous aussi, que l'Amour est au coin de la rue. Plus que dans n'importe quel genre au cinéma, la comédie romantique doit pouvoir permettre l'identification. C'est ESSENTIEL. Sans ça, c'est forcément raté.

Et je ne m'identifie pas à Gad Elmaleh qui partouse dans son loft de Montmartre après une virée en cabriolet vintage sur les Champs-Elysées. Je ne m'identifie pas à Alice Taglioni qui hérite de la Pharmacie familiale du Marais, à Sophie Marceau qui vit à grand frais avec les sous de son ex-mari milliardaire ou à Patrick Bruel qui signe des contrats juteux avec le Plaza Athénée. Je ne m'identifie pas. Je ne rêve pas. Les histoires d'amour des riches et des puissants, ça ne m'intéresse pas. Ils ont déjà tout. Leur offrir en plus une histoire d'amour en cinémascope : non merci.

Au contraire, les gens pauvres, et plus généralement les gens "normaux", font des amoureux bien plus intéressants. Car ils ont tout à gagner dans l'Amour. C'est Jerry Maguire qui tombe amoureux d'une secrétaire après avoir perdu job, petite-amie et clients. C'est un modeste employé de bureau qui tombe amoureux d'une prostituée dans The Apartment. C'est un policier de New York qui tombe amoureux d'une serveuse dans Milliardaire malgré lui.

Bien sûr, c'est un simple procédé scénaristique. Mais c'est un procédé efficace. Un procédé qui permet au public, ces gens "normaux", de rêver, de se dire que l'Amour est réel car il naît dans l'adversité, dans les pires situations. C'est la fleur qui éclôt au milieu du bitume et du béton.

Et c'est encore plus vrai en 2012. Quand le monde découvre que ces jeunes gens roulant en Porsche dans les rues de Paris ou de New York sont juste des enculés qui ont ruiné le monde, il me semble qu'il n'y ait rien de plus agréable que de retrouver des gens, des "vrais gens" capable d'offrir de l'amour parce qu'ils ne peuvent pas offrir autre chose. Retrouver la "normalité" des gens qui vont chez Ikea comme Tom et Summer (500 days of summer) ou des gens qui galèrent à trouver le lieu idéal pour s'installer comme Burt et Verona (Away We Go), des gens qui arpentent la ville dans un van pourri juste pour aller à un concert de rock comme Nick et Norah...

Il n'y a pas de message politique ou idéologique là-dedans. Je ne veux parler que de sentiments. Uniquement. Mais l'étalage de signes extérieurs de richesses dans les comédies romantiques, comme le cinéma français les envisage en ce moment, me semble d'un autre temps.

Même l'actu people ne va pas dans ce sens. Vous avez d'un côté les Brangelina ou les KimYe qui dégagent une certaine forme de glamour grâce à un étalage (presque indécent parfois) de richesses, mais n'inspire rien, excepté des vannes et des moqueries. Des couples de tabloid qui font vendre du papier pour vendre leur soupe. D'un autre côté, vous avez des couples comme Andrew Garfield et Emma Stone, Jason Segel et Michelle Williams. Aussi des couples de tabloid mais qui vendent du sentiment. Dans cette photo de paparazzi, il y a quoi d'autres, à part de la normalité, du sentiment et de l'Amour ? Et dans ce tweet de Jason Segel au moment de son premier date avec Michelle Williams ? Voilà une autre forme de célébrités, de celles qui vivent (ou, du moins, semblent vivre) dans la réalité du monde, dans sa normalité. Et c'est à la fois très mignon et très beau.

La comédie romantique, en 2012, peu importe sa nationalité, devrait pouvoir refléter cela. Malheureusement, ce n'est pas le cas en France. Ça l'a été quelque fois (Augustin Roi du Kung-Fu en 1999, Ma Vie en l'air en 2005 en sont de bons exemples) mais ce temps semble s'être évanoui dans les vapeurs d'un cigare...

Alors peut-être qu'en donnant leur chance à des réalisateurs et scénaristes qui n'ont pas eux-mêmes des appartements somptueux, qui n'ont pas de cabriolet vintage, qui ne vont pas bruncher tous les week-ends...
Peut-être qu'en donnant leur chance à des réalisateurs et scénaristes qui prennent les transports en commun, achètent leur meubles chez Ikéa et qui se démerdent comme ils peuvent avec ce qu'ils ont....
Peut-être qu'en faisant comme ces producteurs qui ont su donner leur chance à une stripteaseuse sur la foi d'un blog ou un employé de vidéo-club sur la foi d'une passion plus vivace que les autres...

Peut-être qu'ainsi la romcom "à la française" arrêtera de paraître aussi sclérosée...



(Ceci était un message - un peu - personnel - mais pas que. Que ce soit les miennes ou celles des autres, je voudrais juste voir des comédies romantiques de mon temps, pas d'un temps imaginaire coincé entre 1936 et 1955)


27 juin 2012

Le destin selon Nora Ephron



ABEL
Il y a un truc qui ne tourne pas rond chez moi. Ce n’est pas normal d’avoir ces coups de foudre à répétition.
SARAH
Ils ne sont pas à répétition. Au final, ça t’est arrivé combien de fois ? Deux ? Trois fois ?
ABEL
Oui, mais à chaque fois je me suis vautré. Ce n’est jamais la bonne...
ZOE
Tu te rends compte de ce que tu dis ? T’es pas bien! "Nuits Blanches à Seattle", t’es au courant que c’est du cinéma et que ça n’existe pas dans la vraie vie ? Et puis merde, qu’est-ce qui se passe après ? Génial. Tom Hanks et Meg Ryan sur l’Empire State Building se rencontrent pour la première fois. THE END. Qu’est-ce qui te fait croire qu’ensuite ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ? Si ça se trouve, ils ont eu un ou deux rencards et se sont aperçus qu’ils se tapaient sur les nerfs et qu’ils n’avaient rien à faire ensemble!


C'est un extrait du scénario que j'essaye de vendre en ce moment. Je ne raconterais pas exactement de quoi il parle. Ca ne servirait à rien. Mais je tenais à retranscrire cet extrait ici. Il représente en effet un moment important dans ma vie, un moment qui a forgé qui je suis. Ce moment, c'est la première fois où j'ai vu Nuits Blanches à Seattle. Dans une vie, ce genre de moments est rare, vraiment rare. Découvrir un film qui parle à tout votre être. Ces quinze dernières années, ce moment a été dans un coin de ma tête et de mon coeur à chaque minute.

Si ce moment a été possible, c'est grâce à Nora Ephron, la réalisatrice et scénariste du film.

Mais en voyant les tweets défiler ce matin dans ma timeline, j'ai eu un énorme pincement au coeur. Un puissant sentiment de mélancolie s'est emparé de moi. J'ai eu envie de pleurer. Vraiment. Ca ne m'arrive jamais quand des personnalités meurent. Je peux être touché, attristé mais jamais ému au point d'avoir envie de pleurer. Voilà... Je découvrais par l'intermédiaire de dizaines de comédiens, acteurs et réalisateurs (de Jonah Hill à Judd Apatow) que Nora Ephron venait de décéder à 71 ans.

Nora Ephron, comme Cameron Crowe, Diablo Cody, James L. Brooks, Tina Fey ou Kevin Williamson, font partie de mes idoles, les gens qui m'ont donné envie d'écrire, de raconter des histoires. Vous en avez sûrement vous aussi, ces personnes qui vous inspirent, vous donnent envie d'être meilleur pour pouvoir espérer un jour les égaler.

Bien sûr, je n'aime pas tout ce qu'elle a fait (Ma Sorcière Bien-Aimée...). Je suis même loin d'avoir tout vu. Mais j'ai vu Quand Harry rencontre Sally, Vous avez un message, Nuits Blanches à Seattle, et ça m'a suffit.

Je devais avoir 16 ou 17 ans quand j'ai vu Nuits Blanches à Seattle pour la première fois. C'était un samedi soir. J'étais seul à la maison. J'ai mis la VHS d'un enregistrement télé. Ce qui s'est passé, ce soir-là, dans ma tête allait bouleverser ma vie. Enfin, je crois que c'est ça. Comment être sûr ? Ce soir-là, je crois que j'ai compris un peu mieux qui j'étais, comment le monde s'organisait dans mon cerveau. Tout cela grâce à (à cause de) Annie Reed, le personnage interprété par Meg Ryan.

Annie Reed, encore aujourd'hui, symbolise tout ce que je suis aujourd'hui. Comment je vois le monde, les relations entre individus. Elle est amoureuse par nature, pas parce que ses hormones lui ordonnent, pas parce que la société lui impose, juste parce que le sentiment est beau. Annie Reed est capable de tomber amoureuse d'un fantasme, d'une idée, de mots. Juste ça. Elle est amoureuse de l'Amour. Elle croit à l'âme-soeur, au destin.

"Destiny is something we've invented because we can't stand the fact that everything that happens is accidental"

Je ne suis pas sûr d'être d'accord avec ça. Ou si, je le suis. Ou pas. Je sais pas. C'est mon problème, en fait. Celui qui hante l'ensemble de mon scénario (et des deux autres). Je suis obsédé par cette question auquel je suis incapable de répondre. J'aimerais bien pouvoir mais je ne peux pas. Parfois, j'ai l'impression que ça me gâche la vie : préférer ne pas agir, garder tous ces sentiments dans ma tête pour conserver une esquisse d'idéal et ne jamais être déçu, ne jamais avoir à affronter l'idée d'un destin qui n'existerait pas.

"That’s your problem! You don’t want to be in love. You want to be in love in a movie."

Est-ce que quelqu'un sur cette Terre nous est destiné ? Quelqu'un que l'on puisse rencontrer pour la première fois, le soir de la Saint Valentin, au sommet de l'Empire State Building sur la seule foie de mots plus touchants que les autres ? Quelqu'un qui pourrait nous citer l'ensemble de nos petites mimiques et manies le soir du Nouvel An au milieu d'une foule d'inconnus ? Quelqu'un que l'on pourrait apprendre à découvrir, dont on pourrait tomber amoureux, en discutant des heures durant par ordinateur interposé sans jamais s'être vu ?

Nora Ephron était peut-être aussi obsédée par cette question que je le suis. Evidemment, elle n'était pas la seule. Evidemment, je ne suis pas le seul. Mais c'était largement suffisant pour qu'on se retrouve tous les deux, un samedi soir, aux alentours de 1995 sur mon canapé. Le destin peut-être...

Nora Ephron m'a beaucoup appris. Elle m'a influencé. Elle m'a donné envie d'écrire. Elle m'a surtout appris que le destin existe.... mais à une seule condition. Il n'existe que si on le provoque.




Merci Nora. A moi de jouer maintenant...


13 avril 2012

C'était la première fois que je voyais Titanic


Lundi 9 avril 2012. Cela faisait déjà plusieurs semaines que l'excitation montait. Lorsque les bandes annonces passaient au cinéma, je ne pouvais m'empêcher d'avoir ces petits frissons qui traversent le corps dans les grands moments d'impatience. We Bought A Zoo, le nouveau film de mon réalisateur préféré était également prévu pour le mois d'avril et l'excitation était très forte. Mais la sortie de ce film  avait quelque chose de vraiment particulier. Très particulier.

Ce film, c'est Titanic. La raison de mon impatience : je ne l'avais encore jamais vu.

J'ai beau voir 150 à 200 films par an au cinéma depuis dix ans, ce n'a pas toujours été le cas. D'abord, parce que je n'ai pas toujours été parisien. A Orléans, je vous cache pas que voir 150 films par an, c'est pas possible - ou alors il faut aller voir beaucoup de films avec Franck Dubosc. Ensuite, parce qu'en 1997, les cartes illimitées, ça n'existait pas encore. Enfin, parce que la vie fait que vous n'avez pas forcément le temps d'aller si souvent au cinéma. En ce qui concerne Titanic, c'est donc cette dernière raison que je dois blâmer.

Le 7 janvier 1998, quand le film sort au cinéma, je suis en effet en première année de prépa HEC. Passer 3h30 enfermé dans une salle de cinéma quand on tente tant bien que mal de s'organiser pour réviser ses concours blancs du samedi matin et ses colles de maths et de philo du mercredi après-midi, du lundi, mardi, jeudi et vendredi soir, c'est pas jouable. C'est possible évidemment mais c'est pas sérieux. A moins d'accepter de culpabiliser pour les quelques semaines à venir. Peu importe le phénomène. Peu importe les 20 millions d'entrées. (A vrai dire, ils auraient même eu tendance à me refroidir)

Puis les années passèrent. J'ai acheté la VHS histoire de me rattraper mais non. Pas l'envie, pas le temps. Et une sorte de fierté s'installa. "Je n'avais jamais vu Titanic". Je vous assure que ces 15 dernières années, j'en ai pas rencontré beaucoup de frères et soeurs restés "dans le noir et l'ignorance" . Bref, on se rend original comme on peut.

Mais avec la ressortie en 3D numérique de ce mercredi 4 avril 2012, cela ne pouvait plus durer. Je n'avais plus d'excuses. Je pouvais (me devais de) découvrir le film le plus vu de ce demi-siècle dans des conditions optimales. Image nettoyée et éclatante de beauté. Grand écran. Troisième rang de la magnifique salle 1 de l'UGC Ciné Cité Les Halles. Et la 3D en bonus immersif.

En me rendant au cinéma, l'excitation était énorme. Avec ma consommation parfois psychotique de films au cinéma, ce genre d'excitation a pourtant presque disparue. Même pour voir We Bought A Zoo, mon coeur ne battait pas aussi fort qu'en ce lundi 9 avril avant de rentrer dans la salle. Je pense que la dernière fois où j'avais ressenti cela, c'était ce dimanche 23 décembre 2001 où j'avais sacrifié une grasse matinée dominicale pour me lever à 8h du matin et aller voir Le Seigneur des Anneaux : La Communauté de l'Anneau. Cette sensation est incomparable.

J'attendais beaucoup de cette séance parce que, quelque part, je me sentais un peu privilégié. J'étais vierge et j'allais être dépucelé. Tout le monde était déjà passé par là, quinze ans plus tôt. Pas moi. J'allais découvrir, pour la première fois et dans des conditions exceptionnelles, un film qui avait fait monter au rideau beaucoup, beaucoup de gens. Et peut-être que moi aussi, j'allais connaître cela.

Pourtant, j'étais très nerveux. Une des choses qui m'avait découragé de le regarder à la télé, en VHS ou DVD, c'était en effet ce phénomène culturel, cette impression d'avoir déjà vu le film cent fois. Et les parodies ! Quand un film marque à ce point les esprits des gens, il est inévitablement parodié, moqué, décortiqué au fil des années. Parfois, les films ne s'en remettent jamais. Ils ne ne peuvent plus être regardé sérieusement. Et dans le genre, Titanic semblait atteindre des sommets. Est-ce que j'allais exploser de rire devant le fameux "I'm the king of the world" ? Et le "I'm flying" ? Il ne faut pas oublier non plus que James Cameron a montré avec Avatar à quel point il était complètement neuneu quand il s'agissait de filmer des scènes d'amour. Le rire nerveux - ou pire, l'indifférence - étaient donc de sérieuses possibilités mais je n'en avais pas envie. Vraiment pas envie.

Je voulais être abasourdi. Je voulais les frissons, l'émotion. Je voulais sentir mon coeur battre. Je voulais surtout sentir l'humidité au coin de mes yeux. Des milliards de gens à travers le monde les avaient eu avant moi. Je les voulais aussi.

Et je les ai eu.

Je ne vais au cinéma que pour ce genre de sensations - rares. Quand votre corps se rempli d'une chaleur qui fait battre votre coeur pour immédiatement se transformer en froid glacial qui vous donne frissons et larmes au coin des yeux. Ces moments-là, ils se sont succédés à intervalle presque réguliers le temps de ces fabuleuses 3h15. Et vous savez quoi ? Un de ces moments était la scène du premier baiser, après le fameux "I'm flying".

Quand, tout autour de moi, je pouvais entendre glousser les dizaines de jeunes femmes trentenaires représentant cet après-midi-là environ 70% des spectateurs, moi, je frissonnais d'une émotion toute adolescente. Ce baiser, je l'ai vu et revu des centaines de fois dans des documentaires, parodies, extraits, clips, émissions, rétrospectives, mais là, sur l'écran de la salle 1 de l'UGC Ciné Cité Les Halles, je le voyais vraiment pour la première fois. J'avais 15 ans. Je me suis rappelé de mon premier amour, de ce que ça fait d'être amoureux inconditionnellement.

Puis j'ai pleuré - un peu - quand Rose dit, à la fin : "I don't even have a picture of him. He exists now... only in my memory." L'amour éternel, unique, celui qui dure une vie entière. C'est la seule chose qui me fasse, à coup sûr, pleurer au cinéma. C'est tout le temps la même chose : Love Story, The Notebook, Atonement ou cette fameuse dernière scène de We Bought A Zoo (J'en parlerais sûrement plus tard tant elle est wow...)

Je ne pensais vraiment pas que le film me ferait cet effet. Mais il me l'a fait. J'y pense encore. Peut-être ferais-je comme toutes ces adolescentes qui sont retournées le voir cinq, six, sept, huit fois en 1998. Peut-être. J'en ai vraiment très envie.

21 mars 2012

Mixtape #5 : Un amour d'été (Los Angeles '83)


Vous vous rappelez quand Doc Brown raconte à Marty qu'il a toujours rêvé de vivre au far-west ? Je me suis moi-même souvent posé la question. A quelle époque aurais-je aimé vivre ? C'est une question marronnier des forums et conversations entre amis. Mais j'avoue n'avoir jamais très bien compris ce désir de passé. Je trouve mon présent plutôt intéressant. J'habite dans une des plus belles villes du monde à une époque où je peux me faire des vrais amis par la seule grâce de l'expression de mes goûts et de mes sentiments (cf. ce blog). Je serais bien ingrat de vouloir vivre sans ça.

Mais j'écoutais récemment dans mon iPod les albums des Go-Go's et une idée m'a traversé l'esprit : j'aurais tellement aimé connaître Los Angeles au début des années 80.

Dans la première moitié de la décennie, la métropole se prend en effet de plein fouet la déferlante new-wave anglaise qui se construit sur la très active scène punk locale. Des dizaines de groupes se forment et la radio KROQ et la toute jeune MTV relayent le phénomène. C'est également la grande époque des Valley Girls, ces adolescentes au langage fleuri qui porte des soquettes et des robes bouffantes. Comme le Seattle du début des années 90, le Los Angeles du début des années 80 avait l'air incroyable.

Je suis allé plusieurs fois à Los Angeles pendant mon adolescence. Ces étés-là, j'ai erré des dizaines d'heures dans les allées du centre commercial Del Amo (celui de Jackie Brown), assisté à une projection-test organisé par un studio hollywoodien, fait du vélo sur les pistes cyclables de Santa Monica avec une jolie fille, visité le lycée de Torrance (plus connu dans les séries comme le lycée de Beverly Hills et de Sunnydale), passé un week-end sur l'île de Catalina et fait pas mal d'autres trucs que l'on peut voir dans les films. Mais c'était dans les années 90. C'était le Los Angeles de Pulp Fiction et de Melrose Place. C'était un chouette Los Angeles mais ce n'était pas le Los Angeles du film Valley Girl.

C'est ce Los Angeles que j'aurais aimé connaître.

Errer dans le centre commercial de Sherman Oaks entouré de Valley Girls. Aller voir Risky Business avec une jolie brune bronzée qui ressemblerait à Phoebe Cates, porterait une veste en jean, des soquettes, une robe colorée et parlerait en Valspeak. "Like, Oh my God, Totally !". On écouterait des groupes locaux comme les Go-Go's, Berlin et Missing Persons sur KROQ alors qu'on remonterait Ventura Boulevard et, à la fin de l'été, avant de nous séparer je lui aurais fait une mixtape de toutes ces chansons sur lesquelles on se serait embrassé dans sa chambre rose.

Le temps d'un été, j'aurais bien emprunté la DeLorean de Marty McFly pour vivre cela. Mais cela n'arrivera probablement jamais. A moins que... La mixtape existe. Je l'ai retrouvée. Elle est là.

1. The Go-Go's - Our Lips Are Sealed
2. The Flirt - Jukebox
3. Bonnie Hayes - Girls Like Me
4. Sparks & Jane Wieldin - Lucky Me, Lucky You
5. Cindy Lauper - When You Were Mine
6. The Go-Go's - Vacation
7. The VIPs - She's A Put On
8. Killer Pussy - Pocket Pool
9. The Barbies & The Kens - Just A Gigolo
10. Berlin - The Metro
11. Missing Persons - Words
12. Holly & The Italians - Tell That Girl To Shut Up
13. Killer Pussy - Teenage Enema Nurses in Bondage
14. Berlin - Masquerade
15. The Go-Go's - Fading Fast


03 août 2011

Les histoires d'amour peuvent-elles être anti-romantiques ?

Le cinéma hollywoodien aime les histoires d'amour mais il aime surtout les histoires qui se terminent bien. Et si seulement elles devaient mal se finir, ce serait par la seule force du destin. Voyez TITANIC, LOVE STORY, LE PATIENT ANGLAIS, THE NOTEBOOK et pas mal d'autres. C'est ce genre d'histoires qui a forgé le coeur d'artichauts de millions d'individus, mâles et femelles, à travers le monde - le mien en premier. A défaut de s'identifier, on rêve, on idéalise, on se dit que l'Amour est indestructible, que la maladie, la mort, la guerre ne viendront jamais à bout de cet amour éternel. A 15 ans, on veut tous croire à cela - parce que ces films (et pas mal de chansons pop) nous éduquent à ça. Sournois, ils font pénétrer dans le cerveau encore trés malléable de jeunes adolescents l'idée que la vie ressemble à une chanson des Bangles, qu'il est impensable de ne pas trouver un jour celui ou celle qui nous chuchotera des mots doux jusqu'à ce que la mort nous sépare - voire plus pour les plus mystiques.

J'en suis encore là. Tous les jours depuis plus de 15 ans, je me bats avec l'empreinte qu'ont laissé ces films sur mon cerveau. C'est souvent très déprimant et, comme une évolution naturelle à un carnet intime, me pousse à écrire des billets un peu pathétique sur ce blog. Inconsciemment ou non, j'ai jamais pu (voulu) me débarrasser de cette empreinte et ça me gâche (un peu) la vie. Parce que j'ai grandi. Parce que j'ai plus d'expérience. Et aussi parce que mes goûts en cinéma ont évolué.

Comme déjà écrit dans la théorie de l'évolution cinéphile, avec l'âge, on se lasse un peu des violons et des grands sentiments éternels pour plus de réalisme. Je devrais même dire de "réalité". Et c'est dans le cinéma indépendant qu'on la trouve majoritairement. Ces dernières années, après ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND qui a (un peu) ouvert la voie, il y a eu par exemple 500 DAYS OF SUMMER et BLUE VALENTINE. On vous y raconte la rencontre, l'amour passion, comme dans n'importe quel film hollywoodien mais avec plus d'appartements crades et moins de violons, mais aussi (et surtout) la rupture, le divorce, la fin de l'amour. Bientôt, ce sera au tour de LIKE CRAZY qui semble avoir ravagé les coeurs des spectateurs à Sundance avec son histoire d'amour longue distance qui (visiblement) se termine mal.

Sur Facebook, Twitter et autres blogs, on dit que ce sont des films "anti-romantiques", des films qui "tuent l'amour", qui "ne donne pas envie d'être amoureux", de films qui "font plus de mal que de bien". Ca, c'est sûr, c'est pas TWILIGHT ! Et c'est clair aussi que je me suis pris un gros coup de déprime derrière la nuque après mes deux fois au cinéma de 500 DAYS OF SUMMER. Ayant été élevé au lait de NUITS BLANCHES A SEATTLE et JERRY MAGUIRE, la morale du type "l'amour n'est en fait qu'une suite d'échecs" ne fait pas super plaisir à entendre. Mais ces films sont-ils pour autant "anti-romantiques" ?

Tout le monde se focalise sur cette morale. Et c'est normal. Le but fondamental de ces films et de leurs auteurs est avant tout de montrer cette partie "difficile", cette rupture, comment elle survient, comment l'amour disparaît d'un côté (ou des deux côtés). C'est LE sujet de ces films. Il est présenté sous la forme de la comédie dramatique, tantôt léger, tantôt lourd dans 500 DAYS OF SUMMER. BLUE VALENTINE l'aborde plus frontalement, plus dans le drame pur, avec ses crises, ses larmes. Aucun ne détient plus la vérité que l'autre. Il y a autant de vérités que d'êtres humains dans ce domaine.

Mais, quand en 1979, KRAMER VS KRAMER ne raconte que le divorce et la rupture, ces films, en 2011, raconte aussi l'avant, la rencontre, la passion, l'épanouissement. C'est leur apport à l'évolution narrative du cinéma, la vraie nouveauté. Et cela a de la valeur sur l'échelle du romantisme cinématographique. Votre coeur n'a-t-il pas fondu lors de l'euphorie musicale de Joseph Gordon-Levitt après sa première nuit d'amour avec Zooey Deschanel ou lors de la sérénade au yukélé entonné par Ryan Gosling pour Michelle Williams ? Le côté obscur et pessimiste de mon cerveau a retenu le déchirement de la fête sur le toit quand Joseph Gordon-Levitt comprend qu'il n'est là qu'en "ami". Il a retenu ce sexe dépassionné et froid d'une nuit d'hôtel presque contrainte entre Gosling et Williams. Mais le côté coloré et optimiste de mon cerveau a retenu autre chose : il a retenu les petits mots et les gestes simples, les regards amoureux et toutes ces autres choses qui ont fait frissonner mon coeur pendant le film et surtout bien longtemps après. Le problème est alors de savoir quel hémisphère a l'ascendant sur l'autre ? J'ai envie de dire : ça dépend des jours...

En revanche, ce qui est vrai tous les jours, c'est qu'une histoire d'amour, une histoire d'amour pure, est romantique, peu importe son issu. Vous remarquerez que Hollywood ne montre que la phase "rencontre" dans ses comédies romantiques... C'est pas par hasard. Qu'est-ce qui advient de la relation entre Meg Ryan et Tom Hanks après l'Empire State Building dans NUITS BLANCHES A SEATTLE ? Et Richard Gere et Julia Roberts dans PRETTY WOMAN ? Une déclaration enflammée ou un mariage somptueux garantit-il forcément de vivre "happily ever after" ? La réalité nous dit que non (50% des mariages dans les grandes villes se terminent en divorce!) et ces films nous disent la même chose. Toutes ces histoires, hollywoodiennes comme indépendantes, heureuses comme tristes, légères comme durs, valent d'être racontées parce que les sentiments, mêmes éphémères, sont réels et beaux.

Là, c'est mon moi de 30 ans qui parle. Mon moi de 15 ans vous dirait sûrement que tout ça est bien pourri et que ces films sont de la connerie en barre. Et c'est bien là le problème : Ryan Gosling et Joseph Gordon Levitt pensaient ça aussi. Ils pensaient que l'amour était éternel et c'est en grande partie à cause de cela que leur relation amoureuse ne l'a pas été. Ils n'étaient pas conscient du "danger" de la passion, de la routine. Ils étaient aveuglés par la beauté de leurs sentiments. Mon moi de 30 ans essaye donc, comme il peut, grâce à ces films, grâce à l'expérience, grâce aux autres, de ne plus être aveuglé, d'être conscient que l'issu n'est pas forcément celle d'un film hollywoodien sur la beauté des sentiments mais peut aussi être celle d'un film indépendant sur leur brutalité. Mon moi de 30 ans essaye pour donner un minimum raison à mon moi de 15 ans... Sinon à quoi bon ?

Mais je crois que tout ça est finalement très bien résumer dans cet extrait de BLUE VALENTINE...




09 mai 2011

Mixtape #4 : Sweet Sad Feeling


Est-ce qu'il faut vraiment que ça m'arrive ? Les arbres se remplument et mon coeur lâche. Ça faisait longtemps. Vraiment très longtemps.

Je ne me laisse jamais avoir par les jolis yeux, les visages symétriques, les corps minces ou voluptueux, ce qui est censé rendre une personne "belle" dans un monde de papier glacé, ce qui est censé rendre mon coeur tout mou. Je les regarde, ça m'intéresse (forcément) mais ils ne représentent qu'une petite partie de l'équation. Ces "jolies filles", j'en croise (comme tout le monde) des centaines par jour et j'en fais pas tout un plat. Je ne crois pas au coup de foudre. L'équation serait plus facile à résoudre dans ces cas-là et mon coeur lâcherait plus souvent. A 15 ans, j'avais envie d'y croire mais à 30 ça deviendrait franchement pathétique. (Déjà, là...) La beauté n'est pas une question de visage symétrique...

Ce qui compte, c'est la vie intérieure, la façon de penser, la façon de parler, ces petites mimiques, ces regards, ces gestes qui font une personne. Ce qui compte, ce sont toutes ces choses, petites et grandes, qui vous font penser, comme ça, rapidement ou non, que cette fille, en face de vous, est différente des autres. A ce moment là, ce n'est pas vos yeux ou vos couilles qui ressentent, c'est votre coeur et votre cerveau. A ce moment là (et après), c'est à eux que je donne mon entière confiance. Il n'y a qu'eux qui la mérite. Les autres sont des lâches seulement intéressés par le plaisir immédiat et par se barrer après. J'en ai rien à foutre du plaisir immédiat. Je ne veux pas me barrer après. Ça n'a aucun intérêt.

Je veux les gestes. Je veux ces façons bizarres de tordre sa bouche ou de se mordre les lèvres. Je veux toutes ces façons différentes de se passer la main dans les cheveux. Je veux les regards gênés. Je veux les regards curieux. Je veux les regards joyeux et les regards tristes. Je veux les conversations absurdes et sans but. Je veux les conversations passionnantes. Je veux les anecdotes, les leçons de vie. Je veux les peines, les bonheurs, petits et grands. Je veux tout ce qui rend quelqu'un unique. Vraiment unique.

Je veux quelque chose de rare - ce qui, je le sais, me prive de beaucoup d'expérience. Au cinéma, je tente d'en vivre un maximum en voyant le plus de choses possible pour ne pas rater le film qui emportera mon coeur. Mais le cinéma est une expérience solitaire. Je me fiche de savoir ce que pense les autres. Ça m'intéresse mais il n'y a que mes émotions qui comptent.

Là, il n'y a pas que moi. En face, il y a quelqu'un. De réel. Pas Natalie Portman. Pas Zooey Deschanel. Quelqu'un avec une vie intérieure tellement dense, tellement magique que tous les fantasmes de cinéma qui ont un jour inondés vos yeux et votre coeur paraissent tout d'un coup bien fades. En face, il y a quelqu'un que j'avais imaginé, construit, années par années, dans mes rêves. J'imaginais ces yeux, cette bouche, cette façon de passer sa main dans ses cheveux. J'imaginais ce grand coeur, cette passion. J'imaginais ces petits trucs absurdes mais tellement craquants qui rendent les personnes à ce point unique. J'imaginais aussi ce sourire, ces manières gentiment spontanées, ce regard passant en un clin d'oeil d'une enivrante malice à une tendre mélancolie.

C'est tellement cliché de tomber amoureux au printemps. On se croirait dans un documentaire animalier.

Mais peu importe. En été, en hiver, en automne ou au printemps, c'est du pareil au même. Mon coeur fait boom une première fois et s'emballe en espérant que ce doux sentiment qui remplit ma tête ne soit pas totalement univoque. A ce moment là, il pourrait durer des années. Il pourrait durer toute une vie. Ce sentiment est si doux, si enivrant, si entêtant que je m'en suis (presque) toujours contenté. Il paraît que je suis amoureux de l'amour. C'est vrai : je le suis.

Mais cette fois c'est différent. Car elle a beau s'être construite dans mes rêves, le jour où j'ai découvert sa vie intérieure elle en est sortie. Pour de bon. Le sentiment est devenu réel. Il n'existe plus que dans ma tête.

La réalité a ce défaut qu'elle est profondément angoissante. La fiction est plus douce. Ça me rend triste mais je ne veux plus me laisser berner. C'est pour mon bien. Je n'ai plus 15 ans. Je veux le vivre, je veux l'affronter, je veux regarder ce sentiment en face - aussi douloureux soit-il au final. Je veux juste le partager. Parce qu'il est beau. Mais surtout parce qu'elle est belle. Pas parce qu'elle est belle sur papier glacé. Parce qu'elle est belle, tout simplement.

Elle me manque et ces chansons sont pour elle, en attendant de croiser son regard à nouveau et l'entendre me raconter les choses qui traversent sa tête et son coeur...

1. Johann Johannsson - And In The Endless Pause There Came The Sound Of Bees (Theme)
2. Titiyo - Longing For Lullabies
3. Ludovico Einaudi - Fuori Dal Mondo
4. Aimee Mann - Wise Up
5. Kelli Ali - The Kiss
6. Twin Sister - Lady Daydream (Blackbird Remix)
7. Air - Cherry Blossom Girl
8. George Delerue - Une Petite île
9. Dear Euphoria - Something Great
10. Ludovico Einaudi - Dietro Casa
11. Eisley - Ambulance
12. Sigur Ros - Samskeyti (Accoustic)
13. Thom & Nackt - Where I End And I Begin
14. Vangelis - La Petite Fille de la Mer


08 avril 2011

Anatomie d'une Manic Pixie Dream Girl

Dans sa critique du ELIZABETHTOWN de Cameron Crowe pour le site The AV Club, Nathan Rabin parle, pour décrire le personnage de Kirsten Dunst, de "Manic Pixie Dream Girl" (littéralement "fille espiègle de rêves féeriques"). Selon lui, cette fille "est une pétillante et un peu vide créature cinématographique existant seulement dans l'imagination fiévreuse d'auteurs sensibles pour apprendre à de jeunes garçons attendrissants à embrasser la vie et ses infinis mystères et aventures".

Bref, la Manic Pixie Dream Girl est devenu le terme pop pour parler de toutes ces filles pleines de joie de vivre, légèrement délurées, un peu mélancoliques, tendrement excentriques qui aiment écouter des groupes alternatifs en chantant à tue-têtes les oreilles cachées par leurs gros écouteurs. Toutes ces filles avec des hobbys qui semblent étranges au commun des mortels. Toutes ces filles indifférentes à la pression sociale et au qu'en-dira-t-on. Toutes ces filles qui refusent toute forme de cynisme préférant l'idéalisme et l'optimisme. Toutes ces filles héritières d'Annie Hall et de Holly Golightly. Toutes ces filles qui ressemblent à Natalie Portman dans GARDEN STATE ou BEAUTIFUL GIRLS, à Rachel Bilson dans THE LAST KISS, à Elisha Cuthbert dans MY SASSY GIRL, à Zooey Deschanel dans YES MAN. Toutes ces jeunes filles, créatures de cinéma, objets de fantasmes de garçons sensibles et un peu paumés sentimentalement.

Toutes ces filles qui visiblement ne plaisent pas à tout le monde...

Ce que je peux comprendre. Si tout le monde aimait le même genre de filles, rechercher l'âme-soeur deviendrait extêmement compliqué. Ce que je ne comprends pas, en revanche, c'est les sous-entendus extrêmement péjoratifs de la définition de Rabin et le déchaînement des féministes sur ces personnages. Par exemple, Jezebel les appelle le "fléau du cinéma moderne". Quant à Feminist Frequency, les Manic Pixie Dream Girls leur donnent envie de "hurler ou de vomir, voire les deux". Pour résumer leurs arguments, elles leur reprochent d'être des clichés, des fantasmes dont le seul but est de sortir l'homme (blanc et hétéro) de sa détresse et donc de promouvoir l'idée selon laquelle les femmes sont toujours au service de l'homme, qu'elles n'ont pas le droit d'avoir une vie à elle. En gros, dans les années 50, la femme s'occupait des tâches ménagères pour que l'homme se sente bien dans ses baskets fatiguées par une journée de travail. Dans les années 2000, la femme serait pétillante et espiègle pour que l'homme se sente bien dans ses baskets dépressives. Bref, la MPDG serait aux garçons sensibles ce que la blonde décérébrée aux gros seins serait aux garçons "moins sensibles".

Ceux et surtout celles qui me lisent depuis plus de quatre ans savent que je ne suis pas du genre macho. Je serais même plutôt à l'inverse. Une fille m'a dit récemment que mon blog était très "féminin". J'en suis conscient ou, plutôt, j'ai appris à en être conscient. Je sais aussi qu'il y a beaucoup de moi dans ces fameux garçons sensibles qui ont inondé la pop culture de ces 5-6 dernières années, les Zach Braff, les Tom Hansen. Je ne suis pas eux mais j'ai de gros points communs avec eux. Notamment dans la façon d'appréhender les relations amoureuses et d'aimer les filles pétillantes et espiègles. C'est comme ça. On est comme on est. Je suis un garçon sensible et j'aime les Manic Pixie Dream Girls. C'est sûrement mon "imagination fiévreuse d'auteur sensible" (rapport à ça). Est-ce pour autant que je perpétue des clichés et dégrade ainsi l'image de la femme moderne ?

Quand vous commencez à écrire un scénario, la première chose que vous êtes obligés de faire, c'est de trouver un héros - un personnage dont vous allez tracer la "ligne de désir" tout au long de l'histoire. Et ce héros, la plupart du temps, c'est vous ou du moins une partie de vous. Il n'y a rien de pire que les scénaristes dont les histoires sont désincarnées. Une bonne histoire est une histoire personnelle. Je ne parle pas forcément d'autobiographie. Je parle juste d'émotions, de sentiments, de points de vue sur le monde. Tant que ça vient du coeur, c'est personnel. Alors, que faites-vous naturellement quand vous êtes un auteur mâle entre 25 et 30 ans et que voulez écrire une histoire à partir de vos doutes et vos joies ? Vous faites de votre héros un homme entre 25 et 30 ans. Et quel est le meilleur moyen au monde pour éliminer ces doutes et partager ces joies ? Trouver l'Amour auprès d'une jeune fille aigrie, cynique ou déprimée ? J'en doute. Trouver l'Amour auprès d'une jeune fille espiègle et pétillante ? Peut-être davantage.

La Manic Pixie Dream Girl est une vision de cinéma, le moteur d'une histoire (plus ou moins) personnelle. Elle a donc autant le droit d'exister que les geeks d'une production Apatow, que les femmes fatales d'un film noir, que les intellos arrogants d'un film de Woody Allen, que les gangsters d'un film de Scorsese etc. Tous sont des clichés plus ou moins réalistes. Mais le cliché se nourrit de cinéma et le cinéma se nourrit de clichés. La fiction est une usine à fantasmes et la MPDG est un de ses produits phares ces dernières années. OK. Mais les modes changent, les consommateurs avec eux.

La raison d'être des Manic Pixie Dream Girls, à mon avis, ne se pose donc pas. Reste que ses détracteurs les plus virulents ne voient en elle qu'une créature "un peu vide" dont le seul but dans la vie est "d'apprendre à de jeunes garçons attendrissants à embrasser la vie et ses infinis mystères et aventures" - argument également au centre des reproches féministes. On peut donc se poser la question : est-ce que la raison de vivre de l'excentrique Sam, dans GARDEN STATE, est uniquement de résoudre la déprime d'Andrew ? Est-ce que l'espièglerie de Claire, dans ELIZABETHTOWN, n'a de sens que face à la dépression de Drew ? Est-ce que toutes ces jeunes filles de cinéma sont vides à ce point qu'elles n'auraient aucune vie à elles seules ? Leur joie de vivre s'oppose-elle forcément à la mélancolie de l'homme en face d'elle ?

Si l'on prend la scène finale de GARDEN STATE, j'entends deux choses : "on a besoin l'un de l'autre" et "tu as changé ma vie". Ce que j'entends là, c'est le partage. J'entends un garçon sauvé par une fille. J'entends une fille sauvée par un garçon. J'entends un garçon et une fille autant dépendant de l'un que de l'autre. Il n'y a pas une fille plus dépendante à un garçon qu'un garçon plus dépendant à une fille. Ils sont égaux. Ils sont amoureux et leur relation fonctionne dans les deux sens : il a autant besoin d'elle que elle de lui.

Dans ELIZABETHTOWN ou YES MAN, c'est un peu différent. La réciproque est moins vraie. La fille sauve le garçon. Mais comment le sauve-t-elle ? Selon les féministes citées ci-dessus, ce serait grâce à son seul côté pétillant et donc par la vacuité d'une vie que le garçon exploiterait pour son seul bonheur personnel. Que ça ?

A première vue, aimer les Manic Pixie Dream Girls, c'est aimer la beauté naturelle et low profile, l'espièglerie et cette capacité à être gentiment excentrique. Ca, c'est l'apparence. La réalité (en tous les cas, la mienne), c'est qu'aimer les Manic Pixie Dream Girls, c'est avant tout aimer leur vie intérieure. Contrairement aux modèles féminins proposés par Hollywood dans la plupart de ses comédies romantiques, films d'action etc., la Manic Pixie Dream Girl est une des seules/rares à avoir une vie à elle. Claire dans ELIZABETHTOWN est une hôtesse de l'air indépendante, féminine avec des goûts en musique qui n'appartiennent qu'à elle et qui, clairement, n'a aucun besoin d'un homme pour vivre sa vie comme elle l'entend. Et si elle est pétillante et pleine de joie de vivre, tant mieux pour elle. Idem pour Zooey Deschanel dans YES MAN. Elle fait partie d'un groupe de rock expérimental, donne des cours de jogging-photo et tout un tas d'autres activités qui en font un être à part, sans contraintes masculines. Bref, Claire et Allison sont des jeunes femmes de leur temps qui n'ont aucun compte à rendre à personne - et surtout pas aux hommes.

Si la Manic Pixie Dream Girl permet aux hommes d'être mieux dans leur basket, c'est avant tout parce qu'elle-même est bien dans les siennes. C'est cela que je ne comprends pas dans l'argumentation anti-MPDG. C'est comme si le simple fait que l'homme soit au centre du film était une mauvaise chose. Ca ne l'est pas. Ce qui l'est, en revanche, c'est qu'il le soit tout le temps. Ca, je le comprends.

Le problème n'est pas la Manic Pixie Dream Girl. Le problème est Hollywood - Hollywood qui ne crée pas d'héroïnes féminines, qui ne produit pas de films dont la ligne de désir soit celle d'une fille. Ceci est un problème. Des scénaristes très talentueuses ont émergé ces dernières années : Dana Fox (WHAT HAPPENS IN VEGAS avec Ashton Kutcher et Cameron Diaz), Liz Meriweather (SEX FRIENDS avec Ashton Kutcher et Natalie Portman), Lorene Scarafia (NICK & NORAH'S INFINITE PLAYLIST) et, bien sûr, l'inévitable et absolument fabuleuse Diablo Cody (JUNO, JENNIFER'S BODY et la série THE UNITED STATES OF TARA). Mais ça ne change pas grand chose. Pour une Ellen Page dans JUNO, c'est Michael Cera la ligne de désir de NICK & NORAH et Ashton celle de SEX FRIENDS. Les personnages féminins sont sans aucun doute beaucoup plus développés et riches dans ces films mais les pures héroïnes de cinéma sont très rares. Et c'est une honte. On est d'accord.

Alors, évidemment, vous allez me dire que ces auteurs, si on leur donnait l'occasion d'écrire de vraies héroïnes féminines, elles ne créeraient pas de Manic Pixie Dream Girls. C'est possible. Mais elle pourrait créer des Manic Pixie Dream Boys, des garçons gentiment excentriques qui apprendraient aux jeunes filles cyniques et blasées à reconnaître le vrai Amour et à cultiver une certaine idée de l'optimisme. Des garçons comme Ben Stone (Seth Rogen) dans EN CLOQUE MODE D'EMPLOI, comme Lloyd Dobler (John Cusack) dans SAY ANYTHING ou comme Pauly Bleeker (Michael Cera) dans JUNO - personnage écrit... par une femme !

La boucle est bouclée. La Manic Pixie Dream Girl est peut-être un cliché mais c'est un cliché qui fait du bien, un cliché qui montre que l'idéalisme n'est pas une valeur si niaise et ringarde et que le cynisme est peut-être un bon moyen de défense mais aussi et surtout une piètre arme quand il s'agit d'attaquer et donc d'avancer...

Je sais que je ne pourrais tomber amoureux que d'une Manic Pixie Dream Girl. Peu importe qu'on me dise que ça n'existe pas dans la vraie vie. Moi, je sais que ça existe. Je crois même que j'en connais...


28 janvier 2011

Mixtape #3 : Julie

C'était en 1994. Le vendredi 22 juillet exactement. Il devait être 10 ou 11h. Pas plus. Je me souviens de ce moment là comme si il avait eu lieu hier. Ces 16 dernières années, chaque jour qui passe, je me souviens (un peu) de ce moment. Pourquoi ? Parce que ce jour-là, j'ai rencontré Julie. Dans ma vie, Julie, je l'ai vu moins de 30 jours. En heures, ça ne doit même pas faire grand chose. A peine le temps d'apprendre à connaître quelqu'un. A peine le temps de tomber amoureux.

Mais j'avais 15 ans et, à cet âge, il ne faut pas grand chose pour tomber amoureux. Les quelques jours passés avec Julie étaient largement suffisants. Il ne m'en a pas fallu autant. Une seconde fut nécessaire. Juste une. Juste le temps de la voir sourire. Si je devais faire un Top 5 des plus belles choses que j'ai vu dans ma vie, je mettrais sûrement à la première place le sourire de Julie. Cette seconde qui dure depuis près de 16 ans. C'est à cette seconde que je repense. Elle est restée figée.

Si ce moment est si important, c'est qu'il est le seul vrai coup de foudre que j'ai eu dans ma vie. Aujourd'hui, je blâme l'âge pour ne plus jamais avoir connu ça. Il m'a depuis toujours fallu plusieurs semaines pour tomber amoureux. Evidemment, j'ai des vrais coup de coeur. "La Fille qui ne me voit pas" de ma première mixtape, j'ai encore du mal à me remettre de notre première rencontre. Mais rien de comparable à Julie.

Julie, je l'ai rencontré à Washington DC, devant la National Gallery Of Art. C'était la première fois que je me rendais aux Etats-Unis. Je vivais dans une famille "du cru" le soir. La journée, je visitais la ville avec une étudiante américaine et un petit groupe de Français : deux garçons (dont moi) et deux filles. Julie était l'une d'elle. Un mois plus tard, chacun rejoignait sa province : moi à Orléans, elle à Montpellier. J'ai gardé une photo d'elle. On s'est écrit pendant un an et puis plus rien. J'ai regardé sur Facebook. Rien. J'ai recherché son adresse dans mes vieilles affaires. Rien. C'est sûrement beaucoup mieux comme ça...

Mieux vaut rester avec un beau souvenir du passé que se coltiner une glauque rencontre du présent. Et pour entretenir un beau souvenir, je ne vois rien de mieux qu'une mixtape. Une mixtape entièrement dédiée à Julie, à son sourire, à notre rencontre et à tout le reste. Des chansons pour une seconde. Des chansons pour quelques jours. Des chansons pour plusieurs années de ma vie.

Ces chansons, elles se trouvent ...


1. Patty Griffin - Moon River
"Moon River, wider than a mile, I'm crossing you in style some day. Oh, dream maker, you heart breaker, wherever you're going I'm going your way. Two drifters off to see the world. There's such a lot of world to see. We're after the same rainbow's end--waiting 'round the bend, my huckleberry friend, Moon River and me."

2. The Beatles - I've Just Seen A Face
"I've just seen a face. I can't forget the time or place. That we'd just met, she's just the girl for me. And I want all the world to see we've met."

3. Weezer - Smile
"I can't be gone, darling, for very long. Never know what you're gonna do standing there deep in front of you. Take a look in between my eyes. Because I'm back. 'Cause I don't wanna break your fine face. I can't take the way you wanna wrap me up inside your smile."

4. Smashing Pumpkins - Daydream
"My daydream screams bitter 'til the end. The love i share -true- selfish to the heart. My heart, my sacred heart. My daydream dream."

5. Rachel Yamagata - Over And Over
"I really thought I was okay. I really thought I was just fine. But when I woke this time, there was nothing to take me back to sleep, to take you off my mind this time. And I keep saying over and over and over and over again, Let it rain, let it rain, Over and over and over and over again, Let it rain, let it rain."

6. Aska - There's Too Many of Us
"When I turn, turn away, I want to know you will be there. When I first broke my shell, I knew there was so much more... I didn't know... There are many of us for you to turn. There are many of us for you to share..."

7. Radiohead - All I Need
"I'm the next act waiting in the wings. I'm an animal trapped in your hot car. I am all the days that you choose to ignore. You are all I need. You are all I need. I'm in the middle of your picture lying in the reeds."

8. Coldplay - See You Soon
"So they came for you. They come snapping at your heels. But don't break your back if you ever heard this. But don't answer that. Cause in a bullet-prove vest, with the windows all closed, I'll be doing my best & I'll see you soon. In a telescope lens & when all you want is friends, I'll see you soon."

9. Travis - Writing To Reach You
"Every day I wake up and it's Sunday. Whatever's in my head won't go away. The radio is playing all the usual. What's a Wonderwall anyway? Because my inside is outside. My right side's on the left side. Cause I'm writing to reach you now but I might never reach you."

10. The National - Sorrow
"Sorrows my body on the waves. Sorrows a girl inside my cave. I live in a city sorrow build. It's in my honey, it's in my milk. Don't leave my hyper heart alone, On the water, Cover me in rag and bones, sympathy. Cause I don't wanna get over you. I don't wanna get over you."

11. Vienna Teng - Nothing Without You
"It's the quiet night that breaks me. I cannot stand the sight of this familiar place. It's the quiet night that breaks me, like a dozen papercuts that only I can trace. All my books are lying useless now. All my maps will only show me how to lose my way. Oh call my name. You know my name. And in that sound, everything will change. Tell me it won't always be this hard. I am nothing without you, but I don't know who you are."

12. Sonic Youth - Superstar
"Loneliness is such a sad affair and I can hardly wait to be with you again. What to say to make you come again, come back to me again and play your sad guitar."

13. Patrick Park - Your Smile's Drug
"I should lay around and curse the day that I fell upon your sword. 'Cause I'm a poor boy. And your smile is a drug that I can’t afford... Anymore."

14. Rachel Yamagata - Elephants Instrumental



28 décembre 2010

No Love, Actually...

Je ne sais pas vous mais j'aime bien regarder des films de Noël à Noël. Vous êtes (généralement) en vacances, plein de temps devant vous. Il neige dehors. Ca vous gave de sortir. Vous décidez alors de vous faire un chocolat chaud avec des petits beurres. Pour les plus americains d'entre vous, vous sortez le snuggie de la penderie et c'est partie pour un marathon de films de Noël. LA VIE EST BELLE de Franck Capra. LE MIRACLE DE LA 34e RUE avec Natalie Wood. ELFE avec Will Ferrell. L'ETRANGE NOËL DE MONSIEUR JACK. MAMAN, J'AI RATE L'AVION et même, soyons fou, PIEGE DE CRISTAL et les GREMLINS.

Personnellement, il suffit qu'un film se déroule à Noël pour que j'aime bien. Il y a quelques jours, je me rendais même compte de la raison pour laquelle j'aimais moins (voire pas du tout) les numéros 3 et 4 de la saga DIE HARD : ils ne se déroulent pas pendant les fêtes de Noël. Même des films comme UN FAUTEUIL POUR DEUX, EDWARD AUX MAINS D'ARGENT ou LA GARÇONNIÈRE, pas des films "de Noël" à proprement parlé, ne seraient pas aussi géniaux s'ils ne se déroulaient pas à cette période. Question d'ambiance, je pense.

C'est le but intrinsèque de ce genre de films : vous mettre la patate, vous rendre joyeux, vous rassurer sur la nature humaine, sa capacité à partager et à offrir. Un film de Noël n'est pas forcément une comédie. Un film de Noël n'est pas nécessairement drôle. Il doit juste être réconfortant. Par exemple, LA VIE EST BELLE, le plus grand et beau film de Noël qui ait jamais été fait. Ce n'est pas un film fondamentalement joyeux. Après tout, il parle d'un homme au bord du suicide. Mais la morale fait en sorte que vous en sortez regonflé, heureux de vivre. La quintessence de tout (bon) film de Noël.

Mais il y a un film, un vrai film de Noël, que je ne supporte pas. C'est un film bien fait, très drôle, avec plein d'acteurs et d'actrices de qualité, des gens que tout le monde aime. D'ailleurs, tout le monde aime ce film. Difficile de trouver des gens qui ne l'aiment pas. C'est un film qui repasse régulièrement à la télé. Mais, moi, je ne peux pas. Une partie de moi ne peut pas le supporter. Ma tête le supporte (parce que c'est un plutôt bon film) mais mon coeur n'y arrive pas. Et cela depuis toujours. Après l'avoir vu pour la première fois, en ce mois de décembre 2003, j'ai déprimé pendant deux semaines.

Ce film, c'est LOVE ACTUALLY.

L'intention première de LOVE ACTUALLY est de faire avec l'Amour "romantique" ce que les films de Noël traditionnels font avec l'Amour "familial". La famille, c'est la base de tout bon film de Noël qui se respecte et c'est ce qui les rend si réconfortant et agréable à regarder au coin du feu avec une tasse de chocolat chaud. Une fois le film terminé, vous vous dites que vous avez bien de la chance d'avoir des gens qui vous aiment autour de vous et qui vous ont gâté au pied du sapin. Mais le message du film de Richard Curtis est différent car son coeur est la romance. Il vous dit, de but en blanc : la seule chose qui compte en cette période de Noël, c'est d'avoir UNE PERSONNE qui vous aime. Pas votre soeur. Pas votre mère. Pas votre père. Pas vos cousins, vos oncles et tantes. Non. Une seule personne : Votre femme. Votre petite-amie. Ce qui compte dans LOVE ACTUALLY, c'est l'Amour ROMANTIQUE.

Et ce type d'Amour, je ne l'ai pas. Je ne l'avais pas en 2003 et je ne l'ai pas aujourd'hui. Alors, lorsqu'un mec convoque la crème du cinéma britannique et quelques unes des meilleures vannes de sa carrière pour bien vous faire comprendre que célibataire à Noël c'est bien pourri, vous en chiez, votre coeur pouvant bien aller se faire foutre. Evidemment, tous ceux étant en couples à cette période des fêtes de fin d'année prennent leur pieds devant LOVE ACTUALLY - de la même façon que ceux qui n'ont pas de familles à Noël doivent bien en chier en regardant LA VIE EST BELLE ou d'autres films du genre.

Vous allez me dire que tout film d'Amour se déroulant à Noël aura le même résultat. Un peu, c'est vrai. Mais LOVE ACTUALLY a la particularité d'être ce que l'on appelle un film chorale. Il n'y a pas un héros et une héroïne mais des dizaines. Le principe d'un film chorale est de faire de ces dizaines de cas une généralité, de parvenir à une sorte de morale commune. Au contraire d'une simple histoire individuelle qui aurait le pouvoir de vous faire rêver, vous pousser à mieux pour atteindre vos objectifs à travers le parcours d'un garçon et d'un fille, un film chorale comme LOVE ACTUALLY accumule ces mêmes garçons et filles et vous force, au final, que vous le vouliez ou non, à accepter cette morale du plus grand nombre.

Chaque jour qui passe, je fais comme je peux pour dire "au plus grand nombre" d'aller se faire foutre. Je l'ai déjà dit plein de fois : le consensus m'emmerde - dans la pop culture comme dans ma vie privée. Entendre parler d'AVATAR m'emmerde autant que ma mère me parlant de mariage et de petits-enfants. Alors sortir de LOVE ACTUALLY, avec tous ces personnages amoureux, ayant trouvé l'Amour, le vrai, en même temps, dans, parfois, les situations les plus invraisemblables possibles, c'est comme s'entendre dire par des centaines de petites voix que, oui, ta vie est une merde parce que tu es toujours célibataire.

Ce qui déprime. Beaucoup.

Je ne porte pas mon célibat comme une croix. Je préfère largement être célibataire qu'être avec quelqu'un avec qui je ne sois pas bien à 100%. Mais le fait est là : dans le film de Richard Curtis, tout le monde trouve l'Amour, ce qui peut paraître, au premier abord, très réconfortant. L'Amour, c'est beau. L'Amour, c'est doux. L'Amour, ça fait frissonner le coeur des adolescent(e)s (et de tous les autres - même s'ils refusent de l'admettre). Mais le fait que tout le monde trouve l'Amour, ça fait chier aussi - surtout quand Colin Firth, Emma Thompson, Hugh Grant, Liam Neeson, Laura Linney, Alan Rickman et plein plein d'autres se mettent à vous dire en choeur, armés de leurs plus beaux sourires, les violons de Craig Armstong à plein régime, que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue sans quelqu'un dans le snuggie avec vous (surtout, aussi, quand le seul personnage avec lequel vous vous trouvez, au final, le plus d'affinités #euphémisme, est le seul personnage qui se prenne un râteau de la fille qu'il aime...)

LOVE ACTUALLY, pour moi, c'est comme cette chanson que vous avez partagé avec la fille de vos rêves avant qu'elle vous ait refusé l'Amour que vous lui offriez. Vous voulez l'écouter, encore et encore, sans arrêt, jusqu'à ce que votre coeur, qui se sera lentement vidé de son sang, soit réduit à une petite boule purulente et sans vie. Mais vous savez que vous ne devez pas l'écouter, qu'elle ne fera qu'empirer l’hémorragie. Vous le savez mais vous continuez... Je déteste LOVE ACTUALLY.

PS : Désolé pour le post semi-dépressif. J'essaye de prendre de l'avance pour le Nouvel An, histoire d'atténuer la douleur pré et post-31 décembre.