19 février 2010

Appelez-moi MC

Je l'ai déjà dit un milliard de fois mais le Hip Hop, c'est mon truc. Le truc de mon adolescence qui n'a été consacré qu'à ça. Le truc de ma vie d'adulte qui s'y consacre à mi-temps. Mais le Hip Hop en Français, par contre, ça ne m'a jamais fait vraiment explosé le cerveau (ou presque). Mais pas besoin de faire une psychanalyse pour savoir pourquoi.

D'abord parce que mon amour pour la rap n'a rien à voir avec une quelconque rébellion. Je n'ai manqué de rien. Je n'ai jamais été victime de discrimination. J'ai aucune raison d'avoir du ressentiment pour qui ou quoi que ce soit. Donc, Joey Starr et Kool Shen pouvaient s'énerver autant qu'ils le voulaient, ça ne me faisait ni chaud ni froid. Ça ne me touchait pas. Ça ne me disait pas grand chose. Ayant toujours eu un côté plus "terroir", "artisanal" et "contestataire", le rap camembert ne m'a jamais touché comme beaucoup de groupes de rap hamburger ont pu le faire très tôt (de De La Soul au Wu-Tang Clan en passant par Outkast).

Par contre, tout ce qu'il y avait autour me fascinait : la musique, le graf, la danse, les fringues, la possibilité de dire ce qu'on veut, comme on veut et quand on veut (le Hip Hop ne serait-il pas l'ancêtre du web 2.0 ?). Par exemple, dans PUBLIC ENEMY, le truc qui m'attirait le plus, outre la musique bien évidemment excellente, c'était le look de Flavor Flav, le côté sulfureux, le logo ou tout l'apparat qui allait avec. Contrairement aux Français, les Américains ont toujours su emballer leurs produits culturels d'un emballage pop. C'est ce qu'il s'est passé avec le gangsta rap au début des années 90. Snoop et Dre n'étaient pas les premiers à traiter les filles de "biatch", à parler de fusillades ou de la vie quotidienne dans les ghettos ensoleillés etc. Ils ont juste été les premiers à rendre ça pop, à faire entrer ce "mode de vie" dans la culture populaire. Ils ont rendu ça cinématographique. Vu d'ailleurs, le gangsta rap version "Death Row" avait quelque chose de surréel, de "bigger than life" et forcément de très provocateur.

Et la provocation reste le grand moteur de la pop culture : Jacko, La Madonne, Britney, Lady G., tous passent par là. Même des groupes précédemment cités, plus "fun", étaient des provocateurs à leur niveau, que ce soit avec leur musique à contre-courant (De La Soul) ou leur look vestimentaire (Andre 3000 d'Outkast). Bref, le rap américain, contrairement au rap français, c'est de la pop (et pas forcément au sens musical du terme) et c'est ce que j'aime avant tout.

Ces dernières années, le rap français s'est bien essayé à sortir de son image "musique contestataire" un peu rustre en créant les Booba et consorts. Mais elles ne restent que des créatures aussi absurdes et pathétiques qu'une Emma Daumas singeant Avril Lavigne ou une Lorie contrefaisant Britney. Personne n'est dupe. A une autre époque, les yéyés allaient chercher les tubes yankee pour les adapter en Français. Ça marchait le temps qu'il fallait mais ça n'en a fait rentrer aucun dans les annales pop "made in France" - à la différence de ceux qui ont inventé leur propre langage (Polnareff, Hardy, Dutronc...). En clair, Booba est à 2Pac ce que Dick Rivers est à Elvis. Une caricature.

Mais certains rappeurs français ont su trouver grâce à mon coeur - à défaut de sonner pop. Tout simplement parce qu'ils ont su combiner un savoir-faire devant la feuille blanche et derrière le micro. Un savoir-faire purement artisanal mais qui reste la marque absolue du "divertissement/art à la française". Que voulez-vous ? C'est ça l'exception culturelle. En France, trouver l'équilibre entre marketing de l'image et crédibilité artistique a toujours été un challenge impossible. Très rares sont ceux et celles qui y sont parvenus. A vrai dire, je ne vois que Serge Gainsbourg.

En ce qui me concerne, lorsque je "juge" un rappeur français, c'est donc vers le talent brut que je me tourne. L'image, l'impact pop-culturel, qui me fascine tant chez les Américains, j'essaye d'en faire abstraction quand il s'agit de rap en français. Vaut mieux. Et de ce point de vue, il faut bien avouer que je me dois de ressortir mon fameux couplet "c'était mieux avant". Rappelez-vous, c'était déjà ici.

En premier, MC SOLAAR évidemment - en tous les cas, sur ses deux premiers albums qui restent des modèles de sophistication musicale et d'écriture. Et puis il y a aussi ses poulains des SAGES POÈTES DE LA RUE dont le premier album "Qu'est-ce qui fait marcher les sages" en 1995 est sûrement la galette de rap en français (quoi qu'en fait, c'était plus une K7) que j'ai le plus écouté dans les années 90 ! Zoxea, Dany Dan et Melopheelo étaient cultivés, avaient des mots plein de sens, des rimes pleines de poésie, des sons punchy et plein de soul. Des qualités et un vrai talent BRUT qu'on retrouvait aussi chez LA CLIQUA, le "Wu-Tang français", l'agrégation des tous meilleurs techniciens de la rime dans la langue de Voltaire. Daddy Lord C, Rocca ou Raphael, autant de MC brillants dont la seule ambition n'a jamais été que de balancer leur amour du mic et magnifier le flow - très loin des expressions abscons, du verbe faible et des rimes cheap du rap français actuel, inculte, hypocrite et tape-à-l'oeil.

Mais tout ça remonte à près de 15 ans. Entre temps, pas grand chose. Rien n'a fait tilt à mes oreilles. Et puis voilà que Facebook s'en mêle. Je n'avais pas eu de contact avec celui avec qui je partageais cet amour du Hip-Hop back in '95 depuis plus de 10 ans. Mais les réseaux sociaux 2.0 sont à ce point formidables qu'ils m'ont permis de découvrir qu'il avait poursuivi une oeuvre entreprise bien des années auparavant. Une oeuvre "de jeunesse" que, faute de talent, j'avais moi-même abandonné depuis longtemps. Oui. A 16-17 ans, je faisais parti d'un groupe/duo de rap. Révélation. Ça a duré 2 ans, le temps que je m'aperçoive que j'étais bien trop timide pour ça et qu'il n'y avait qu'une seule chose qui me plaisait là-dedans, à savoir l'écriture de texte. Et le rap n'est pas la variet' : le MC doit écrire son texte lui-même. C'est la règle.

Mon ami Landry aka Freez a donc persévéré. Mais, lui, le talent, il l'avait et il l'a toujours. Je l'ai toujours pensé. Après un premier maxi 3 titres, il est donc présent avec son compère Emoaine, sous le blase STAMINA, sur la compilation APPELLE-MOI MC. Alerté via Facebook, donc, j'ai fait un truc que je n'avais pas fait depuis de très nombreuses années : acheter un disque physique. C'était la moindre des choses. Plus que cet acte que je croyais un peu oublié, ça m'a surtout permis de replonger mes oreilles dans un monde que je croyais disparu depuis une bonne décennie, un monde de MC vaillants, proche de l'underground, loin de tout ce qui a fait le Hip-Hop français ces dernières années.

Certes, cette compilation ne révolutionne rien. Certes il y a beaucoup trop de morceaux pour assurer une vraie cohérence à l'ensemble. Certes il y a des MC qui auraient du s'entraîner un peu plus avant de franchir le pas sur disque. Certes. Mais l'esprit combattant est là. L'amour du Hip Hop aussi. Bref, la formule a beau dater, c'est frais. Très frais. Et en plus, regardez-moi cette pochette ! C'est magnifique. Une vraie pochette "pop". On dirait une version "Gare du Nord/Stalingrad" de la pochette du "Ready To Die" de Biggie Smalls ou du "Illmatic" de Nas.

Donc, tout ça pour dire que ces derniers mois, je retrouve un certain goût à la rime en Français. On verra bien si ça continuera... A vous de jouer les gars ! Ça ne dépend que de vous !


14 février 2010

"Salut"

Ça me donne envie de tomber amoureux...



...ou est-ce que je le suis déjà ? Je ne sais pas. Je sais juste que ça me rend un peu triste. Parce que je ne sais pas faire ça. Je ne sais pas aller vers les filles qui me plaisent. Je ne sais pas leur dire qu'elles sont belles et qu'elles ont le plus sourire de la Terre. Je ne sais pas dire le "salut" qui entraînerait tout le reste. Je ne sais pas.

Mais je voudrais savoir. Parce qu'une seule fois suffit.

12 février 2010

La passion d'Anvil

Je crois qu'il n'y a rien de plus beau que la passion. Quand j'écoute quelqu'un me parler sans discontinuer de sa passion pour un groupe, pour un acteur, un film, la musique, un métier, pour un écrivain ou tout autre chose, ça me fait frissonner. Je trouve ça magnifique. Cette passion ordinaire, c'est ce qui nous rend humain car elle nous permet de vivre au jour le jour. Elle nous permet d'avancer, de faire des choses extraordinaires. C'est cette passion qui nous a offert les plus grands chefs d'oeuvre du cinéma ou de la musique.

Regardez Martin Scorsese en interview. A 67 ans, plus de 30 films au compteur et 40 ans de carrière, le réalisateur est un moulin à paroles lorsqu'on l'interroge sur sa mise en scène ou sur les films, les acteurs et autres réalisateurs qui l'influencent, le font frissonner de plaisir. Il est intarissable. Et ça le rend jeune. Ces films aussi. Ils sont toujours aussi forts, passionnants. Il a l'enthousiasme d'un jeune homme. Pas encore blasé. Toujours vif. Voyez aussi cette vidéo dans laquelle le compositeur de musique de films Angelo Badalementi explique comment il a crée le thème mythique de la série TWIN PEAKS. Il est en larmes. Le simple fait d'expliquer son art, de se rappeler d'un moment de musique le plonge dans une sorte d'état second, entre pure joie et mélancolie. Et je trouve ça beau.

Ce que je trouve beau aussi, c'est le groupe ANVIL. Je déteste le métal. Vraiment. En écoutant ce genre de musique plus de 2 minutes, j'ai envie de m'arracher les dents de sagesse avec une pince rouillée, me couper l'appareil génital à la tronçonneuse ou m'enfoncer un pied de table Ikéa dans le coeur - en fonction du lieu et de la situation du moment. Et pourtant. En sortant de la projection "très intime" (5 personnes dans une salle de 300 places) du documentaire ANVIL : THE STORY OF ANVIL, j'avais envie de laisser pousser mes cheveux (ce qui, avouons-le, risque d'être difficile) pour me faire une permanente, de porter des jeans moulants, du masquera, des T-shirts zébrés et hurler dans un micro des hymnes comme "Metal On Metal, It's what I crave, The louder the better, I'll turn in my grave", la guitare électrique en bandoulière. J'avais envie de m'acheter les 13 albums du groupe et exploser ma CB en T-shirts et autres merchandising brandés ANVIL.

Au milieu des années 80, ANVIL fait partie de la nouvelle vague du métal aux côtés de groupes comme Anthrax, Slayer, Bon Jovi, Metallica ou Guns N Roses. Ils sont considérés comme les plus talentueux et précurseurs par leurs confrères de l'amicale de cheveux longs permanentés qui font beaucoup de bruit avec leurs guitares et leurs voix aiguës. Tous s'accordent sur le fait que Steve "Lips" Kudlow, Robb Reiner et Glenn Five sont les futurs grandes stars du rock qui fait du bruit.

Mais non. Rien de tout ça. Près de 30 ans après leur premier album, ils ne sont toujours pas devenu les rock-stars tant espérés et attendus. Un destin peu enviable mais restant le lot des la très grande majorité des groupes se lançant dans la grande aventure du business de la musique. C'est comme ça. Ça l'a toujours été. Le talent n'est pas toujours synonyme de succès (Dans ce registre, voyez aussi le fabuleux documentaire DIG! sur le destin croisé des groupes Dandy Warhols et du Brian Jonestown Massacre).

Mais il y une différence majeure entre ANVIL et les centaines de milliers d'autres groupes qui n'ont jamais percé : ANVIL est toujours là. Porté par la personnalité taquine et joviale de Lips, son chanteur qui, dans sa jeunesse, portait sur scène un costume sado-maso et jouait de la guitare avec un gode, le groupe a poursuivi sa route pendant toutes ces années.

En marchant sur le fil de la passion, toujours à deux doigts de tomber dans l'auto-destruction fatale et le chaos financier et psychologique, le groupe s'est entêté, est resté soudé comme au premier jour, n'a jamais abandonné. Ils ont joué dans des bouges d'Europe de l'Est devant cinq alcooliques et ont subi les pires humiliations qu'un groupe puisse subir. Mais ils ont continué. Portés par le soutien de leurs proches. Portés par l'envie de réussir. Portés par leur passion de la musique. Ils ont beau être parfois à la limite du pathétique, c'est toujours d'une beauté assez incroyable de les voir interagir. Juste pour la beauté de l'art. Loin des habituels conflits d'égos qui hantent les documentaires rock (de la parodie SPINAL TAP au SOME KIND OF MONSTER de Metallica, par exemple). Juste une bonne grosse dose d'humanisme, d'amitié et d'amour de la musique.

Et ça fait du bien. Ces types vous remontent le moral. Pas dans le sens "Qu'est-ce qu'ils font pitié". Pas dans le sens "Au moins, je ne suis pas le seul à galérer". Dans le sens, "Je peux y arriver. Ça prendra le temps qu'il faut mais j'y arriverais." C'est une vraie philosophie de vie de se dire ça : un vrai mélange de confiance, de folie, de goût du risque et d'humanisme. Et cette philosophie, c'est à mon avis la seule qui vaille. C'est elle que j'ai envie de suivre lorsque j'écrit ce blog. C'est elle que j'ai envie de suivre dans la poursuite de mes rêves et de mes ambitions professionnelles, amicales et amoureuses.

Cette philosophie, sorte de "passion raisonnable", qui tient compte à la fois de son propre égo, de ses propres envies et désirs mais aussi et surtout des autres. Parce que ANVIL sans la famille, les amis et les fans, ce serait vraiment pathétique.

Je dis donc MERCI à ces petits bonshommes chevelus pour toute l'inspiration qu'ils peuvent offrir à ma personne et au monde grâce à leur passion...



10 février 2010

Fall At Your Feet...

Je n'ai plus d'ordinateur. Ces belles petites machines sont tellement sophistiquées et miniaturisées que la moindre contrariété exige que vous les emmeniez chez Mr Le Réparateur. Donc pour un nombre de semaines encore indéterminé, je suis privé d'ordinateur chez moi. D'où, vous le comprendrez, l'absence de post ces derniers jours.

Mais je n'ai vraiment pas envie de laisser tomber pour autant. Etant incapable, dans ces conditions, de rédiger des choses un peu fournies, je vais essayer de poster des choses plus courtes, voire très courtes.

Et donc, pour commencer, j'avais juste envie de partager cette chanson, cette belle chanson du groupe australien Crowded House qui raconte l'histoire d'un garçon fou d'amour, prêt à tout pour la fille qu'il aime...

Juste parce que c'est beau, que c'est bientôt le pire jour de l'année pour les gens comme moi et parce que les chansons d'amour, il n'y a finalement que ça de vrai...


02 février 2010

Made in 90's #8 : la fin de l'innocence

En 2009, j'ai beaucoup parlé de gens morts. Patrick Swayze. Michael Jackson. John Hughes. J'ai raconté à quel point leur mort était triste. Duh. J'ai raconté à quel point leur oeuvre marqua mes jeunes années (et un peu plus). J'ai raconté leur impact sur ma vie. Bref, j'ai raconté ma vie à travers d'autres vies, qu'elles soient celles de personnages de fiction ou d'auteurs. Finalement, c'est normal d'être touché par la mort de quelqu'un - connu ou inconnu. Mais peut-on être touché de la même façon par la mort d'une société dans tout ce qu'elle a de capitaliste et mercantile ?

A priori non. Sauf que je n'ai pas envie de parler de n'importe quelle société.

Jeudi 28 janvier 2010 marque en effet la fin de Miramax. Fondée en 1979 par les frères Weinstein, la société de distribution et de production était devenu le label le plus cool du cinéma des années 90. J'ai parlé il y a quelques jours de la personnification des studios hollywoodiens en citant notamment Fox Searchlight - probablement le plus cool des labels cinéma de ces 10 dernières années. Sauf qu'au milieu des 90's, Miramax, c'était cent fois ça. A l'époque, la société, en jouant à fond sur la personnalité "bigger-than-life" des deux frères, s'était forgé une image à la fois magique et totalement fascinante. D'un côté, Harvey, la caricature du producteur de cinéma, exubérant, colérique, grande gueule, spécialiste des films "adultes", à la fois proche et impitoyable avec ses auteurs. De l'autre, Bob, le discret mais non moins impitoyable, spécialiste des films de genre, des produits calibrés et facilement vendables en vidéo.

A eux deux, ils symbolisent tout ce qui fit le sel et le cinéma des années 90 - en mettant une grosse claque aux gros studios hollywoodiens en réinventant le business. Ils se créent une écurie de jeunes metteurs en scène prometteur comme Quentin Tarantino, Kevin Smith ou Robert Rodriguez. Ils font de petits films indépendants sans budget des grosses machines commerciales. Ils trustent les Oscars avec des films adultes, ambitieux et épiques pour l'hiver tout en caracolant l'été au box-office avec des films d'horreur qui renouvellent le genre. Bref, grâce à ses choix audacieux, Miramax, plus qu'aucune autre société cinématographique, a forgé la sensibilité cinéphile de millions d'adolescents et jeunes gens dans le monde. Il faut remonter au Paramount de Robert Evans (LE PARRAIN, LOVE STORY...) pour retrouver un exemple à peu près comparable.

Compte tenu que j'avais 15-16 ans à leur apogée en 1995-1996, il faut bien avouer que cette génération d'adolescent, je la connais bien. C'est la mienne. Il est clair qu'une bonne partie de mes goûts présents sont liés d'une façon ou d'une autre aux films Miramax.

Donc je pourrais bien sûr parler de PULP FICTION en 1994. Mais là, ça risquerait d'être long. Vraiment très long. Dire que ce film m'a marqué serait un euphémisme. En même temps, je suis sûr que ça a été le cas pour à peu près toutes les personnes ayant eu entre 15 et 35 ans au milieu des 90's.

Je peux surtout parler de SCREAM. Lorsque j'ai vu le film de Wes Craven pour la première fois en 1996, j'ai eu un choc. Un vrai. De ceux qui vous transforment une vie. Non, je ne me suis pas mis à trucider mes petits camarades au lycée. J'ai découvert un langage cinématographique. J'ai découvert Kevin Williamson et sa plume, le second degré mêlé au premier, l'hommage et surtout le slasher et toute une série de films d'horreur teen qui ont ensuite marqué mon adolescence cinéphile : VENDREDI 13, LA DERNIÈRE MAISON SUR LA GAUCHE, HALLOWEEN, CARRIE etc. Entre 1996 et 2000, vous ne pouvez pas imaginer le nombre de fois que j'ai regardé les deux derniers. Ce n'est pas humain. Si j'écris ce blog aujourd'hui, je dois l'avouer, c'est en grande partie grâce à SCREAM et à son scénariste Kevin Williamson (à qui l'on doit aussi DAWSON, la grande obsession pop de ma vie - mais je parlerais de ça plus tard).

Mais MIRAMAX, c'est pour moi des dizaines d'autres films moins connus qui ont complètement chamboulé ma culture cinéphile et remis en question ce genre de certitudes que l'on peut avoir quand on est un garçon de 15 ans. Vous savez des trucs comme "Un film sans Jean-Claude Van Damme ne vaut pas la peine d'être vu" ou "Le noir et blanc, c'est pour les vieux" ou "Un film sans explosions ou fusillade au ralenti, c'est de la branlette d'intellos".

Ces films, ce sont DERNIÈRES HEURES A DENVER, FRESH, CLERKS, IL POSTINO, THE CROSSING GUARD, BEAUTIFUL GIRLS, UNE NUIT EN ENFER, LE PATIENT ANGLAIS, THE PALLBEARER, DON'T BE A MENACE TO SOUTH CENTRAL, SWINGERS, ALBINO ALLIGATOR, COP LAND, WILL HUNTING, MIMIC, JACKIE BROWN, THE YARDS...

Des films noirs, des comédies, des films d'amour, des films sans stars et d'autres avec, des films sans explosions mais d'autres avec, des films d'horreur, des films en noir et blanc... Bref, un peu de tout. Pas toujours des chefs d'oeuvre. Parfois même des films faibles. Mais toujours des films dont je souviens comme si je les avais regardé hier. Des films qui respire le cinéma. En tous les cas dans mon esprit d'adolescent et de jeune adulte. Dans cet esprit, tous les films précédemment cités étaient la quintessence de la coolitude. Aimer ces films, c'était être cool. Et franchement, c'était vraiment ma seule raison de penser que j'avais un peu de coolitude en moi à cet âge là... Quant à aujourd'hui, à défaut d'être cools, ces films représentent une autre quintessence, celle de la nostalgie des années 90. Avec Haddaway et 2 Unlimited !

Alors, de savoir que Miramax ferme, pour toujours, c'est un peu un crève-coeur. Il est vrai que les frères Weinstein, aussi désagréables soient-ils, ne sont plus là depuis plusieurs années, qu'ils sont désormais les rois du bide intersidéral avec leur nouvelle société (The Weinstein Company), que le Miramax contrôlé à 100% par Disney (depuis 2006) avait quelque chose d'aseptisé sans la magic touch d'antan (malgré quelques très bons films comme GONE BABY GONE, NO COUNTRY FOR OLD MEN ou ADVENTURELAND).

Mais la mort de Miramax, au-delà des licenciements forcément douloureux, c'est la mort d'un logo, d'une vision qui m'a un jour fait croire que l'on pouvait être un gros barbu fan de STAR WARS et réussir à rendre accessible une certaine contre-culture geek au le plus grand nombre, que l'on pouvait être un employé de vidéo-club maladivement obsédé par le cinéma et réaliser quelques chefs d'oeuvre, que deux petits acteurs losers pouvaient rendre heureux des millions de gens par la seule grâce de la beauté de leur scénario, que le talent brut avait encore sa place sur les grands écrans du monde, qu'il y avait encore des gens prêts à mettre leur couille sur un plateau pour un simple film de cinéma...

En m'initiant au cinéma intelligent, à la belle mise en scène et aux dialogues bien écrits, Miramax a tué mon innocence cinéphile. Aujourd'hui, je pourrais donc savourer ma vengeance en dansant sur sa tombe. Mais j'en ai vraiment pas envie. Vraiment pas. Je laisse ce plaisir à Michael Bay, Stephen Sommers et Brett Ratner...

29 janvier 2010

Made in oo's #2 : Les Pires Couples de Comédies Romantiques

Dans le monde impitoyable des comédies romantiques hollywoodiennes, il y a un EDEN absolu : le couple parfait, le duo amoureux magique qui rend toutes les situations (même les plus extrêmes) plausibles, tous les gags drôles... Mais pour un couple magique type Tom Hanks/Meg Ryan, Michael Douglas/Kathleen Turner, Adam Sandler/Drew Barrymore, Spencer Tracy/Katherine Hepburn ou Richard Gere/Julia Roberts, il y en a des dizaines voire des centaines d'autres totalement ineptes, des acteurs qu'on aurait jamais du faire se croiser sur un grand écran.

Non que ces acteurs soient mauvais (et encore). Non que les films soient mauvais (certains sont plutôt bons malgré tout...). C'est juste que l'alchimie nécessaire à une belle et drôle histoire d'amour n'est pas là...

Woody Allen et Téa Leoni / Helen Hunt
Au début des années 2000, Woody Allen n'avait plus de muse. Terminé Mia Farrow. Terminé Diane Keaton. Dans HOLLYWOOD ENDINGS, il a donc tenté de trouver la perle rare en la personne de Téa Leoni. Dans LA MALEDICTION DU SCORPION DE JADE, c'est Helen Hunt qui s'y colle. Raté à chaque fois : Woody, à force de vouloir jouer à 65 ans les mêmes rôles qu'à 30 ans, n'est pas du tout crédible... Impossible de croire qu'il peut séduire des femmes aussi exubérantes, fofolles et JEUNES que Léoni et Hunt ! Tea Leoni allait parfaitement avec des comiques purs comme Adam Sandler (SPANGLISH) ou Jim Carrey (BRAQUEURS AMATEURS).

Catherine Zeta-Jones et John Cusack
Elle est la spécialiste des rôles de garces avec son air hautain, ses manières de brune arriviste. Lui est l'adulescent éternel du cinéma contemporain, névrosé, supra-cool et terriblement attachant. Comment a-t-on pu croire que ces deux là feraient un couple crédible ? Pourtant, ils l'ont été, un couple, dans deux comédies romantiques : HIGH FIDELITY et l'immonde COUPLES DE STAR ! J'aimais mieux Cusack avec Kate Beckinsale (SERENDIPITY). Zeta-Jones, elle, devrait juste arrêter de faire du cinéma.

Ben Affleck et Jennifer Lopez
En math, moins plus moins égal plus. Pas en cinéma. Moins plus moins égal moins. Toujours. Quand un acteur tête à claques (qui a fait des progrès depuis) rencontre une actrice tête à claque, le résultat ne peut ressembler qu'à une catastrophe. Elle se nomme GIGLI et c'est un des cinq pires films de la décennie dont il est question ici. Mais bon, ça parle aussi du kidnapping d'un handicapé mental, de mafia, de voleuse lesbienne et de tueur à gages au grand coeur. Dans le cas présent, il n'y avait donc pas que l'alchimie qui était WTF. Voir dans le même genre Madonna et Rupert Everett dans THE NEXT BEST THING.

Jennifer Lopez et Ralph Fiennes
C'est vrai que la comédie romantique hollywoodienne est censée toujours fonctionner sur les contraires. Mais comment un jour imaginer que Ralph Fiennes pourrait un jour trouver Jennifer Lopez attirante ? Même. Comment imaginer que Ralph Fiennes puisse être un jour un héros de comédie romantique ? Le type sait à peine sourire et est raide comme un poteau. Face à la folie artificielle et surfaite de JLo, ils sont donc, tous les deux, complètement à côté de la plaque.

Cameron Diaz et Ashton Kutcher
Dans JACKPOT (2008), elle est une accroc de la planification. Lui est un adulescent irresponsable. Après une nuit arrosée à Las Vegas et un mariage improvisé, ils vont devoir cohabiter alors qu'ils se détestent. Les deux acteurs ont 6 ans d'écart et ça se voit, notamment à cause de Diaz qui devrait arrêter les UV ! J'aimais mieux Kutcher avec Britanny Murphy (JUST MARRIED). Diaz allait bien avec Luke Wilson (CHARLIE'S ANGELS)

Nicole Kidman et Will Ferrell
Difficile de croire que la personne qui a réuni ces deux-là (MA SORCIERE BIEN-AIMEE) soit la même qui ait inventé le couple Tom Hanks/Meg Ryan. Et pourtant c'est vrai. Comment Nora Ephron a-t-elle pu envisager ne serait-ce qu'une seconde que le style botox/balai dans le cul de la Kidman pourrait s'associer au style graisse/plume dans le cul du Ferrell ? Mystère. En même temps, se dire que Nicole Kidman pouvait être une grande actrice comique relève de la psychiatrie !

Gerald Butler et toutes les actrices de la Terre
Avec son air débonnaire, Gérard Butler aurait pu le faire en héros de comédie romantique. Il rompt avec le style habituel du beau gosse aseptisé aux dents blanches qui inonde d'habitude le genre. Sur le papier, il aurait pu être une bonne idée. Sauf que non. Gérard Butler, aussi sympathique soit-il, porte sur son visage une sorte de bêtise avancée mêlée à une vulgarité assumée franchement désagréable. En gros, qu'on le mette dans des films d'action mais qu'on arrête de nous le refourguer en héros amoureux car c'est juste insupportable - que ce soit avec Hilary Swank (P.S. I LOVE YOU) ou avec Katherine Heigl (L'ABOMINABLE VÉRITÉ).
P.S. : Chacun de ces mots est aussi valable pour Dan Cook.

Katherine Heigl et tous les acteurs de la Terre
Lorsque vous regardez les premières et deuxième saison de Grey's Anatomy, il est facile de se dire à quel point Katherine Heigl ferait une grande héroïne romantique : sexy, pleine de charme, une bonne dose folie douce. Sauf que non. La garce cachait bien son jeu, se révélant rapidement tête à claques, hautaine (à la CZJ), névrosée dans le mauvais sens du terme et finalement pas si sexy que ça. Même Seth Rogen s'est cassé les dents sur la blondasse avec EN CLOQUE MODE D'EMPLOI. Alors je ne parle même pas de James Marsden (27 ROBES) et pire encore de Gerard Butler (voir ci-dessus)...

22 janvier 2010

Made in 80's #12 : So caught up in you...

Je suis né à la toute fin des années 70. Donc, les années 80, je ne les ai vécu qu'à travers les dessins animés japonais, les films de Sylvester Stallone, le club Dorothée et les chansons d'A-Ha. Tout le reste, de la guerre froide à Erik B & Rakim, de Tchernobyl au rock sudiste en passant par Ronald Reagan et les Talking Heads, ce n'était qu'un bruit de fond. Des trucs d'adulte quoi !

Alors quand j'écoute cette chanson de .38 Special et surtout que je vois le clip qui l'accompagnait à l'époque, je me dis que c'est quand même bien dommage, que j'aurais bien aimé être un adulte dans les années 80. Comme MacGYVER, j'aurais bien aimé mettre mon plus beau cuir d'aviateur pour séduire les filles. Comme dans ROAD HOUSE, j'aurais bien aimé aller dans un club au Texas, écouter chanter un gros barbu avec les cheveux longs chanter du rock sudiste. Comme dans OVER THE TOP, j'aurais bien aimé discuter avec un camionneur tatoué autour d'une Bud et mater des bodybuilders aux muscles brillants faire des combats de bras de fer. Comme dans WARGAMES, j'aurais bien aimé jouer à Gorf sur une borne d'arcade. Comme dans SCARFACE, j'aurais bien aimé danser bêtement les bras levés en jeans trop serrés avec une jolie blonde permanentée aux jeans trop serrés qui ressemblerait à Morgan Fairchild dans FALCON CREST.

Ce clip, c'est comme si vous condensiez toutes mes images mentales et fantasmes des années 80 dans 3 minutes et 56 secondes...



Et pour ceux à qui cette chanson dit quelque chose, elle était dans la B.O du film BLISS. Je serais éternellement reconnaissant à Drew Barrymore pour ça... Eternellement...

19 janvier 2010

Une question de logo ?

Pour trainer du spectateur en masse dans les salles de cinéma, il n'y a pas des milliards choses à écrire sur une affiche ou à dire dans une bande-annonce.

Première solution. Pas la plus fréquente mais à coup sûr la plus perverse : mentir. Ces derniers temps, c'est ce que tentent de faire à peu près tous les studios avec leurs produits surfant sur la vague "Les Chroniques d'Harry Potter à Narnia". Voyez par exemple, dans le meilleur des cas (à savoir une surprise positive à la clé), les studios Disney avec LE SECRET DE TERABITHIA qui ont fait croire à tout le monde à un MONDE DE NARNIA bis (avec tous les effets spéciaux, scènes de batailles, monstres et décors fantastiques que ça implique) pour au final délivrer un film plutôt très intimiste (et tragique) sur l'enfance.

Deuxième solution. La plus évidente mais pas forcément la plus facile. La critique. Une bonne accroche d'un grand quotidien/magazine respecté fait toujours son petit effet. En voyant en 4x3 "UN CHEF D'OEUVRE signé Le Monde", votre inconscient a déjà assimilé l'essentiel - même si vous ne lisez jamais le dit canard ! Les récompenses en tous genres vont dans le même sens. Sauf que tous les films ne peuvent se prévaloir de bonnes critiques et encore moins d'Oscars, César, Golden Globes, Palme d'Or etc.

Deuxième solution. Clairement la plus banale : "les noms connus". Vos stars, quoi ! Ça peut être un ou des acteurs (typiquement le Will Smith ou le Tom Cruise en gros en haut de l'affiche). Ça peut être un réalisateur (voir "AVATAR, par le réalisateur de TITANIC"). Ca peut être, plus rarement, un scénariste (voir "JENNIFER'S BODY, par la scénariste de JUNO"). Et en dernier recours, vous avez toujours le producteur (voir "OUTLANDER, par le producteur du SEIGNEUR DES ANNEAUX" pour citer un cas de vente vraiment "désespéré"). Dans tous les cas, le gus qui a envie de s'imprimer de la celluloïd sur la rétine se dit "tiens, je le connais lui. On a qu'à aller voir". On sait très bien que l'être humain n'aime rien tant que les terrains connus et hait plus que tout l'étranger, l'inconnu. En gros, le spectateur lambda se comporte avec les films comme un redneck consanguin avec un mec trop bronzé : il ne connaît pas donc il ne veut pas le voir.

Mais quand vous sortez une comédie romantique un peu cheap sans stars, ni réalisateur, ni scénariste connus, que vous ne pouvez ni mentir sur la marchandise ni évidemment vous reposer sur la qualité de votre film, comment faire ?

Il faut se démerder. Et c'est ce qu'ont fait les studios Disney avec leur dernier "produit" en date : la comédie romantique WHEN IN ROME. Petit état des lieux et arguments potentiels à mettre en avant. Les acteurs principaux, Kirsten Bell (de VERONICA MARS) et Josh Duhamel (de LAS VEGAS) sont issus de la télé et sont très loin d'être reconnus comme des stars "bankable". On oublie. Le réalisateur, Mark Steven Jonhson, est l'auteur des deux plus grosses bouses du cinéma de super-héros (GHOST RIDER et DAREDEVIL) et n'a, de surcroît, jamais réalisé de comédie romantique de sa vie. On oublie. Quant aux scénaristes, on leur doit les scripts de quelques comédies hollywoodiennes classiques (OLD DOGS, EVOLUTION, FAMILY MAN) qui ont toutes en commun d'avoir été des gros bides commerciaux et critiques. On oublie. Et inutile d'espérer de bonnes critiques et/ou quelques récompenses, on parle ici d'une comédie romantique made in Walt Disney ! Quant au mensonge, on oublie également, ce genre de produit étant tellement calibré depuis des décennies que les spectateurs savent très bien ce qu'ils vont voir et avoir avant même d'entrer en salle.

A quoi en sont alors venus les cadors du marketing des studios Disney ? Je cite : "FROM THE STUDIO THAT BROUGHT YOU THE PROPOSAL". Vous avez bien compris. Ici, l'argument de vente, c'est le studio Disney lui-même ! Sur le seul prétexte qu'il a "financé" la comédie romantique la plus populaire et rentable de ces derniers mois (LA PROPOSITION avec Sandra Bullock), il deviendrait une référence, une caution au même titre qu'un réalisateur ou un scénariste.

Sauf que vous vous déplaceriez, vous, pour aller voir le film du studio de LA PROPOSITION - même en ayant adoré ? Dis comme ça, sûrement pas. Tout simplement parce que, par définition, un studio de cinéma ne fait que financer les films, n'a "en principe" aucune implication artistique dessus. Ce serait comme acheter des jeans H&M sur le seul argument qu'ils sont fabriqués dans la même usine que ceux brandés Prada. Et évidemment, les studios Disney ne se sont soudainement pas spécialisés dans la comédie romantique. Ces dernières années, des films aussi différents que APOCALYPTO, BEVERLY HILLS CHIHUAHUA, CLONES, HIGH SCHOOL MUSICAL ou BANDE DE SAUVAGES sont sortis du monde merveilleux de Mickey. Et encore, c'est de Disney dont on parle. Il suffit de prendre 20th Century Fox, Universal, Paramount ou Warner pour trouver une encore plus grande diversité de films. Normal, c'est leur métier : satisfaire tous les publics, s'adresser à tout le monde, aux petits comme aux grands, aux femmes comme aux hommes etc.

Impossible donc d'aller voir un film sur ce simple argument. Sauf que... Les initiés savent qu'en fait, le logo qui apparaît en premier devant un film signifie beaucoup plus qu'il n'en a l'air. A commencer par ce que l'on appelle les "indépendants". Ces derniers, s'ils ne financent pas les films à proprement parlé, ils les achètent à leur producteur pour ensuite les distribuer et donc s'engagent sur un certain niveau de qualité. Voyez la branche indé de la Fox, Fox Searchlight. Comme toutes les autres, elles possèdent une véritable ligne éditoriale qui vous assurent, à vous spectateur, la garantie d'un cahier des charges à peu près respecté. Le résultat sur les dernières années se nomment ainsi LITTLE MISS SUNSHINE, JUNO, LE DERNIER ROI D'ECOSSE, THE WRESTLER, 500 DAYS OF SUMMER, SLUMDOG MILLIONNAIRE, WAITRESS, BLISS et plein d'autres. Personnellement, je vais voir un film sur le seul nom Fox Searchlight et je suis très rarement déçu, très très rarement !

Mais cela s'applique aussi, dans une moindre mesure, aux cinq grands studios hollywoodiens que j'ai cité plus haut. Il y a à leur tête ce qu'on appelle un directeur de la production, dont le job consiste en gros à dire oui ou non à tel ou tel projet et à en donner l'impulsion en terme de budget et de moyens etc. Comme on dit dans le jargon, il "greenlight" les films, il donne son feu vert. Si l'on prend l'exemple de la 20th Century Fox, c'est un dénommé Tom Rothman qui la dirige depuis l'an 2000. Et ce serait un euphémisme de dire qu'il n'est pas du tout aimé des cinéphiles et geeks en tous genres. L'homme est en effet "responsable" de désastres "artistiques" tels que X-MEN 3, WOLVERINE, LES 4 FANTASTIQUES, BABYLON A.D, ALIEN VS. PREDATOR ou DIE HARD 4. Bref, c'est sous son impulsion que la 20th Century Fox est devenu un studio très peu "fiable" pour tout ce qui concerne les films dit "de genre" - alors que Paramount, par exemple, livre coup sur coup des réussites aussi éclatantes que IRON MAN, WATCHMEN et STAR TREK. Clairement, depuis quelques années, vous pouvez avoir un doute lorsque vous allez voir un film "de genre" avec un logo 20th Century Fox devant. (Et là, je ne suis pas en train de me faire des amis parmi mes amis, anciens collègues...)

A contrario, il suffit de jeter un coup d'oeil à "l'avant Rothman". Entre 1996 et 2000, c'est un certain Bill Mechanic qui est à la tête du studio. Et c'était une toute autre affaire. Businessman averti mais amoureux du cinéma et des auteurs, c'est en grande partie grâce à lui que la Fox est devenu, ces années là, un des plus beaux "labels" d'Hollywood avec des films comme ROMEO+JULIETTE, LA LIGNE ROUGE, MARY A TOUT PRIX, X-MEN, TITANIC ou FIGHT CLUB (qui lui a valu de perdre sa place). Tous sont des films très différents. Beaucoup d'autres sont loin de la qualité de ces derniers. Mais clairement, le studio avait, à cette époque, une sorte de "magic touch" et on pouvait se dire raisonnablement que si ça sortait des "usines Fox", ça pouvait vraiment valoir le coup d'oeil... De la même manière que je peux me dire aujourd'hui que si ça sort des "usines Paramount", ça peut valoir le coup d'oeil (voir mon TOP 20 de 2009 qui en compte quatre).

Tout ça pour dire que, oui, vous pouvez vous faire une idée d'un film sur le seul nom du studio qui l'a produit et financé. Avec un peu de jugeote, de connaissances cinéphiles et pop, vous pouvez. Mais tout ça est évidemment bien relatif. Il suffit de regarder parmi les quelques nouveautés à venir en 2010 pour se convaincre qu'on est pas à une absurdité près : Newmarket Films, le sulfureux distributeur indépendant qui fit de LA PASSION DU CHRIST un succès en s'adressant en priorité aux chrétiens fondamentalistes américains, s'apprête en effet à sortir le film CREATION, une biographie de... Charles Darwin, le père de la théorie de l'évolution !

Quant à la question de savoir si vous aimerez WHEN IN ROME en ayant aimé LA PROPOSITION, je crois que j'ai répondu plusieurs paragraphes au-dessus : ce genre de produits est tellement formaté et calibré que, oui, il y a de grandes chances que vous aimiez... Mais ça n'a rien à voir avec LE STUDIO qui l'a financé !


15 janvier 2010

Le meilleur de la musique pop/rock en 2009

Allez, la suite des tops. Après celui-là, il ne restera "plus qu'un" petit truc de cinéma. Cool, n'est-ce pas ?

1. The Antlers - Hospice
J'ai cru pleurer en écoutant les cris de douleurs dans la voix de Peter Silberman, tête pensante du groupe. Les dix morceaux de cet album concept sur la lente agonie d'une personne en phase terminale d'un cancer vue à travers les yeux de celle qui la soigne vous tordent ainsi le coeur d'émotion, vous emplissent d'une puissance purement cinématographique qui vous prend aux tripes. Pourtant, comme dans un film, la fin sait aussi saisir la lumière...[MySpace]

2. Coeur de Pirate
J'ai parlé de Béatrice Martin sur ce blog bien avant les centaines de milliers d'albums vendus et des millions de passages radio. Cette fille, avec ses tatouages et sa musique naïve et juste, m'a transpercé le coeur d'un coup d'un seul, avec sa voix, ses mélodies, ses paroles. Et malgré tout ce qu'il y a eu depuis (le succès tout ça...), j'ai continué à écouter, pour me rappeler qu'être amoureux c'est beau et c'est aussi pas mal douloureux. [MySpace]

3. Loney, Dear - Dear John
Il y a des types comme ça qui naissent avec un don. Le suédois Emil Svanängen fait partie de ces petits génies qui resteront des énigmes tout leur vie. Seul, dans son petit studio chez lui ou dans le sous-sol de ses parents, il compose une musique tellement naturelle, tellement instinctive tout en étant d'une sophistication renversante qu'elle vous explose dans la tête. Multi-instrumentiste, Loney Dear est ainsi capable de rendre joyeuse la mélancolie, de transformer l'intimisme en effervescence. [MySpace]

4. The XX - XX
Il y a hype et il y a hype - ce qui ne veut pas dire grand chose. Sauf que dans le cas de THE XX, il y a hype puissance carrée c'est-à-dire amplement méritée. D'ailleurs, je ne suis pas sûr d'avoir vu un Top musical 2009 sans cet album. Et oui, je suis dans le consensus. Tant pis. J'adore cet album. J'adore son minimalisme. J'adore ses mélodies ultra-accrocheuses. J'adore cette façon d'arriver avec quelque chose à la fois très commun et très frais. [MySpace]

5. The Bird & The Bee - Ray Guns Are Not Just For The Future
Dans ce deuxième album de The Bird & The Bee, il y a tout ce que doit être un album 100% pop : du fun, des mélodies entêtantes, des arrangements sophistiqués et une production impeccable. Mais il y a un tout petit truc en plus qui fait les grands groupes à mes yeux : de l'élégance. Enveloppé d'une ambiance légèrement surannée mais très ancrée dans les sons actuels, cet album devrait être remboursée par la sécurité sociale et en écoute chez les psys. [MySpace]

6. Sara Lov - Seasoned Eyes Were Beaming
Qu'il est agréable de se laisser bercer par une voix douce chantant des mélodies qui le sont tout autant. Qu'il est agréable d'entendre cette jolie blonde un peu étrange nous suscurer aux oreilles sa curieuse poésie un peu mélancolique. Qu'il est agréable de simplement imaginer le champ des possibles à l'écoute de cette enivrante musique à la simplicité déconcertante. [MySpace]

7. Fanfarlo - Reservoir
Je sais bien que ce n'est pas toujours très sympa pour les groupes de les comparer à d'autres. Mais, que voulez-vous, des fois il y a des comparaisons inévitables et dans le cas de Fanfarlo, elles sont plus que flatteuses - voire carrément intimidantes. Les deux groupes auxquels on pense en écoutant ces anglo-suédois : Beirut pour sa lumière et Arcade Fire pour sa puissance et les deux pour leur mélancolie. Il y a pire - voire il n'y a que ça - comme comparaison. [MySpace]

8. Bye Bye Bicycle - Compass
Et si le disco du 21e siècle était le vecteur de la mélancolie et plus seulement celui d'une joie de vivre artificielle ? C'est peut-être ce que ce sont dit les membres de ce groupe suédois (encore) en concoctant leur premier album. Sur des rythmes syncopés et des arrangements orchestrales qui n'auraient pas détonné dans un club new-yorkais des 70's, le groupe tisse donc une sorte de toile d'araignée mélancolique qui vous enveloppe de tristesse. Le contraste est saisissant et brillant. [MySpace]

9. Matt & Kim - Grand
C'est fou ce qu'on peut faire avec une bonne dose d'énergie. On peut par exemple se désapper intégralement en plein New York et se faire filmer en plan séquence en se prenant l'intégralité (et plus) d'un réfrigérateur king-size dans la gueule. Mais on peut aussi faire un album d'une fraîcheur immense. Tout ça, les Newyorkais de Matt & Kim l'ont fait parce que de l'énergie ils en ont à revendre. D'ailleurs, quand vous les voyez ou écoutez, elle est très contagieuse. [MySpace]

10. Jonathan Johansson - En Hand i Himlen
La Suède, encore la Suède. Promis, je ne fais pas exprès. Je ne sais pas ce qu'ils bouffent mais on pourra jamais dire qu'ils ne savent pas faire de beaux meubles pas chers et de la putain de bonne pop music. Sauf que cette fois, avec Jonathan Johansson, on arrête l'anglais de tous ses collègues pour faire de la pop en suédois. Et c'est d'une sensualité renversante. Mélodies mélancoliques, arrangements sophistiqués, voix douce et simple, ce premier album est beau. Tout simplement. [MySpace]

ET EN BONUS TRACKS, si vous n'en avez toujours pas assez, 10 autres albums indispensables de 2009 (par ordre alphabétique) dont je n'ai pas pu me défaire cette année et auxquels il faut prêter une oreille attentive :

Clara Luzia - The Ground Below [MySpace]
Gustav Spetz - Good Night Mr Spetz [MySpace]
Jamie T - Kings & Queens [MySpace]
Joker's Daughter - The Last Laugh [MySpace]
Lights - The Listening [MySpace]
Music Go Music - Expressions [MySpace]
Metric - Fantasies [MySpace]
Passion Pit - Manners [MySpace]
The Raveonettes - In And Out of Control [MySpace]
The Rumble Strips - Welcome To Walk Alone [MySpace]


11 janvier 2010

Mes films préférés de 2009

Je sais que vous avez été abreuvé de tops en tous genres pendant tout le mois de décembre. Je sais que l'on change de décennie et que ça n'arrange pas les choses. Je sais que tout le monde y est allé de son avis, de ses commentaires plus ou moins argumentés. Je sais tout ça. Mais que voulez-vous ? Mon TOP 20 cinéma (et les autres) est une tradition "de janvier" sur laquelle je ne peux pas faire l'impasse sur le simple prétexte que des confrères et consoeurs se soient allés dans leurs propres colonnes.

D'un point de vue personnel, en terme de cinéma, je me dois de voir tout ce qui est susceptible de m'intéresser. Je me dois d'être bien sûr d'avoir vu la plus grande exhaustivité possible de films, histoire de rien éviter. D'ailleurs, je fais bien, vu qu'il y a un film du 30 décembre dans la liste ci-dessous.

Cette année, j'aurais donc vu au cinéma (j'insiste là-dessus !) 203 films (entre le mercredi 7 janvier et le mercredi 30 décembre 2009), soit 13 de plus qu'en 2008 et 27 de plus qu'en 2007. Moi qui croyais avoir réduit le rythme...

1. Un Prophète
Parce que le cinéma français ne m'avait pas autant retourné le cerveau depuis... jamais. Même si il y a toujours plein de film de notre belle patrie que j'adore, aucun ne m'avait rendu aussi fier. Le fait de l'avoir vu à Cannes n'arrange rien. C'est brut et bouleversant. Ça dit beaucoup de choses tout en étant violemment divertissant. C'est du cinéma pur et dur. C'est un chef d'oeuvre. C'est tout.

2. Une Nuit à New York
Parce que du cinéma qui fait rire aux éclats, parle de musique et d'amour, c'est forcément fun et pop. Tout simplement. Et si ça vous dit quelque chose, c'est normal. Parce que c'est tendre et attachant. Parce que c'est drôle et gentiment mélancolique. Parce que ce film, j'ai vraiment l'impression qu'il me ressemble beaucoup. Parce que Michael Cera fait des mixtapes pour séduire la fille qu'il aime et parce qu'il a une sonnerie de portable "Boys Don't Cry".

3. Max & les maximonstres
Parce que Max, c'est moi, c'est vous, c'est un peu tous les petits garçons de 9 ans qui ont un jour posé le pied sur cette planète. Parce que Max n'aime pas le maïs surgelé et qu'on le contredise. Parce que Max adore sa maman, les batailles de boules de neige et vivre dans un monde qui n'appartient qu'à lui. Parce que Spike Jonze s'est enfin libéré de l'emprise un peu envahissante de Charlie Kaufman pour faire un film vraiment poétique, vraiment sensible, vraiment universel et vraiment bouleversant.

4. Funny People
Parce que j'ai bien ri. Parce que j'ai bien pleuré. Parce que Judd Apatow s'est enfin décidé à marcher dans les pas de James L. Brooks, dont j'ai toujours su qu'il était sa vraie source d'inspiration depuis ses débuts. Parce que Seth Rogen est vraiment beaucoup plus attachant et beaucoup plus drôle avec quelques kilos en moins.

5. Away we Go
Parce que ça parle d'amour sincère et véritable. Parce que c'est tendre, naïf, franchement drôle et pertinent. Parce que John Krasinski est mon héros. Parce que Maya Rudolph donne envie de tomber amoureux. Parce que leur couple de cinéma est simplement beau.

6. L'étrange histoire de Benjamin Button
Parce que la dernière demi-heure est un des trucs les plus émouvants que j'ai vu cette année au cinéma. Parce que tout le reste. Parce que rendre l'épique intimiste (ou l'inverse) s'appelle simplement être brillant.

7. Gran Torino
Parce que d'habitude je ne suis pas vraiment fan de Clint Eastwood. Parce que ce film déborde tellement d'humanité que j'ai changé d'avis. Parce qu'on peut encore faire du neuf, du frais et du surprenant avec un schéma narratif éculé. Prends ça dans la gueule James Cameron !

8. Harvey Milk
Parce que le récit biographique n'avait jamais été aussi lucide, pudique et passionnant. Parce Sean Penn. Parce que Emile Hirsch. Parce que Gus Van Sant sait utiliser ses expérimentations passées pour éclairer sa mise en scène quand il le faut. Parce que ça ne parle que d'une chose : être soi-même.

9. Bienvenue à Zombieland
Parce que c'est jubilatoire d'un bout à l'autre. Pas une seconde de ce film qui soit pop, drôle et fun. Parce que Woody Harrelson. Parce que Goddamn it, Bill fucking Murray! Parce qu'un clown zombie. Parce que ça n'aura échappé à personne qu'Emma Stone est boulversifiante de sex-appeal et de coolitude.

10. Rachel se marie
Parce que Anne Hathaway m'a fait frissonner. Parce que Anne Hathaway m'a fait craquer. Parce que Anne Hathaway m'a fait pleurer. Parce que Jonathan Demme et sa scénariste organisent savamment leur grand huit émotionnel pour des successions ininterrompus de tendresse, de pleurs, de cris, de rire et d'amour.

11. 500 jours ensemble
Parce que c'est moi - encore. Parce que, cette fois, c'est TROP moi. Parce que Zooey Deschanel, son sourire gracieux, ses yeux bleus grand ouverts. Parce Joseph Gordon-Lewitt, son regard mélancolique, son sourire gêné. Parce que une scène à Ikéa. Parce que je n'ai pas le droit de trop l'aimer. Parce que mon coeur est toujours brisé à la fin.

12. Slumdog Millionaire
Parce que derrière le phénomène populaire se cache une fable humaniste "à la Dickens", simple et un peu naïve sur l'enfance, l'argent, l'amour et l'amitié. Parce que derrière les défauts (de sa fin notamment), c'est jubilatoire et plein d'espoir pour tous.

13. Morse
Parce que les vampires ne sont pas forcément des ados niais. Parce que les histoires d'amour (et d'amitié) entre humain et vampire ne se résument pas forcément à des regards pudiques et des amourettes stupides. Parce que c'est au contraire d'une complexité à donner des migraines à Stephanie Meyer tout le reste de sa vie. Parce que c'est tout simplement intense, très flippant et violemment original.

14. Last Chance for Love
Parce que le regard de Dustin Hoffman. Parce que le regard d'Emma Thompson. Parce qu'il y a toute la solitude du monde dans ces regards. Parce que ces deux regards finissent par se croiser. Parce que c'est beau.

15. Les Beaux Gosses
Parce que c'était moi. Parce que c'était vous. Parce que c'est franchement pathétique et donc franchement drôle. Parce que ça se termine bien, ce qui prouve bien que c'est du cinéma. Parce que moi, perso, ça ne s'est pas terminé aussi bien... Mais c'est pour ça que c'est pathétique (et donc drôle - FML !)

16. Watchmen
Parce qu'on ne verra probablement plus jamais autant de cynisme, de noirceur, de misanthropie dans une aussi grosse production hollywoodienne. Parce que c'est beau à s'en faire péter la rétine. Parce que les Watchmen, c'est nous - et ça fait peur.

17. Accidents
Parce que le plus grand polar hong-kongais depuis Infernal Affairs. Parce que c'est à ranger - bien en vu - à côté de Conversations Secrètes. Parce que c'est génialement sobre, efficace, diabolique et inquiétant.

18. Les Noces Rebelles
Parce que Leo. Parce que Kate. Parce qu'ils s'aiment. Parce qu'ils ont peur. Parce que la violence psychologique et la complexité des sentiments à l'oeuvre ici mettent chaos, asphyxient et au final bouleversent.

19. Star Trek
Parce que le divertissement de qualité n'a pas de prix. Juste pour ça. Et aussi un peu parce que Winona Ryder.

20. Walkyrie
Parce que c'est tendu, sobre, efficace, carré et d'une précision narrative et cinématographique impressionnante.


Pour le top de 2006, pour celui de 2007 et celui de 2008.