03 mars 2011

Faut-il détester Ashton Kutcher ?

Quand vous tapez "hate ashton kutcher" dans Google, vous avez 3,9 millions de résultats. Autant dire que le mari de Demi Moore cumule sur lui une bonne partie de la haine déversée chaque jour sur l'interweb. Pour vous faire une petite idée, à titre de comparaison "hate justin bieber" cumule à 1,4 millions de résultats. Vous saisissez l'ampleur du phénomène ? Si vous n'êtes toujours pas convaincu, jetez un oeil à ce sketch/poésie de Dave Chapelle sobrement intitulé "Fuck Ashton Kutcher".

J'avoue. Moi-même, dans un récent article sur Natalie Portman, je faisais preuve d'un certain mauvais esprit quant aux capacités d'Ashton à faire un vrai héros romantique face à une Natalie Portman que je n'arrive toujours pas à percevoir comme autre chose qu'une petite chose fragile qui mérite le meilleur et non un acteur dont les derniers faits d'arme se nomment VALENTINE'S DAY et KISS & KILL. Je me disais : les dernières lèvres que ce minet à embrasser au cinéma sont celles de Katherine Heigl. Comment peuvent-elles se poser juste après sur celles de la douce Natalie? La Nature, à qui l'on fait certes beaucoup de misère, est capricieuse ces derniers temps mais permettre une telle anomalie n'était pas possible. Qu'il embrasse, je sais pas, Kate Hudson. Ou Sandra Bullock. Mais Natalie ?! Dans ma tête, c'était comme si on permettait à un beau cygne blanc et gracieux (référence!) de s'accoupler avec un canard boiteux.

Puis j'ai vu l'objet de mon grief. NO STRINGS ATTACHED (Sex Friends en VF). La bande-annonce était absolument désastreuse, l'opposé de drôle et la quintessence du trailer de comédie romantique hollywoodienne sans charme. Le film ne ressemble pas du tout à ça. Pas du tout. C'est au contraire une des comédies romantiques les mieux écrites qu'il m'ait été donné de voir ces dernières années. C'est une comédie romantique à la fois crue et touchante qui parvient à éviter une bonne partie (mais pas tous) des clichés attendus dans ce genre d'exercice. Et tout le mérite ne revient pas qu'au classieux générique composé de Natalie Portman, Kevin Kline, Ivan Reitman et de la délicieuse scénariste Liz Meriwether (sur lequel j'avoue avoir un petit crush) dont la série CHICKS WITH DICKS mettra en scène Zooey Deschanel. Le mérite revient aussi à Ashton Kutcher.

La première fois que le monde fait la connaissance d'Ashton, c'est en 1998 dans la série THAT 70's SHOW. Dans le rôle du beau gosse niais, il n'est à coup sûr pas le personnage le plus fin et intéressant de l'histoire de la télé mais il est à coup sûr un des plus drôles. Il y a quatre ans, dans un billet, j'avais même mis son Kelso dans un liste de "mes meilleur(e)s ami(e)s de télé". Au tournant des années 2000, je ne vais pas vous mentir, dans la vie, j'aurais aimé être Ashton Kutcher. Pour la série mais aussi et surtout parce qu'il est parallèlement un des deux héros de ET MEC ELLE EST OU MA CAISSE? Et là, j'ai juste envie de dire : les vrais savent! Ils savent que c'est un des films les plus drôles de ces dix dernières années, un film qui a juste inventé toute la comédie des dix années qui vont suivre (THE HANGOVER, ça te dit quelque chose ?). Ils savent aussi que Ashton y est merveilleux.

Hollywood nous a habitué à faire des beaux gosses les héros de ses films d'action et de ses romances, réservant aux gros et aux moches les héros de ses comédies. Mais Ashton Kutcher, à l'époque, était le beau-gosse drôle, une sorte d'anomalie de la nature (encore une!) très rafraîchissante. Il suffit de voir le nombre d'articles ces derniers mois sur Olivia Munn, l'humoriste américaine à la plastique de déesse s'illustrant régulièrement dans le Daily Show de Jon Stewart pour comprendre que beauté et humour sont à la pop culture ce que Elephant Man était à la médecine du 19e siècle. Et niveau humour, Ashton le beau gosse a montré qu'il avait de quoi faire dans THAT 70'S SHOW, dans ET MEC ELLE EST OU MA CAISSE, dans WHAT HAPPENED IN VEGAS et dans quatre très bons épisodes du SATURDAY NIGHT LIVE. Il a une de ces désinvoltures, un de ces charmes mutins, un de ces rythmes qui font les grands acteurs comiques. C'est la première raison d'AIMER Ashton Kutcher.

Sauf qu'avec les années, Ashton n'est pas devenu Paul Rudd, James Franco ou Owen Wilson. Vous savez, le bon copain, le type sympa et sexy que l'on aime retrouver dans ces comédies et romances préférées. Il est devenu le sale gosse. Dans l'émission de caméra cachée PUNK'D, Ashton transforme ainsi son personnage de gentil ahuri en ahuri hystérique à tendance sadique. De meilleur pote sympa et charismatique qui vous rendrait la vie au lycée ou à la fac plus facile, il passe à capitaine de l'équipe de foot qui vous martyrise à coup d'humiliation gratuite. Avec ses casquettes Van Nuys de travers et son insupportable excitation, Ashton devient un douchebag, une caricature de jeune acteur hollywoodien arrogant et sûr de lui qui a l'impression d'avoir le monde à ses pieds parce qu'il rend ses amis les stars ridicules aux yeux du monde. C'est la première raison de DETESTER Ashton Kutcher.

D'autant qu'en 2005, alors que l'émission est à son pic d'audience, il épouse Demi Moore, son aîné de 16 ans, attirant sur lui toute une série de moqueries. Mais comment le détester pour ça ? En jetant un petit coup d'oeil à ça, vous avez plus envie de faire du minet votre role model que votre tête de turc. Reste que la même année, une rumeur veut qu'il ait été si mauvais durant le casting de ELIZABETHTOWN de Cameron Crowe qu'il aurait perdu un rôle qui lui avait été presque promis. Son image, déjà fortement dégradée, en prend un coup - le placant dans la catégorie des acteurs "bas de gamme" que l'on ne peut employer que pour des films "moyens" sans réels ambitions artistiques (MON BOSS SA FILLE ET MOI avec Tara Reid, COAST GUARDS avec Kevin Costner, GUESS WHO avec Bernie Mac, JUST MARRIED, KISS & KILL avec Katherine Heigh, VALENTINE'S DAY...).

Mais tout amateur de films hollywoodiens dits "moyens" sait qu'ils cachent souvent beaucoup de petites perles. Et ces petites perles, Ashton Kutcher a su en dénicher quelques unes - à défaut d'attirer du monde dans les salles. La preuve d'abord avec L'EFFET PAPILLON (dont il est également producteur), un apparent thriller fantastique sans grade sous lequel se cachait un drame extrêmement poignant et sombre sur la responsabilité et les conséquences de ces actes. La preuve ensuite avec 7 ANS DE SEDUCTION, une comédie romantique avec Amanda Peet qui pourrait ressembler à toutes les autres mais sous laquelle se dissimulait une version 2.0 (presque aussi touchante) de QUAND HARRY RENCONTRE SALLY sur les tourments sentimentaux et professionnels des vingtenaires. Deux films auxquels il faut donc désormais rajouter SEX FRIENDS. Des films qui sont bons grâce à leurs scénaristes et réalisateurs évidemment mais aussi en grande partie grâce à leurs acteurs et en particulier à Ashton Kutcher.

Dans ces films, le minet arrogant de MTV et des tabloïds se transforme en héros romantique qui brille par son incroyable naïveté et candeur. Il m'a fallu voir SEX FRIENDS pour m'en rendre compte à nouveau. Dans ces films, contrairement à la plupart de ceux cités deux paragraphes auparavant, Ashton semble presque intimidé, constamment mal à l'aise, peu assuré, comme s'il avait peur de ses partenaires, comme s'il avait peur de décevoir, comme s'il avait peu de jouer. Bref, il est l'opposé total de son personnage médiatique et ça le rend incroyablement touchant. Vous allez me dire que ce sont deux perles trouvés miraculeusement au fond d'un océan de merde. Oui. Sûrement. Mais j'ai envie de croire à une chose : ces films sont le miroir de son âme. Le vrai Ashton Kutcher se trouve dans ces films. Je veux croire que, sur ces bouts de celluloïd de série B sont gravés le petit coeur d'un acteur qui préfère habituellement le cacher derrière la futilité de tweets envoyés à 6,3 millions de personnes. C'est la deuxième raison d'AIMER Ashton Kutcher.

Et donc, si les comptes sont bons, cela fait deux contre une - en attendant que je change d'avis après avoir vu la suite de VALENTINE'S DAY.


4 commentaires:

  1. J'ai toujours trouvé en Ashton Kutcher un acteur sympa. Si le mec peut être agaçant, il est plutôt pas mal devant la caméra. Il a une aisance plaisante. S'il a été viré de Elizabethtown à cause de son jeu, ça me fait peur, vu qu'il a été remplacé par le transparent Orlando Bloom qui est juste insipide dans le film.
    Par contre je dois t'avouer que j'ai été très déçu par NO STRINGS ATTACHED, après ce que tu m'en avais dit.Franchement l'écriture s'élève A PEINE au-dessus des comédies romantiques lambdas. A peine.

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  2. Très bon article ! Je pense aussi c'est un mec sympa. Hé mec.. et That 70's Show doivent jouer pour beaucoup aussi. Je rajouterais juste Spread que j'ai trouvé assez bon par rapport à ce que j'attendais au départ.

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  3. @David : T'as du mal écouter. Les dialogues sont juste énormes. Il y a des répliques, c'est parmi les meilleures que j'ai entendu dans un film ces dernières années.

    @WackDuck : Le problème de Spread, je trouve, c'est son sujet. Je pense qu'à la base le film était assez ambitieux mais, au final, on ne retenait que le côté purement hédoniste et superficiel du personnage.

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  4. Y a des répliques sympa je dis pas le contraire, mais de là à dire que ce sont parmi les meilleures de ces dernières années... je ne m'aventurerai pas sur ce genre d'affirmations ;)

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